Ainsi nous pouvons admcUrc
pour certain que la transformation du tangage sectaire fut décidée au moment où les Blancs se virent chassés de Florence et se trouvèrent dispeni per la campagna; que Dante , resté Adèle à sa fol politique et religieuse, ne cessa d'aller la propageant & l'aide du langage mystérieux dont Virgile est la personnification; qu'il n'en mit que plus d'ardeur à parvenir aux plus hauts grades de la secte, autrement dit à gravir ce mont « où la ranon nous met à répreuve » notez bien ces expressions , ove ragion ne fruga ,
que i'on peut traduire aussi avec les commentateurs, « oùla jtMttee nous éprouve. » Le poète se ménageant toi^ours une explication orthodoxe, conformément à ce qu'il a exposé sur son habileté à déshabiller ses pensées, dans la Vie nouvelle, p. S2 des Révél.
2. Pour l'ancien langage des mys^ tères, pour le puritanisme sectaire, c'était en quelque sorte se renier soi-même que de s'alTubler du déguisement catholique. De là ce remords secret de Virgile, qui pourtant se résigne à subir la loi de la nécessité.
CHANT m.
Gonirno en proie à i*extase ' et , vers la haute crête , La plus proche da Ciel , se portèrent mes yeux \
Flamboyait le soleil, que je laissais derrière, Et mon corps où venait s'appuyer sa lumière, La brisait devant moi sur le sol obscurci \ Lorsque devant moi seul je vis le sol noirci , Pris de crainte que m'eût abandonné mon guide , Je me tournai vers lui d'un mouvement rapide ^
Prompt à me rassurer : — Pourquoi, dit-il , ainsi Te prendre de frayeur, t'inquiëter sans cesse ? Sans guide as-tu donc pu croire que je te laisse , Que je ne sois plus là? C'est maintenant le soir Aux lieux où glt le corps dans lequel je fis ombre ; A Naples sont mes os, ce que tu dois savoir, Brindes ne les a plus. Ne t'émeus pas de voir Que le sol devant moi ne devienne pas sombre , Plus que de voir passer sans être interceptés D'un ciel à l'autre ciel les rayons projetés ^
3. Une fois les premières agitations de Texil passées , el la résolution prise de joaer la comédie du r^atiiolicisme, l'horizon de l'avenir sVlargit aux yeux du poêle qui se flatta des plus brillantes espérances.
4. C/est en effet sur la cime du mont que se passera la scène capitale de sa comédie.
5. Dante tournait métaphoriquement le dos à la raison en se faisant catholique romain en apparence.
Devant sa ligure, comme il le dit, dinanxi alla figura^ se répandait Tobscurité de l'orthodoxie en opposition avec la lumière de la gnosis ; mais il avait en lui-même Tappui de ses rayons, qui éclairaient sa pensée, avûva in me de* mot raggi Vapoggio. On comprendra qu'il soit Impossible de conserver dans une traduction soit en vers, soit en prose
le double sens que comporte ce passage si artiflcieuscment combiné.
6. Le nouveau langage, que nous verrons bientôt personnifié à son tour, n'excluait pas les ressources si précieuses de l'ancien , aussi Virgile n'abandonnera-t-il son disciple que le plus tard possible. Il a pu éprouver un moment de mécontentement et de regret, en le voyant recourir à un artifice qui répugnait à son rigorisme, mais il ne poussera pu plus loin la susceptibilité. Aussi se bàtc-t-il de le tranquilliser, en l'assurant qu'on voit à peine à se conduire à Naples où règne la maison.
d'Anjou ; mais qu'il en est tout autrement où ils sont.
7. Les enseignements de la doetrine passeront d'un langage dans l'autre de même qu'ils sont transmis de grade en grade, sans aucune in-
LE rraOATOIAE.
Ce corps, cmmiie cdui que vous tmtnet Mir terret A souffrir des tourments, des coups, du froid, du ebaud, Est apte; ainsi le veut cette vertu d'en haut, Qui n'entend révéler en rien comme elle opère *. S'égarê celui-là qui follement espère Sonder la voie immense où marche réternei , L'être un qui règne en trois personnes dans le GieL Humains, court>ei le front sans remonter aux causes; Car si vos yeux pouvaient pénétrer toutes choses, Point n*eat été besoin que Marie eftt conçu * ; Et tels Uen vainement dans le monde ont vécu , Toujours aiguillonnés du désir de connaître , Qui seraient parvenus enfin à le repaître ,
lemiption , bien que leg signes, les mots et les symboles soient différents dans chacun d'eux.
