‹ La comédie au coin du feuChapitre 97 sur 200 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Elle entre furieuse dans la chambre à coucher, jetant son masque au-dessus d'elle.

— Eh bien I j'en ai entendu de belles au café Anglais I Et moi qui croyais savoir ma grammaire française. Ma grammaire est démodée.

Elle regarde autour d'elle.

— C'est donc ici qu'ils vont venir! c'est donc ici qu'ils vont enterrer le carnaval I Quelle nuit ! Ne me dirait-on pas possédée du démon? Oh! le démon de la jalousie I Estil bien possible que j'aie fait tout cela? Je me vois encore au bal de l'Opéra et au café Anglais. J'étais dans le cabinet même où on les attendait. J'entendais toutes ces coquines masquées dire autour de moi : « Fleur-de-Thé va venir. » On se démasquait déjà. Les hommes osaient soulever moit^ loup ; heureusement que je suis une place forte et que je me. défend les armes à la main. J'ai entendu dire que si made« moiselle Fleur-de-Thé était en retard, c'est qu'elle s'encar-»

DRAME EN CINQ ACTES ET EN CINQ MINUTES i93

navalisait avec Santa-Gruz. J'attendais toujours, étonnée d'être là, me pardonnant à moi-même, parce que je voulais mourir. Voilà que tout à coup on vient nous apprendre que mademoiselle Fleur-de-Thé se trouve mal et que « son amant » l'emmène chez lui. J'arrive ici pour faire respirer des sels, à cette demoiselle. Madame de Gampagnac remonte au haut de sa colère :

— Je lui ferai respirer la mort ! Et ce ne sera pas me venger trop, car elle me fait mourir à petit feu.

Elle regarde un trois crayons représentant Fleur-de-Thé dans son dernier rôle. Un très joli dessin de Verhaz.

— Quoi ! il a cette fille dans sa chambre à coucher? Je la reconnais avec son air de mijaurée ! Autrefois les hommes avaient des petites maisons pour cacher ces folies-là.

Madame de Gampagnac prend un soupçon de poignard à sa ceinture et va pour frapper le portrait.

— Non ! mais je la frapperai elle-même. Ah ! il s'imagine qu'on va ainsi d'une vraie grande dame à une princesse de théâtre pour revenir le lendemain à la vraie grande dame! Non. Je suis absolue dans ma vengeance comme dans mon amour.

Elle écoute avec anxiété.

— Je croyais avoir entendu du bruit à la grande porte. Si on m'avait trompée ! s'ils n'allaient pas venir ! Que faire, mon Dieu?

Elle tombe sur une chaise, abîmée dans sa douleur.

— Gette chambre, j'y ai été emparadisée. Gomme il m'aimait ! Je lui avais tout sacrifié, ma part du ciel peut-être»

J'aurais voulu trouver d'autres sacrifices encore. C'est qu'il était si beau ! C'est que j'étais si heureuse ! Elle pleure.

— Ah I le bonheur, ça coûte cher. Combien de larmes d© douleur pour payer des larmes de joie !

Elle se lève.

-^ Ils ne viennent pas. Ils ne viendront pas ! Ce n'est pas chez lui, c'est chez elle qu'ils sont allés. Mais je suis à bout de force et de courage, je ne veux plus m'humilier jusqu'à remonter riiez cette fille. Qu'ils soient heureux, moi je vais mourir.

Madame de Campagnac écoute encore, elle saisit une plume, elle écrit : Adieu, Achille, je t'ai bien aimé!

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