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SCENE XIV Les Mêmes, DE MONTESPAN

DE MONTESPAN. = SirC !

Il salue profondément.

LE ROI. = Monsieur de Montespan dans ce costume! Pourquoi ce grand deuil, marquis; vous avez perdu quelqu'un des vôtres?

DE MONTESPAN. 7= Oui, Sire.

LE ROI. =Qui?

DE MONTESPAN. = Ma femme, Sire. Ne le savez- vous pas? Le roi Soleil voit tout.

LE ROI. = Votre femme!

DE MONTESPAN. == Sire, le père de mon père a sacrifié sa fortune et sa vie pour placer Henri de Bourbon, votre aïeul, sur le trône de France. Raoul de Montespan a vendu ses meilleures terres pour nourrir ses soldats. Il est venu jusqu'au siège de Paris, mais le jour même du triomphe de Henri IV il tomba frappé à mort en criant : Vive le Roi ! Le Béarnais, Sire, était trop pauvre pour payer sa dette à mon père. Votre Majesté l'acquitte aujourd'hui en frappant à mort l'honneur de la maison de Montespan, dans ma personne. Sire ! Dieu vous garde !

Il se couvre et traverse nèrement la cohue des courtisans. LE ROI, lui tournant le dos. == G'cst Un foul

LAUZUN, à p:irt. = C'cst un sage.

LE ROI. = lis m'appcllenl le rai Soleil : oui, parce que

mes héros, mes artisles, mes poètes, éblouissent le monde ; parce que mes rayons ont lancé la foudre ; parce que j'ai l'ait de Versailles un Olympe. Oui, le roi Soleil; et si un nuage passe sur mon front, le monde est obscurci, et les rois tremblent sur leur trône.

LAUZUN, raillant. t=s Sa Majesté est attendue pour danser le ballet. Madame de Montespan a failli attendre.

LE ROI ^ Eh bien, venez, Lauzun, nous allons danser.

LAUZUN, resté seul. = Oh, la comédie de la destinée I Cet homme n'était né que pour vivre aux pieds des femmes, et voilà que le monde vit à ses pieds, parce qu'il a une cour d'hommes de génie. Le roi Soleil ! les rayons de sa couronne ne tombent pas de son front, ils sont les rayons de Turenne, Gondé, Corneille, Racine^ Lafontaine, Molière, Le Brun, Girardon, Golbert, Bossuet, et vingt autres. Il danse, lui; les autres travaillent ou méditent. Je te salue, grand roi 1

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