8. Ainsi le veut le créateur de celle fiction poétique qui dissimule avec un soin jaloux ses procédés mystérieux , et qui s'appuie ici de saint Thomas d'Aquin. Voy.Summa Théol. supl. 111 , P. Quant. LXX , art. 1-3.
8. Utténlemenl : «C'est folie d'espérer que notre raison parcourra la YOle Infinie que suit une substance . en trais pcfaonnes) race bamalne, ; tenei-voiis en à parce que; car s'il '- vous était possible de tout voir» il eût été hitttfie q«e Marie enfanUt.»
Sans nous arrêter à démontrer que»
riioaraM eàt-ll été doué de la vision anfélique, la Rédemption n'eût pas «•toa été nécessaire ; puisque cette vision ne préserva pas du crime de désobéissance Satan et ses compUees; bomonsHious à donner le sens réel de ces paroles. Le votd donc : « Tout le monde ne peut pas étie mis dana le secret de la comédie ; c'est folle à ceux des nôtres qui , aulvant la loi de la raison, n'appar-
tiennent pas aux plus hauts grades de vouloir se rendre compte de tout ce qu'ils verront et entendront dana le drame immense que déployé à leurs yeux le poète, un en trois personnes , à savoir : Dante» Virgile et Béatrice. Qu'ils s'en tiennent au Quia impedittis ero deincepSf que tu as eu soin d'Inaerlre dana ta Vie nouvelle, pour bien constater que ai tu avais recours à la feinte catholique, c'était comme contraint et forcé par d'immenses obstacles à surmonter. (D'où suit que la Yita nuova a été écrite pour annoncer la Comédie et en exposer l'essence, comme le Convito pour expliquer la Vie nouvelle.) Si les fidèles d'amour avalent pu voir l'Empereur, ToTTo , rival victorieux de Niektb, rétabli dans sa suprême puissance, il aurait été inutile d'enlknter Marie, mestier non era partorire Mariai c'est-à-dire d'organiser l'Église sectaire, qui recommande par-deasus tout, avec la discrétion la plus profonde , une obéissance aveugle envers ses chefs, et par suite d'enfanter Béatrice. U encore il nous a bien fallu traduire selon la lettre.
CBAMt tll.
MB
Tandis qu'il He lear taut qu'uo éternel regret*\ D*Artstole et Platon, de bien d'autres qu'on sait. Je le dis «*. — Il se tut et, la tête baissée, Sembla comme absorioé dans sa triste pensée.
Au pied du mont pourtant nous étions parvenus t Mais s'y dressaient les rocs tellement droits « ardus^ Que mes jambes auraient longtemps en pure perte Tenté de les franchir. Moins rude et UH^ins déserte, Facile même et douce ouprès de celle-U^ Est entre Lerici la route et Turbta, Qui par ftpres degrés dans la rocbe serpente ^^
Qui sait de quel côté va s'idMiissant la pente, A pouvoir espérer sans ailes d'y monter» Dit le maître, qui vient alors de s'arrêter.
Tandis que» le front bas , méditant en silence » A trouver le sentier en son esprit il pense. Et que du roc mes yeux mesurât la hanttur,
10. Disiar vedeste sensa frutto TAi ; efc« MrMt lor dîsio quetatô , ch* eternamente è dato lor per lutte^ Traduisez maintenant : « Vous en ayez vu bcaneonp désirer inalllemetit Henri Vtl^T.AJ. ou TuUo, Arrig.^ /mp., donl les vœui auraient été comblés par là, tandis que leur espoir déçu est pour eux utt sujet de deuil étemel. » Est-ce suffisamment clair, et douteni-t-on encore du sens secret de ces (ai, qui reviennent si obstinément avec la même signification? On comprendra peut-être comment ponr ces panthéistes platoniques, Tempereur Tout , le monarque universel était leur dieu Pan, ci eomment leur association^ leur église occulte devenait Marie, la fille de Dleu« la mère immaculée de leur messie , attendu avec Impatience pour exercer sa haute juslice, en jugeant, selon leurs mérites, leâ xiranH et les mor(«. Cette symbo-
lique avait Tavantage de leur permettre de répetidfe auxliiqulalteiirs, qu'ils croyaient en Dieu, au Christ, au Messie , fils de Marie, et Dante pouvait composer dans ce sens le Crtdo qu'il nous a laiisé. {V^y% les RéveL p. 87], et sa paraphrase sectaire des psaumes de la Pénitence.
