‹ La comédie au coin du feuChapitre 193 sur 200 · SCÈNE VIll · texte numérisé non relu

SCÈNE VIll

Les Mêmes, LE DUC

LE DUC. = Qu'ai-je entendu?

LÉ A. = Vous êtes ici, vous?

MAX, à Léa. = Oui, et puisqu'il est ici, qu'il y reste. LA COMTESSE, à part. = Lui ! c'est lui I Je le sentais bien Iti!... Dieu soit loué!

LE DUC, courant à elle. = Madame...

MAX, au duc. = Monsieur, nous n'avons que faire de votre pitié et vous n'avez que faire ici.

LE DUC. := Est-ce que monsieur donne des leçons de géographie?

MAX. = Oui, monsieur, mes témoins vous diront ce soir où je vous attendrai demain.

Il lui jette un gant à la figure.

LE DUC. = A demain.

LA COMTESSE, à part. = Ah ! mon Dicu! comme je suis malheureuse! Ce n'est pas pour moi, c'est pour Léa que Max va se battre.

LÉA = Ma chère Blanche, nous aurions mieux fait de rester aux Oiseaux.

LA COMTESSE. = Mai S vous empêcherez cette rencontre?

LÉA. = Retenez le duc, je retiendrai votre mari.

LA COMTESSE. = Quc.je retienne le duc? Que voulezvous dire ?

LÉA. = Ce n'est plus le moment de jouer la comédie; savez-vous, Blanche, ce que je voulais faire aujourd'hui? Je voulais vous enlever votre amoureux et vous rendre votre mari; mais Dieu va peut-être les prendre tous les deux?

BLANCHE, avec indignation. i= Gomment! VOUS VOUS êteS

peut-être imaginé que je venais ici pour le duc.

LÉA. = Madame, je vous demande pardon de mon amour pour Max.

BLANCHE. = J'ai encore le droit de pardonner; car je n'ai pas trahi Max! Son cœur était à vous ; j'ai passé mes premiers mois de jeune mariée à prier et à pleurer dans

I l'ombre, et on disait : elle est dans sa lune de miel. J'aurais

I pu alors venir à vous et vous dire dans ma douleur : Retire-

i toi de mon amour!

I LÉ A. = Oui, et quel qu'eût été mon chagrin, je vous le

jure, je vous aurais rendu Max.

BLANCHE. = J'ai perdu la tête quand j'ai appris ce qui s'était passé. On ne m'a épargné aucun chapitre de votre roman. Dans mon désespoir, j'ai voulu mourir... le duc était là... j'ai joué la comédie des femmes jalouses. Mais Max me connaissait trop pour me soupçonner.

LÉA. = Imprudente. Vous êtes si belle qu'on vous a crue coupable.

BLANCHE. = Coupable! le soupçon seul me tuerait. Coupable ! Ah ! je sais trop l'horreur de nos déchéances. Vous vous réfugiez à l'abri de Madeleine pécheresse, vous autres mesdames de l'Opéra; «vous paraphrasez dans votre style les belles paroles de l'Évangile : « Il vous sera beaucoup pardonné parce que vous aurez beaucoup péché. » Et nous, les femmes du monde, nous sommes condamnées à jamais. Point de pardon! On nous rejette, et notre repentir ne nous sauve pas. Vous avez des poètes qui vous couronnent dans vos passions, nous sommes réduites à cacher les nôtres. Marion Delorme est une héroïne poétique, — la femme adultère est un monstre. Si c'est la passion qui vous absout, pourquoi nous frapper de si haut? On nous épouse pour payer des dettes de jeu ou des dettes d'amour, — pour faire une fm quand on ne peut plus faire un commencement, — et quand nous sommes dans la maison que nous avons rêvée comme un château enchanté, on nous y laisse toute seule, en proie à la jalousie... Et si un jour, par vengeance ou par passion, nous tombons du haut de notre

vertu, tout est perdu!... Aussi, quelle que fût ma folie de me venger, j'ai sauvegardé l'honneur de Max.

LÉ A. = Oui, le monde est impitoyable, mais s'il nous pardonne, nous avons une conscience qui ne nous pardonne pas. Une femme ne se console de sa première chute que par une seconde, et plus elle se console, moins elle est consolée.

BLANCHE. = De grâce, aidez-moi à avoir du courage.

LÉA. = Du courage! du courage... Est-ce que j'en ai, moi? Est-ce que j'ai le temps de souffrir? Ne suis-je pas toujours en scène? Chez moi, chez vous, comme sur le théâtre, je cache mon cœur... en chantant...

Elle pleure.

BLANCHE. = Et moi! ai-je donc le temps de souffrir? Je suis toujours en fête... la fête des larmes... Oh! quelle vie...

UN VALET, annonçant. = M. le duC de Gordova,

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