AFFICHE
De la part de Polichinelle On fait sçavoir aux curieux Que l'histrion Malézieux A fait une pièce nouvelle, Et qu'à tous les honnêtes gens L'auteur la donne à ses dépens.
A peine cette afficlic se répandit-elle dans le public que le duc du Maine, se lançant dans la mêlée, prit fait et cause pour l'auteur de la parade : il n'y était pas, paraît-il, absolument étranger et en avait composé une partie en badinant. Il trouva d'autant plus étrange que ces messieurs de l'Académie osassent brocarder un divertissement qu'il avait bien voulu patronner, et il s'exprima tout haut sur ce qu'il appelait leur insolence. L'Académie répondit à ce bel emportement en modifiant ainsi l'affiche précitée :
L'on fait sçavoir aux curieux,
De la part de Polichinelle,
Que le chancelier Malézieux
N'est point l'auteur de la pièce nouvelle,
Que le véritable histrion
Est monsieur le duc de Bourbon.
Cette riposte audacieuse fut le signal d'une foule de chansons et de satires violentes lancées des deux parts avec un égal acharnement, sinon avec un égal bonheur, et qui frappaient ici le seigneur de Châtenay et son illustre patron, là les académiciens vulgairement dits les jctonnicrs (i). Ceux-ci avaient au moins l'avantage du nombre.
On a longtemps vanté pour leurs sornettes, Le gros René, Tabarin, Jodelet; Et Brioché sur tout autre excellait Depuis longtemps pour les marionnettes, La gloire passe et joue aux olivettes; Tous ces héros au Pont-Neuf si vantés Par Malézieux ont été supplantés.
Ou encore :
On dit partout que Malézieux Se bannit de l'Académie, Et qu'il a juré ses grands dieux De n'y retourner de sa vie.
Qui peut remplacer ce héros?
J'en suis embarrassé pour elle; Mais j'apprends que Polichinelle Vient s'offrir, — je suis en repos.
A quoi Malezieu répondait avec une modération aflfectée, bien propre à faire ressortir les violences de langage des Quarante, violences vraiment indignes d'une assemblée qui se respecte :