1 1. Aristote et PlatoRvassetéti^ngers, du reste, aux croyances qui ont Inspiré le poème, et pour qui, certes, Marie n'a pas conçu , sont nommés ici, pour donner le change, ou peut-être aussi comme représentants des diverses écoles philosophiques, ce que sembleraient indiquer molli allri et l'air attristé de Virgile.
12. Celte comparaison» empruntée au sol montagneux de û rivière de Gènes, fait allusion, d'une part, aux obstacles opposés à l'intrusion des profanes ( de l'autre, aux diOlcultés de toute nature dont le parti révolutionnaire avait à triompher.
31€ LE PURGàTOIBE.
A gauche, j'aperçois des émes , dans la plaine Qui s'avancent vers nous, mais paraissent à peine Se mouvoir, tant leurs pieds marchent avec lenteur".
Maître, lève les yeux, dis-je; voilà sans doute Des gens pour nous donner conseil , si tu ne peux Par toi-même arriver à trouver notre route.
Et lui , me regardant d'un air moins soucieux. Me rendit : —Il faut aller au-devant d'eux; Viens, car pour nous atteindre ils font peu diligence. Maintenant, mon cher fils, conçois bonne espérance. —
Nous avions déjà fait environ mille pas, Et la distance encore entre nous n'était pas De plus d'un jet de pierre avec vigueur lancée , Quand , le long des hauts rocs, l'une à l'autre pressée, Ces Âmes s'arrétant, restèrent sans bouger, Comme gens, l'œil au guet, en doute d'un danger.
Esprits de qui la fin sur terre fut bénie " , Leur dit Virgile, 6 vous déjà du Giei élus ", Par cette douce paix dont ne doit être exclus, Je pense, aucun de vous; montrez-nous, je vous prie, Où s'incline ce mont assez pour nous ofirir Un sentier jusqu'en haut qu'on puisse parcourir. A qui plus sait, le temps perdu doit plus déplaire.
Comme l'on voit sortir du mobile treillis, Par une, deux et trois, de timides brebis; Les autres, abaissant l'œil et le nez à terre,
13. Ces esprits à la marche si lente fleal, c'est pourquoi Virgile les ap- •ont la figure des sectaires dont pelle ben /Imlt.
rhostllité contra le Saint-Siège a été
peu profitable pour la secte et ne lai 1 6. Già eleUi signifie aussi : Jadis
a permis de faire que d'insensibles élus. Telle doit avoir été aussi la pen-
progrès, malgré tous les efforts d'un sée du poète, sans quoi il n'aurait pas
courage malheureux. ajouté : « par la pal k qui attend, je
14. Après avoir longtemps hésité pense, chacun de vous ; cette paix à se déclarer, ils avaient fini par ne pouvant être doutenae ponr eeax rompre en visière au pouvoir ponll- qui sont déjà élus. »
CHAIilT 111.
Timides , s'avancer, puis , d'un instinct craintif S*arr6ter, si soudain s'arrête la première , S'entre-presser, sans même, en savoir le motif; De même alors vers nous je vis venir la tête Du fortuné troupeau ,.Ia pudeur en ses traits , S'avançant l'air paisible et la démarche honnête **, Mais voyant sur le sol l'ombre que je portais Et qui, da mon flaire droft, au roc allait s*étendre, Surprise, «lie arrêta , ne pouvant se défendre Un peu de reculer, et dans le même instant. Sans trop savoir pourquoi , le reste en fit autant *'.
Oui , c'est un corps humain, je ne veux pas attendre' Votre demande, ici qui marche à mon côté, Et du solefl divise à terre la clarté ". N'en soyez point surpris ni ne croyez qu'U aille , Sans que ce soit du Ciel l'auguste volonté. Essayer de franchir cette haute muraille **.
Ainsi parla le mattre , et , du dos de la main , Les Esprits aussitôt, en nous faisant un signe, Nous dirent : — Vous n'avez, en rebroussant chemin, Qu'à marcher devant vous. — Dans cette troupe digne. J'entendis s'écrier alors : — Qui que tu sois,
]6> On se rappelle qae Yhonnéieté Bignifle déguisement, et que la vergogne est une des qualités de Yâme no&2e, c'est-à-dire de i'initié. Voir ledemier Traité du Gonvito et Révél.
