‹ La comédie à VeniseChapitre 56 sur 100 · SCENE IX MIRANDOLINA, seule · texte numérisé non relu

SCENE IX MIRANDOLINA, seule

Mirandolina. — Eh bien! Qu'a-t-il dit? Le très excellent seigneur marquis de la Sécheresse m'épouserait ? Vraiment, s'il voulait m'épouser, il y aurait à cela une petite difficulté. Je ne le voudrais pas, moi. J'aime le rôti, et de la fumée je n'ai que faire. Si j'avais épousé tous ceux qui ont déclaré vouloir de moi, oh ! combien j'aurais de maris ! Autant de gens arrivent à mon hôtel, autant s'amourachent de moi et me font les yeux doux. Ils sont tous à m'offrir de m'épouser sur l'heure. Tandis que ce seigneur cavalier, cet ours mal léché, me traite si brutalement ! C'est le premier étranger arrivant dans mon hôtel qui n'ait pas eu plaisir à traiter avec moi. Je ne dis pas que du premier coup l'homme doive tomber à genoux. Mais me mépriser ainsi est une chose qui me remue terriblement la bile. Il est l'ennemi des femmes ? Il ne peut les voir ? Pauvre fou ! Il n'aura pas encore trouvé la femme capable de le prendre. Mais il la trouvera. Il la trouvera. Et qui sait s'il ne l'a pas déjà trouvée ? Je me pique, moi, d'y réussir. Ceux qui courent à mes trousses ont bientôt fait de m'ennuyer. La noblesse n'est rien pour moi. La richesse, je l'estime, selon les cas. Tout mon plaisir consiste à me voir servie, cajolée, adorée. C'est là mon faible, et c'est le faible de presque toutes les femmes. Quant à me marier, je n'y pense absolument pas. Je n'ai besoin de personne. Je vis honnêtement et jouis de ma liberté. Je fraie avec tous, mais jamais ne m'éprends de personne. Je veux me divertir aux dépens de toutes ces caricatures d'amants transis ; et je veux déployer toute mon ingéniosité pour vaincre, — =r 149 ==============

abattre, écraser ces cœurs barbares et durs, qui sont nos ennemis, à nous la meilleure chose qu'ait produite au monde la belle nature, notre mère.

Ce monde de galantins papillonnant autour de la « petite patronne » et le jeu dangereux auquel se complaît Mirandolina ne sont point du goût deFABRizio, son cameriere, son homme de confiance, et de plus celui vers qui penche réellement son cœur. Mais Mirandolina n'est point femme à se laisser mener par le bout du nez. Elle a dressé ses batteries, et revient trouver le cavalier.

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