‹ La comédie au coin du feuChapitre 89 sur 200 · SCENE XII LA TOUR, PÉRONNEAU · texte numérisé non relu

SCENE XII LA TOUR, PÉRONNEAU

PÉRONNEAU, à part, en entrant. = Personne! impossible de

retrouver sa trace... (il regarde La Tour d'un air surpris.) Eh bien !

il paraît que je n'ai pas perdu mon temps. Voyez jusqu'où va la fureur de l'art!

LA TOUR, sans voir Péronneau. = Voiià. C'est bien venU ! Je

suis content de moi. Ah! je suis très content.

PÉRONNEAU. = Puisque aussi bien il achève mon portrait, si j'allais achever le sien! (II s'avance à pas de loup vers le chevalet de La Tour, et prend des crayons.) HélaS I La Tour peut bien

retoucher un pastel de Péronneau, mais Péronneau ne peut pas retoucher un pastel de La Tour.

Il brise ses crayons et les jette à ses pieds.

LA TOUR. = C'est fini, et c'est beau, s'il a l'esprit de n'y plus rien faire; mais savoir s'arrêter à temps! voilà le grand art. Dieu s'est arrêté le septième jour ; sans cela I

PÉRONNEAU. = mon maître, permettez-moi de baiser cette niain-là.

LA TOUR. = Qu'est-ce que c'est? Je ne comprends pas. Me voilà pris. Mon cher Péronneau, pardonnez-moi ma distraction. J'ai changé de place sans y penser.

PÉRONNEAU. = Moi aussi, je suis allé ù votre place; mais rassurez- vous, j'ai brisé mes'crayons.

LA TOUR. = Vous avez eu tort, morbleu, car vous n'auriez pas gâté mon pastel.

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