‹ La comédie après Molière et le théatre de DancourtChapitre 7 sur 32 · ALCIDON · texte numérisé non relu

ALCIDON

Par ma loi, marquis, notre siècle est malade (1).

De même le comédien Florimoirt, dans Elomire hypocoiidre, de Le Boulanger de Chalussay :

(11 Se. 'i.

Pour peu que le peuple en soit encor séduit,

Aux farces, pour jamais, le théâtre est réduit,

Ces merveilles des temps, ces pièces sans pareilles,

Ces charmes de l'esprit, des yeux et des oreilles,

Ces vers pompeux et forts, ces grands raisonnements

Qu'on n'écoute jamais sans des ravissements.

Ces cliefs-d œuvre de l'art, ces grandes tragédies,

Par ce boufTon célèbre en vont être bannies.

Et nous, bientôt réduits à vivre en Tabarins,

Allons redevenir l'opprobre des humains (1).

Aussi bien Molière avait pre'venii l'attaque :

Ce n'est pas ma coutume de rien blâmer, — dit ce pédant pincé de Lysidas, et je suis assez indulgent pour les ouvrages des autres. Mais enfin, sans choquer l'amitié que Monsieur le chevalier témoigne pour l'auteur, on m'avouera que ces sortes de comédies ne sont pas proprement des comédies, et qu il y a une grande différence de toutes ces bagatelles à la beauté des pièces sérieuses. Cependant tout le monde donne là dedans aujourd'hui, on ne court plus qu'à cela, et l'on voit une solitude efîroyable aux grands ouvrages, lorsque des sottises ont tout Paris. Je vous avoue que le cœur m'en saigne quelquefois, et cela est honteux pour la France (2).

Sur ce point les ennemis de Molière sont unanimes. Même après les répliques si nettes et si sensées qu'il met dans la bouche de Dorante, tous continuent de faire les déy;oùtés sur le potage d'Alain, sur la tarte à la crème qu'Agnès met dans le corbillon, sur les puces qui l'inquiètent la nuit, sur les contorsions et les soupirs d'Arnolphe aux pieds de l'ingénue. A propos de cette dernière scène que nous aimons tant aujourd'hui. Lidamon, un des interlocuteurs du

if) IV, i.

(2) La Critique de l'Ecole des femmes, se. 7.

Pan<''(jyt'iqiic tir r Ecole des -femmes (Litre ironique, auteur inconnu), soutient, croyant par là conl'ondre Molière, que sa prétendue comédie est une pièce trag:ique, « le héros y montrant presque toujours un amour qui passe jusqu'à la fureur et le porte à demander à Agnès si elle veut qu'il se tue, ce qui n'est propre que dans la tragédie, à laquelle on réserve les plaintes, les pleurs et les gémissements. Ainsi, au lieu que la comédie doit finir par quelque chose de gai, celle-ci finit parle désespoir d'un amant qui se retire avec un oi(f\ par lequel il tâche d'exhaler la douleur qui l'étouiïe, de manière que l'on ne sait pas si l'on doit rire ou pleurer dans une pièce où il semble qu'on veuille aussitôt exciter la pitié que le plaisir. »

D'autres, au contraire, dont Lysidas se fait Tinterprète, trouvent dans la même scène « quelque chose de trop comique et de trop outré (1). » Au fond, tous semblent se plaindre d'avoir reçu de ce passage une impression trop forte, un heurt trop brutal, et prennent pour une répugnance du goût ce qui était peut-être, à leur insu, une vague sou Ifrance du cœur au spectacle d'une passion violente, à la fois grotesque et douloureuse. Molière aurait pu leur répondre (et leur répond en etfet, quoique en d'autres termes) : Si cette scène vous est pénible, c'est que la vérité en est poussée jusqu'au bout. Accusez donc de votre malaise la réalité que je copie. « Je voudrais bien savoir, dit Dorante..., si les honnêtes gens mêmes, elles plus sérieux en de pareilles occasions, ne font pas des choses (2)... « Mais on n'admettait

(1) La Critique de l'Ecole, des femmes, se. 7. (2)/d., id.

pas que la comédie pût laisser au cœur une amertume et faire entrevoir des dessous qui ne sont pas toujours risibles. Molière lui-même ne faisait pas exprès d'être trajiique ; et si, raffinant sur son œuvre, il nous plaît de le trouver tel par rétlexion, il n'en est qu'à demi responsable. Il voyait clair et sa comédie était véridique, voilà tout.

Je ne parlerai pas d'autres critiques plus menues sur la conduite de \ Ecole des femmes ; je ne rappellerai pas que les ennemis de Molière, sans se soucier de la contradiction, le jugent mauvais acteur, et prétendent toutefois que son jeu fait tout le succès de ses pièces. Mais il est une dernière critique qu'il faut retenir, plus intelligente que les autres, ou plus hypocrite. C'est au sujet du sermon qu'Arnolphe fait à sa pupille au troisième acte de V Ecole des femr/ics.

Quand un liomme en burlesque a su faire un sermon,

dit Dorante dans le Portrait du peint rcl^onv^iixAi) (1),

Il me semble pourtant qu on n'est point malhabile. L auteur prend lagréable et le joint à Futile ; A ce que veut le peuple il se rend complaisant, Et le force de rire en le catéchisant.

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