‹ La comédie au coin du feuChapitre 150 sur 200 · SCENE V AURORE,' LÉA · texte numérisé non relu

SCENE V AURORE,' LÉA

AURORE. = Tu arrives à propos. — Comment va ta folie?

LÉA. = Elle va mal. Elle va à la sagesse. — Donne-moi donc des nouvelles de ton cœur ?

AURORE. = C'est la forêt de Bomly, ma chère ; je ne m y trouve pas au milieu des voleurs. Et toi, ton amour est toujours au beau fixe?

LÉA. r= Oui, j'ai du soleil plein le cœur.

AURORE. = Tu aimes toujours Max?

LÉA. = Nous nous adorons. Il ma consolée de l'amour. Sans lui est-ce que je porterais si gaiement mon cœur?

AURORE. = Tu as bien raison.

LÉA. = Aimes-tu toujours le duc?

AURORE. = Je l'aime toujours depuis hier. Comment trouves-tu ma robe de chambre? Je t'avertis qu'elle est doublée de factures à payer.

LÉA. = Si le duc ne paie pas, tu rétabliras les Pyrénées.

AURORE. = Sais-tu pourquoi il paiera.

LÉA. = Non.

AURORE. = C'est parce qu'il m'épousera.

LÉA. = Quelle folie.

AURORE. = Oui, je veux mourir duchesse.

LÉA, regardant Aurore. = Je commence à croire que les

femmes les moins sérieuses sont les plus machiavéliques. ElJes rient toujours, on n'a pas assez peur d'elles, elles vous emprisonnent avec des feuilles de roses et le tour est joué.

AURORE. = Ne parlons pas de moi, mais parlons de toi. Je vais te dire quelque chose qui va bien t'étonner.

LÉ A. = Tu m'épouvantes I

AURORE. = Ne rions pas; c'est triste.

LÉ A. = C'est triste? Pourvu qu'il ne soit pas question de Max, dis-moi tout ce que tu voudras.

AURORE. = Je te dirai cela demain.

LÉ A. = Voyons, parle. Tu m'as donné un battement de cœur...

AURORE. = Décidément, aimes-tu Max?

LÉ A. =Je ne comprends pas...

AURORE. =Rien de plus simple : Max ne t'aime plus.

LÉA. = Rien de plus simple I... Voyons, c'est un jeu...

AURORE. = Non, ce n'est point un jeu, et tu me vois tout attristée. Je ne sais pourquoi je me suis faite la messagère d'une si mauvaise nouvelle. (A part.) Si ce n'est à cause du plaisir qu'on a toujours à faire ces commissions-là.

LÉA. = Qui t'a dit cela?

AURORE. = Lui.

LÉA. = Lui I

AURORE. = Est-ce que tu ne t'y attendais pas un peu? Une femme n'est jamais prise à l'improviste... Quelque soit le jour où son amant la quitte, elle l'avait quitté la veille.

LÉA, à part. = Ah! Max, VOUS m'avez tuée !

AURORE. = Que vais-je dire à Max?

LÉA. = D'abord, dis-moi un peu ce qu'il t'a dit et dans quel style?...

AURORE. = 11 a mis les points sur les i. Il ne t'aime plus, ou du moins il veut se marier.

LÉA, = Se marier I... Et avec qui?

AURORE. = Je ne sais... Avec une femme sans doute... Ce qui l'absout, c'est que sa famille ti iomphe de son cœur et autres sentences consacrées. II a beaucoup de chevaux à nourrir, sans compter les tiens.

LÉ A. = C'est bien; n'en parlons plus. Je ne veux plus le voir, ni même me souvenir que je l'ai vu. . J'arrache cette page du livre et je la jette au feu.

AURORE. = Oui, cela brûle encore.

LÉA. = Non, c'est fini. De bonne foi, il fallait en venir là. Est-ce que ce n'est pas Max qui vient?

AURORE. = Non, c'est le duc qui s'ennuie tout haut.

LÉA. = Que je suis heureuse d'être délivrée de cet amour tyrannique qui prenait tout mon temps ! ( part.) Oh I mon cœur!

AURORE. = Moi, je ne suis pas si fâchée que mon temps soit pris par l'amour; pourvu qu'on me prenne mon temps, ma raison, mon cœur.

LÉA. = Est-ce que tu t'imagines que je vais garder tout cela pour moi?

; AURORE. = Eh bieni vas à la découverte de l'Amérique :

— Un nouvel amour, c'est un nouveau monde I

LÉA, à part. = Oh! j'en mourrai!

) Elle sort. On entend du bruit dans rantichambre.

Page 1