‹ La comédie académique. La belle PauleChapitre 10 sur 43 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

vendre, des grincements des tonneaux descendus des haquets, du cliquetis des faïences qu'on sort des longues voitures de déménagement, du cri des poules de la Cochinchine, étonnées de se trouver dans une basse-cour pleine de meubles, de cinquante conversations échangées entre les nouveaux acquéreurs et les garçons, des plaintes des réclamants dont on ne retrouve pas les objets trop bien emmagasinés, des exclamations d'un amateur qui obtient un rendez-vous avec l'objet tant cherché, des murmures d'un spéculateur qui découvre une fissure dans une pièce rare qu'il a payée hors de prix , des hu des conducteurs de tapissières, cinglant de coups de fouet les chevaux, pour leur faire donner nn dernier coup de collier avant d'entrer à l'hôtel. Tel 'est le mouvement causé par la foule de

marchands qui du côté du costume ne sacrifient pas aux lois de l'étiquette. On y voit plus de casquettes que de chapeaux, et presque autant de blouses que de vieux paletots, la curiosité

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proscrivant les habits noirs de magasins, où le moindre dérangement met en émeute des bataillons de poussière. .

L'hôtel se repose à peine quelques minutes de midi à une heure, pour être prêt aux expositions et aux ventes, où vont se précipiter de nombreux clients. En un clin d'œil la foule a changé d'aspect, comme l'hôtel a changé de porte. Le mouvement s'est porté vers la rue Drouot, sur une des façades latérales du bâtiment. Alors commencent les exhibitions d'objets d'art ; c'est là que vont s'exercer les yeux les plus pénétrants de l'Europe.

L'intelligence du nombreux public qui arrive à l'hôtel à pied ou en voiture, entasse dans des magasins ou dans des hôtels les achats de la journée, cette intelligence gît dans l'œil. Une faiblesse de regard, un vice dans la vue, sont des fautes comme dans un duel à l'épée.

Les expositions de deux ou trois mille objets chaque jour demandent une puissance de re-

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gard semblable à celle du sauvage étudiant sur le gazon la piste d'un ennemi.

Le principal théâtre des diverses comédies qui se jouent pendant les ventes est au premier étage de l'hôtel « qui ne contient pas moins de sept salles différentes, réservées presque exclusivement à l'adjudication des œuvres d'art.

Pendant que pullule au rez-de-chaussée, qu'on a appelé du nom significatif de Mazas, une foule en blouse qui s'échauffe à mettre des adjudications sur les meubles, étoffes, fonds de magasin, objets vendus par suite de saisie ou de faillite, le large escalier qui conduit au premier étage est l'endroit où se coudoient les amateurs riches et les amateurs pauvres, les gros bonnets de la curiosité et les petits marchands, les banquiers et les princes, les étrangers et les indigènes, les artistes et les bourgeois, les coulissiers et les lorettes, les avides et les curieux, les flâneurs et les badauds, toute une population de gens se connaissant

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an moins de vue, qui, quoique eu hostilité à chaque enchère, sont reliés par la francmaçonnerie du bric-à-brac.

A Thôtel ne sont reconnus ni rang» ni condition ; le prince millionnaire qui hésite à donner une enchère ne vaut pas le marchand glorieux qui par vanité lance un chiffre exagéré. Tous les rangs sont confondus ; le dernier des brocanteurs, assis à côté d'un marquis italien, prend une prise dans la tabatière d'un baron allemand qui veut assister lui-même à la vente d'une collection importante. Tel homme d'État, hier au banc des ministres, se sent petit à côté d'un être modeste, aux habits râpés, qui connaît la valeur de toutes les gravures exposées et sait lire un monogramme à peine indiqué. Cet illustre médecin regrette le temps qu'il a consacré à la pathologie et voudrait avoir la centième partie des connaissances du pauvre diable sans chapeau qui» depuis trente ans, marque les prix sur les marges d'un catalogue et suit les

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