‹ La comédie de Dante (volume 4)Chapitre 7 sur 123 · J» ogni callc, quel que soit le · texte numérisé non relu

J» ogni callc, quel que soit le

sentier que l'on suive , quelle que soit la foi religieuse ou politique professée, on peut être éclairé par le soleil de la vérité, et cela au moyen de l'initiation, à laquelle tous peuvent être admis.

7. La nuit qu'il passa con tanla pietà, dura tout le temps qu'il resta plongé dans l'erreur catholique, asservi à la loi de dame Piété. Voy.

nos Htvélations sur le moyen âge , 80 us ce titre : Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste, pages 4 1 et suiv.

8. Cette région catholique où le pouvoir régnant le glaçait d'effroi.

9. Attendu que tous ceux qui subissent la loi de Rome sont morts a la raison. En effet, Dante a pris soiq de nous le dire : Vivere nell'uomo è RAGioxE usare, e cosï da quelle uso par tire è par tire da esserc, e cosl t esserc mobto ^Conv, IV. 7.; Pour lui, quiconque répudie la raison pour suivre l'autorité est mort comme homme : il n'est resté de lui qu'une brute , è morto uomo ed è rimaso ' beslia (ibid.). Or, ces brutes- là sont

Après quelque repos à mon corps faible et las, Je repris mon chemin par la déserte plage, Le pied qui s'appuyait demeurant le plus bas ". A peine je montais, voilà qu'une panthère Au poil tout moucheté , d'un bond, vive et légère, Se jetant devant moi, vient m'arrêter soudain " ; Même elle me barrait tellement le chemin Que je fus plusieurs fois pour tourner en arrière tf .

A ce moment avait commencé le matin , Et le soleil au Ciel dégagé de tous voiles S'élevait, escorté de ces mêmes étoiles Qui l'entouraient, alors que de l'Amour divin Reçut l'impulsion son magnifique ouvrage ". Aussi de bon espoir le gracieux pelage Du sauvage animal, cette douce saison , Jusqu'à l'heure du jour, m'étaient occasion. Mais, presqu'au même instant, vint glacer mon courage

les sujets, les esclaves, connue on le Terra successivement , de la Mort , de la Lune, de Platon ou Plutus, da Prince du monde, etc., etc. De là cette fiction de Milton faisant la Mort, personnage masculin , fille de Satan et du Péché, personnage féminin, né du prince des ténèbres. C'est le même ordre d'idées ; ce qui prouve qne Milton comprenait parfaitement Dante, comme Chaucer Boccace. Ce dernier, dans sa 9* nouvelle de la x« Journée du Déeaméron, fait dire à Guido Cavateanti , en réponse à des jeunes gens qui le raillaient, en le trouvant parmi des tombeaux:

«Vous êtes chez vous, messieurs, et pouvez dire ce qu'il vous plaît , » parce que, chrétiens orthodoxes, Us étaient des morts à ses yeux.

lO.Puur Indiquer la marche ascendante et la progression des grades conduisant à la vérité; à la lumière, à la liberté.

11. Florence, envieuse, divisée en deux factions , les Noirs et les Blancs,

12. Sur le point de renoncer a faire la guerre à l'Église romaine et à suivre cette foule profane et brutale qui abdique l'usage de la raison,

13 La première heure du matin, à l'équinoxe du printemps, sous le signe d'Arles, heure et époque des initiations anciennes et modernes ; le soleil de la Raison , escorté des sciences du trivium et du quadrivium, nymphes sur terre, étoiles au ciel sectaire ( voy. Purgatoire , ch. xxxi ), où elles deviennent à volonté les sept vertus théologales et cardinales, créations de l'Amour, dont la religion est opposée à la fol catholique, religion de haine aux yeux de ceux que Rome persécutait.

Chacun sait que la voûte des loges maçonniques représente un ciel étoile.

L ENFER

L'aspect inattendu d'un terrible lion ".

Contre moi, tête haute, affamé, plein de rage, Il venait; on eût dit queTair en frémissait; Et de plus, une louve aux flancs insatiables , Qu'amaigrit une faim sans borne, s'avançait, Qui rendit, ici-bas, bien des gens misérables16.

S'épandait du regard profond, fascina teur, Qu'elle faisait peser sur moi tant d'épouvante , Que je perdis l'espoir de gravir la hauteur " ; Et de même qu'on voit celui que le gain tente Se désoler, le cœur de douleur abreuvé , Quand de perdre pour lui l'instant est arrivé; Ainsi me désolait la béte menaçante Qui , pas à pas venant sur moi, me rejetait Vers le point ténébreux où le soleil se tait l7.

