ROSE, SA SŒUR
La scène est à Paris, dans Tatelier de La Tour.
On a élevé une statue à La Tour en 1856. Le Moniteur a raconté ainsi cette fête des arts :
« L'inauguration de la statue de La Tour sur une des places de Saint-Quentin, sa ville natale, a été une vraie solennité et aussi une fête de famille, car les pauvres de Saint-Quentin sont un peu les enfants de î^a Tour. On remarquait dans la foule quelques beaux vieillards qui ont connu le pastelliste, un entre autres qui a reçu de ce maitre dessinateur les premières leçons de dessin. A une heure, au son des cloches de la collégiale et pendant que l'horloge de l'hôtel de ville chantait l'air des Piiritainfiy le voile est tombé et tout le monde a salué un La Tour en bronze, par Lenglet, qui représente fidèlement le peintre ordinaire de Louis XV. M. le maire de Saint- Quentin, M. le comte de Nieuwerkerke, directeur général des musées impériaux, M. Arsène Houssaye, inspecteur général des Beaux-Arts, ont parlé devant cette statue.
« Dans son discours. M. de Nieuwerkerke a fort bien dit : « C'est en glorifiant les hommes illustres qu'une nation <( leur donne des successeurs et qu'elle se grandit dans « l'estime des peuples étrangers. »
« Voici quelques paroles du discours de M. Arsène Houssaye :
« Je viens saluer La Tour, historien sévère sous son « masque souriant. La Tour avait étudié l'atelier de Plu- « tarque ; il a écrit l'histoire de la cour de Versailles comme « Van Dyck a écrit l'histoire de la cour d'Angleterre. Ce <( pastel est sérieux; c'est plus qu'une fleur de vie, c'est une
« âme immortelle. Oui tous ces portraits de La Tour sont <( les pages les plus vivantes de l'histoire du dix-huitième « siècle : le dix-huitième siècle philosophe, Voltaire et « Diderot, Jean-Jacques et BufTon, il est là qui pense devant « nous aux destinées du monde, le dix-huitième siècle spi- <( rituel et léger, galant et moqueur, le voilà : il se nomme u Louis XV et madame de Pompadour, mademoiselle de « Gamargo et madame Favart ; là est le théâtre, là est la <( cour, là est l'encyclopédie. La Tour avait voulu, lui aussi, « signer sa comédie humaine. Voyez avec quelle sollicitude « il avait conservé autour de lui toutes ces physionomies « variées qui étaient l'esprit, la passion, le génie, la beauté « de ses contemporain?. Le musée de La Tour que la ville « reconnaissante inaugure aujourd'hui avec joie est plus « qu'un musée; c'est, je l'ai dit, une page d'histoire de (( France. Et tout historien qui voudra peindre le dix-hui- « tième siècle, devra venir ici étudier son maître, Maurice- « Quentin-La-Tour, disciple de Plutarque et rival de Van « Dyck. »
« La fête ne s'est pas terminée devant la statue : « Le soir, devant un public trop nombreux, moitié Paris, moitié province, M. Leroux, mademoiselle Judith et mademoiselle Soubise, de la Comédie-Française, ont joué le Duelj «le La Tour, une comédie que la ville de Saint-Quentin avait tlemandée à M. Arsène Houssaye. Ça été un vrai succès ; on a redemandé tout le monde, les acteurs. Fauteur, La Tour lui-même qui n'a pas voulu reparaître non plus que M. Arsène Houssaye.
« Xavier Aubryet. »
Depuis I806 cette comédie a été jouée çà et là en représentation à bénéfice et au Louvre, à une soirée de M. de Nieuwerkerke, dans la salle des pastels, où mademoiselle Marie Garcia fut très applaudie sous la figure de mademoiselle Fel.
LE DUEL DE Lk TOUR