17. Ces esprits , adversaires de Rome, prennent l'alarme à Tombrc catholique projetée par le poêle, cela va sans dire.
18. C'est un homme , non une brute, un vivant, non un mort ; on connaît la vaieor de ces expressions , qni s'arrange sur la lerrc, in terra, pour que ia iumière de la
raison paraisse interceptée devant lui , et' pour qu'elle ait à briller aux yeux de ceux qui regarderont derrière le voile obscur dont il s'est couvert.
10. Dante n'a pas revêtu l'apparence catholique et entrepris de décrire le cours des épreuves que la secte fait subir aux cathécumènes sans y être autorisé par le Grand- Orient, dont l'autorité vient du ciel, senza virtii, che dai ciel tegna, car il a pour but de renverser la forte muraille de pierre qu'oppose k l'hérésie rf^gliscralholiq ne, cerca di soperchiar questa parete.
LR PURGàTOIRR.
Tourne, tout en marebaDt, tes yeux vers mon Yisage, Peut-être in*a8*tu vu dans le monde autrefois.
Je me retourne donc de suite » à ce langage. Et je tiens sur ses traita mon regard attaché. Ses cheveux étaient blonds, et belle sa figure, Son aspect noble ; mais le fer avait tranché L'arc de Tun des sourcils '^ Humblement je Tassoie Que de ne l'avoir vu jamais je suiç certain. — Regarde, reprend-il ; •— et d'une cicatrice Il me montrait la trace empreinte en haut du seiu. Puis, en me souriant, d'un air calme et serein :
De Constance, dit-il, la noble impératrice, Je suis le petit*ûls , Manfred 'S et te requiers, Quand tu retourneras dans un monde pervers, D'aller trouver ma fUle, aimable et digne mère D'un prince, de Sicile et d'Aragon rhenneur, Puis, si l'on propageait le mensonge et l'erreur. De la désabuser par un récit sincère ".
Quandmoncoips succomba sous deux coupe meuitriers. J'eus recours & celui qui daigne volontiers
20. Homo flavus, amœna fade, <Kpec(u ]placi\>il\$ , in maxillis ruhetu, oculis sidereis, per totum mveui , staiura médiocrité Salia Malaspina .- Hi$L Ker, Sic, Mura- Uai viii.
21, C« portrait du û\i de Frédéric Il est tracé avec amour par le poëiei quirévéraU en lui l'héritier du courage al des doctrines d'uo dea plus redoutables ennemis de l'Église, du protecteur des savants juifs et arabes , de TAchilie sectaire, de ce monarque leUré, qui avait introduit et patroné en Italie la poésie amoureuse, destinée à y propager l'hérésie (t'oy. p. 24 et suiv. àe^RévéL), Constance, fllle de Roger, roi de Sitiic , avait épousé Tcmpereur
Henri VI , de la maison de Souabe.
Elle était la Thélis du Pelée germain:
22. U fiUe de Manfred s'appeUlt Constance, comme son aïeule, et elle avait épousé Pierre d'Aragon, qui chassa les Français de la Sicile en 1282. Elle fut mère d'Alphonse, qui marcha sur les traces paternelles, et combattit dans TAragon, contre Charles d'Anjou, pour la défense de laSiciIe.(Voy.Feffro JUe^, p. 116.) Aussi , le nom de ce prince est -il mentionné honoraMemcnt dans le chant viii , tandis que Dante n'a que mépris pour ses deux frères, Frédéric , roi de Sicile après lui, et Jacques , roi d'Aragon » tous deux fldèlea au Saint-Siège.
CHANT ifll.
Aux pleurs du repentir pardooner toute offeaee. Mes péchés furent grands, horribles "; mais aiiasl Est sa miséricorde inépuisable, immense^ Et tend les bras à qui Tient lui criant meroi. Si, sachant lire en Dieu, Pavait compris ainsi, Le pasteur de Gosence, accouru sur ma trace, "^ À la voix de Clément, pour me donner la chasse, Mes os seraient encore auprès de Bénévent , A la tête du pont, sous la funèbre masse , Quand , baignés par la pluie et battus par le veut , Hors du royaume ils sont relégués maintenant, Presque aux rives du Verd ". C'est là , lumière éteinte. Qu'il les a fait jeter, privés de terre sainte ". Ne pei*d pas i'anathème au point que sans retour On soit déchu par lui de l'étemel amour, Du bourgeon tant que peut éclore l'espérance ^S
23./Le8 deux pointes moTtcIles, due punte moriali, pourraient bien être les deux piaives, instruments de mon dans les mains de ces pontifes qui ne pardonnent pat volon^ tien, A en croire Vllani , ti , 46 , Manfred aurait été, autant et plus que son père , adonné aux plaisirs des sens , metiant une vie teut épicurienne, sans se soucier de Dieu ni des saints *. La vita sua era epicurea^ non curando Dio o santi, di cherici e di reUgiosi,occupando le chiese corne suo padre. Ainsi se trouve motivée la sympathie du poète pour le fils de l'un de ses héros, malgré ses péchés, qui ne furent /lomblef qu'aux ycax de l'Église.
24. Après sa victoire de Tagliacono, Charles d'Anjou avait fait, inhumer le cadavre de Manffed ; et, chacun de ses soldats fournissant sa pierre, il en était résulté une sorte de tumulus. Mais le légat de Clément IV, Barthélémy Pigoatclll ,
évéque de Cosenza, flt exhumer ses restes, qui furent Jetés à l'abandon, comme ceux d'un exeommonié, sur les rives du Gariglian , appelé ans si Verd, Liris, etc.
35. A lume spento , de nuit et les cierges renversés. Le légat qui ordonna cette exhumation est déclaré étranger à la loi du Christ et comparé h un limier lancé sur la piste du gibier.
26. Il n'y a pas moyen de méconnaitre ici une protestation contre les f ITets de Texcommunicatlon, malgré le soin prudent que prend le poète de l'atténuer en admettant la nécessité d'une expiation. Il y a de plus cet autre sens, que toutes les malédictions de la religion de haine sont impuissantes contre la religion d'amour, éternelle de son essence et ' dans laquelle tant de fidèles mettent leur espoir , assurés de voir tornar Veterno amore.
LE PURGATOIRE
A vrai dire, celui qui meurt sous la sentence. En haine à sainte église, encor que repentant, Doit rester en dehors de ce port qui l'attend, Trente fois le délai qu'à faire pénitence Sur terre il apporta, si le ternie obligé N'est pbint par la prière et l'aumône abrégé *^ Vois donc si tu pourras me valoir allégeance En révélant sur terre à ma bonne Constance Où tu m'as vu , comment m'arrôte ici la loi ; Peuvent beaucoup ici ceux qui là-bas ont foi '*.
37. On voit que reipialion n'est pas bien rude et que sa durée peut se réduire à un bien petit nombre d'années. Puis on se rappelle la déclaration des Bonshommes, à Lombers, que le repentir à l'article delà mort suffit pour le salut Mss. de la SIb. Imp. coll. Le Doat, n* 21.
26. Le point essentiel pour le poêle sectaire était de déclarer hautement, en opposition atec les enseignements de l'Église, qu'il ne fiumsalt pas de la sentence de sainte Église
pour damner ccui qu'elle excommuniait. C'est erreur, selon lui, que de le croire, et la vérité est toute autre, dichi a lei il ver te allro si dice. En tout cas. Il compte sur les bonnes prières, buont prieghi, non pas, dès lors, sur les libéra catholiques, mais sur ces prières que les fidèles adressaient au dieu Amour cii faveur du dieu Empereur; non dans l'Eglise, mais dans le Temple. Tout cela n'est-il pas Indiqué avec une adresse merveilleuse et de manière à satisfaire les plus orthodoxes?
Lorsque Tâme, chez nous, se replie attentive
Sur quelque faculté, qu'une peine excessive,
Un extrême plaisir vient soudain affecter,
Elle semble ne plus en rien s*inquiéter
Des autres, qu'elle oublie ; et c'est preuve notoire
Combien il est absurde, à tous égards, de croire
Qu'une àme sur une autre en nous ait à s'entera
Or, à l'instant qu'on voit ou bien que l'on écoute
Un fait qui saisit l'âme et qui l'absorbe toute ,
A notre insu, le temps est prompt à s'échapper.
Diverse est, en effet, la puissance auditive
De celle que ne vient nul objet occuper :
Quand libre est celle-ci , l'autre est comme captive *.
J'en fis l'expérience, en écoutant l'Esprit,
Tout étonné de voir, au moment qu'il finit ,
Que déjà le soleil , sans que je m'en doutasse,
De cinquante degrés eût monté dans l'espace '.
1. Cette attaque n'est pas dirigée, roismCf par E. Renan, p. 94 et saîT.
comme on l'a cru et répété, contre 2. Cette action isolée et indépen-
la tiiéorie d'Averroès sur l'inteliect dante des facultés ou puissances de
actif et séparé, impassible etlmpé- rintellect humain est en complète
rissabic, venant se greffer sur l'in- harmonie avec la doctrine d'Avcr-
teilect passif, périssable de sa nature; roès.
niais bien contre ceux qui en tiraient 3. A raison de quinze degrés par
la conséquence que le philosophe heure, le discours de Manfred aurait
arnlie admettait deux âmes dans duré près de quatre heures, et Dante
rhommr. Voy. {'Histoire de VAver- aurait jngé h propos de n'en donner
Nous crièrent alors ces âmes, d'une voii :
— Voilà ce que requit de nous votre demande *. — Quand rougit le raisin , souvent le villageois
Clôt de quelques rameaux une brèche plus grande Que ne s'offrait la sente ouverte-en ces parois , Entre lesquelles, seuls, quand nous nous séparâmes De ces dignes Esprits , mon guide et moi montâmes. On gagne Saint-Léon , à Noli Ton descend ; De la Btsmantua la cime difficile Peut même se gravir â pl«d; mdifl, et) volatil^ 11 faut ici monter ; il y faut raiie agile, Veux-je dire, l'essor de o« désir brOlaât Que fomentait en tnoi celui dont Id ftcietite M'éclaûrâit , me donnait â l'œttvre cotififliicé *< Dana la roche entaillée en abrdpted degr4ft. Par ses hautes parois des dimt part« resserrai Nou» gravissions , nod pieds et non lîiliin» â là tâche Sur le sol employant leur efl^t sms relâchai; Quand nous eûmes enfin du roc à pic coupé^ Avec fatigue, atteint un rebord escarpé^ D'où l'on apercevait à découvert la plagé :
— Maltire I dis-je, comment poursuivre datflnlageT — D'un pas , fépondit^il , ne y A point rebrotfftser * I
'que la Bobstance. On a pu recon- but, dans un Intérêt eoiiiraiHi« Itainte
naître qu'il aratt des motifs suffi- n'était pas pour Tanarcble.
sants pour abréger et pour ne pas 5. Rien de plus difficile que do
entrer dans des développements sca- triompher des obstacles qui entra-
breux; c'était le cas ou jamais d'em- vent le sectaire, obligé de suivre
ployer les expressioos (u&nc/ie.Vnlg. péniblement sa Tole enli% dent mu-
eloq. raiilea de Guelfes ^ «(Mit rotîi, m
4. Le chemin à suivre pour gravir n'a la doctrine pettr Pëclatrer et le
la montagne , leur est indiqué tout langage mystérieux ponr lui donner
d'une voix, parce que dans le Pur-^ bon espoir } 8*ii n*est dirigé surtout
gatoire, comme dans le Paradis, par unsèleard«nt| enfoviant ceatH
c'estrà-dire sur le terrain de Tinltia- eatboltqne qu'il regarde do son haut
tion sectaire, toutes les volontés avec mépris , fiioi di «offo, eomme
agissent d'accord et sous la même Farinata l'enfer,
impulsion, pour atteindre an même •. Pettenné ffigaore qoe^ daiÉi
CitAHt ly.
Vers la cittie, fl nifl stilte, H coriVfGht d'atôtteerj Jusqu'à ce que se montre & nous qlielqtie liotl gtiidt^.
Mais cette cime était si haute et si rat>i(!6 Que le regard â peine y pouvait parvenir, Et non moitïs se dressait la mont(îc i\ gravir Que la ligne, tirëe en mesurant l'espace, Du demi-quart de cercle au point central qiii pËSsë 'i
Déjà bien las, je dis : — Tendre père, tët» illOi Détourne ton regard ; je reste , tu le toi , Tout seul, a Tabandon, si ton pas ne s'arrête. -^
MoDûls, rëpondit-il, en me montrant du âblgt Une corniche , uu peu plus haut , sur notre tête j Qui fait le tour entier du mont en cet dndrdlt^ Tâche de parvenir jusque-là. — Son langage Suffit pour stimuler tellement mon courage , Qu'à sa suite grimpant et redoublant d'effort , Du redan circulaire enfin j'atteins le Bord.
Là, pour nous reposer, tous deux nous nous assîmes, Regardant au levant le point d'où nous gravîmes • , Car à voir le chemin parcouru Ton se plaît*. Mes yeux, d'abord , en bas contemplèrent la rive ; Et puis vers le soleil , à gauche qui brillait, . Je les levai , frappé d'une surprise vive. Le sage s'aperçut de mon étonnement
• toute Inttlalion, ccliiî qnl se décou- rallachent au gnostlclsme rtiartl-
rage et bal en fctraite est incxora- chéen. SI une intention sectaire ne
hleiDcnt repoussa parmlles profanes. motivait pas chez Dante cette per-
7. Le but auquel tend le néophylc Sîstince h rappeler rOrlérit, datis
n'est acceSFlMe qu'au regard de quel but ment!onnéralI-il le point de
rinlelllgence et non point à la tue l'horizon vers lequel se |»ortent ses
cofporelle. De là cette comparaison regards, en remarquant qUe c'est êe
empruntée h rastronomle pour in- là précisément qa*Fl est jjaril? dlquer que la montagne s'élève 0. C'est ce qui arrive H tin certain
presque verticalemen». point de rinitiatîon où l'on fait on
S. Parce que ralbigéisme e?t orl- retour suf les grades parcourus fct
ginaire de TOrlcnt , vers lequel con- ce qui se repiroduirajavcc Béatrice,
Tcrgcdt toutes les doctrines qui se dans le Paradis. Î4. .
LE PURGATOIRE
Au spectacle nouveau du char de la lumière , Entre le nord et nous dirigeant sa carrière '*.
8i Castor et Pollux , dit-il , en ce moment Escortaient ce miroir dont la splendeur éclaire, Tantôt haut, tantôt bas, Tun et l'autre hémisphère. Ce même zodiaque, empourpré de ses feux. Plus près de l'Ourse encor tournerait à tes yeux S'il ne déviait pas de son sentier antique '^ Afin de concevoir comment cela s'explique, Figure-toi Sion et ce mont , tous Jes deux Sur la terre n'ayant qu'un horizon unique , Alors que rhémisphère est différent pour eux ; Et tu reconnaîtras bientôt , si t'illumine Quelque réflexion , qu'il faut bien , d'une part , Que cet astre , en un sens , sur la route chemine Où jadis Phaëton fit s'égarer son char, Quand de l'autre, à l'inverse, il se montre au regard ".
fO. Dans rhémisphërc opposé h celui qu'il svait quitté, aux antipodes ' de Rome et de l'Enfer, le soleil devait tourner à sa gauche, lorsqu'il faisait face au levant. Pouvait-Il mieux Indiquer que ses doctrines émanant d'un nicme foyer, la loi du Christ, avaient une direclion entièrement opposée h celles que professe l'Église romaine ?
1 1 . Si le soleil , au lieu de se trouver dans le signe du Bélier, eût été dans celui des Gémeaux , et dés lors plus rapproché de l'Ourse, le zodiaque, dans le voisinage du pôle, aurait été Inondé de la lumière solaire. Tous ces signes ont leur signification sectaire, mais j'ai peur de me lancer dans l'astronomie où Je suis encore moins fort qu'en philologie. Voici pourtant comment j'Interpréterais tout bonnement ce phœbus sclent ftquc destine à abuser les doctes ♦;l les niais: « Si lus fidèles d'Amour,
ces êtres gi*minés par riniliation, se pressaient autour de l'Empereur, ce miroir de la divinité, qui porte avec lui la lumière, tu verrais, d'un autre côté, toutes ces brutes dont les figures émalllcnt le zodiaque, empourpré de la couleur sani^lantc des Gucifes, se serrer cHUpsI et plus encore contre la Callsto romaine ; à moins, ce qui serait si désirable, qu'elles n'eussent à s'écarter de leur ancienne routine, fuor del commin vecchio. » Par malheur cela n'est pas assez savant , je le sens bien , aussi Ton ne m'en croira pas.
12. Cette explication astronomique a pour but de faire comprendre que la nouvelle Jérusalem est l'antipode de l'ancienne, que le Temple est en antagonisme complet avec l'Êgllsc»
et que si la lumière provient pour tourideux d'un même foyer, elle leur arrive rn sens opposé; d'où suit que ce qui est bien ("t jit^te au point de
CHANT lY, 325
Certes, jamais, repris-je, ô mattrc l'h ma pensée Une ch(\se frappant mon esprit de stupeur, Ne s'est plus clairement , plus soudain retracée. Je comprends, maintenant, du plus haut Ciel moteur, Que le grand demi-cercle appelé l'Equateur, Limite de l'hiver et de l'été, doit être Ici vers l'Aquilon , tandis qu'il ne pouvait. Qu'au midi , pour l'hébreu , dans le ciel apparaître. Mais je voudrais savoir, s'il ne te déplaisait , Ce qu'il nous reste encore à monter, car la côte , A n'en voir le-sommet , se dresse roide et haute.
Et lui : — Cette montagne est telle qu'à gravir, En commençant , toujours elle semble pénible ; Plus on va s'élevant, moins elle fait pôtir " ; Quand sa montée aussi , devenant insensible , Te sera douce autant que sur Fonde paisible Da marche d'un navire, alors de ce chemin Tu seras assuré que le terme est prochain ; Là seulement t'attend un repos salutaire. Trêve aux discours , et tiens mon dire pour certain.
Au moment où venait mon guide de se taire. Une voix résonna tout près de nous, disant : — Peut-être on te verra plus tôt te reposant. — Ces mots firent soudain que nous nous retournâmes. Et nous vîmes à gauche un grand roc, qu'en montant Nous n'aperçûmes pas d'abord ; nous y marchâmes :
Des Esprits sous ce roc se tenaient abrités. Comme gens nonchalants du labeur rebutés ^^
▼ue eathoUqae est inique et criminel toujours rudes , mais plus il avance
au point de vue sectaire. Cherchei dans la science arcane , moins il y
à comprendre, dans le Convito 111, rencontre de difflcultés. 6, ce que Danle a voulu exprimer 14» Est-ce que ces esprits négli-
en supposant l'existence de deux gents que le po^te signale ici se te-
villes antlpodesj'one appelée Marie nant nonchalamment à l'ombre de
et l'autre Lbcib. la grande Pierre, del gran Vetfone,
13. Les débuts du néophyte sont ne seraient pas les sectaires insou*
3i6 LE FUBGATQIfie.
Au rnill^u d'eux , r^ir las, siégeait un pexsuHinage Embrassant ses genoux , sur lesquels soo visage S'appuyait incliné. -~ Regarde , doux seigneur, Djs-je alors, celui-ci, dont toute Tappareacc Montre plus d'abandon et de molle indolence Que s'il eût à nommer la paresse sa sœur.
Sur sa cuisse il tourna la tête ayec lenteur. Pour pous voir, et me dit : — Toi , si plein de vaillanee. Monte donc I — C'est alors que je le reconnus, Et ne m'empêcha pas ma fatigue et la gène Avec laquelle encor je reprenais haleine, D'aller de §pn pôté. Quand près de lui je fus :
Gomprends-tu bien , dit-U, levant la tête ù peifie, Comment va le soleil i\ gauche étincelant " ? — Il m'adressa ces mots d'un w si nonchalant Que sur mes lèvres vint un rapide sourire.
Sur ton sort, Belapqua ", me pris-je alors à dire, Me voici rassuré. Mais dans ces lieux assis Ainsi pourquoi rester î Attends-tu compagnie. Ou de ton ancien mal serais-tu donc repris " ?
Et lui : — Frère ", ù quoi hpn monter plus, je te prie ? Là-haut, siégeant au seuil , certes, l'Ange de Dieu Ne voudrait pas m'admettre âi pâtir au saint Jieu. Du r^ret pour avoir différé dans la vie Ii&i ^Oiipjrs, jusqu'à l'heure où je dus la quitter,
cianU que le péril et même Taction ^tous renseignements conlemporaj^is,
effrayaient; qul^ par ce motif, s'abs- aurait ëlë un artiste en renom pour
tenaient de rien faire pour sortir do la fabrication des Inslrumcnis à
l'ombre dans laquelle Irs reléguait cordes.
Tautorlté dominante, et se résl- ., .^ „ . .„^- ^i^ui» „„« •« ^
gj..c„f m^me ù .'abriter derric.e J^ii^^SÏtor/lu