J'étais prêt à rouler jusqu'en bas de la pente ", Lorsque parut quelqu'un qui , pour être , il semblait , Demeuré bien longtemps silencieux , parlait D'un organe voilé19. —Pitié, je t'en supplie, Lui criai-je, ombre vaine , où bien homme ayant vie, Qui que tu sois, accours, de péril sauve-moi 1 —

Homme non, reprit-il, je le fus comme toi ;

14. La France, où régnait Philippe- à rendre si bien la pensée du poète. le-Bel, orgueilleux, avide et puissant. 18. In basso loco, par opposition

15. Rome avare, alliée de Flo- à la montagne lumineuse aux sept rence et de la France, ayant fait le stations ou girons.

malheur des hérétiques, notamment 1 9.Virgile,personnlflcatlon du landes Albigeois et des Templiers. gage dogmatique sous lequel il voila

1G. Les regards de l'Inquisition lui les mystères de l'initiation. Sa voix

faisaient craindre de ne pouvoir par- est enrouée, attendu que ce langage

venir à ses Ans, qui étaient le pro- est tombé en désuétude, par suite

grès et la liberté , par la diffusion de l'adoption du jargon amoureux

des lumières et de la vérité, en employé depuis deux siècles par les

opposition avec les ténèbres de - Provençaux et les Italiens. Mais

l'ignorance et le joug de l'autorité. Dante lui rendra tout son éclat et sa

17. Vers Rome, où le soleil delà sonorité, au moyen d'une simple raison est réduit à se taire, M. Ratis- transformation consistant à lui imbonne ne se doutait pas que ses poser le sceau catholique au lieu de « lieux de muettes ténèbres » eussent l'empreinte païenne.

Mes parents avaient vu le jour en Lombardie " Et, tous deux, dans Mantoue ils eurent leur patrie. Tard je naquis sous Jule. A Rome, dans le temps Qu'y régnaient les faux dieux, de mensonge artisans , Je vécus sous la loi du magnanime Auguste " Et, poète , chantai ce fils pieux et juste D'Anchise et de Cypris , qui d'Ilion détruit Quittant les murs-fumants, sur ces bords fut conduit , Quand ne resta plus rien de la superbe Troie. Mais à tant de maux, toi, pourquoi donc revenir", Et sur ce mont riant d'où s'épand toute joie ", Dérive tout savoir, pourquoi ne pas gravir ? — Virgile ! quoi, c'est toi, ce fleuve d'éloquence Dont s'épanche la source avec tant d'abondance ? Répliquai-je, en baissant mon front teint de rougeur,

20. Contrée où les hérétiques Albigeois étaient en grand nombre aux xne et xme siècles, à tel point qu'on les appelait Lombards, aussi bien que Tartarins, Patarins, Manichéens, etc., « attendu que leur religion florissalt surtout en Lombardie.» J. Léger, Hist. des Églises vaudoises. « Les Cathares étaient nombreux en Iiombardie, en Romagne, en Toscane, même dans le patrimoine de saint Pierre. Ils remplissaient Vérone , Viterbe , Ferrare , Florence, Prato, Orviète. Ils avaient des communautés à Faënza, Rîmini, Como, Parme , Crémone , et une église importante à Desenzano. Ezzelln, le moine, les protégeait dans la Marche de Trévise.... Les hérétiques de France visitaient leurs frères d'Italie, sous feinte de pèlerinages à Rome, notamment à l'époque du jubilé de 1300, en qualité de Romieux, Romei, de même que ceux d'Italie visitaient ceux de Provence et de Languedoc, sous prétexte de pèlerinages à Saint- Jacques de Galice. * C. Schmidt , Hist. des

Cath. ouAîbig. Cherbuliei, 1848, page 146. Voy. page 67 des Révélations.

2 1 . A l'époque la plus glorieuse de l'Empire romain, type de la monarchie universelle , qui devait remplacer, dans les plans de la secte albigeoise et templière, la théocratie romaine. Voy. De Monarchia.

22. Pourquoi retourner vers cette forêt catholique, où la Louve, cause de tes maux, veut que tout cède à sa volonté dominatrice?

^3. D'où dérive la gaie Science , l'art d'Amour, célébré dans notre vieux roman de la Rose, « où l'art d'Amour est toute enclose. » Avant l'époque où la dame en 1 honneur de laquelle brûlaient tous les amants platoniques de la Provence et de l'Italie , reçut de chacun d'eux un nom, afin de détourner les soupçons de l'Inquisition , elle était désignée par tous sous le nom de 2a Fleur ou sous celui de la Rose ; on y ajoutait parfois les épithètes suivantes : feuillue, branchue , syrienne, orientale, etc. Voy. p. 26 et 27 des Révél.

6 l'enfbh.

Des poètes, ô toi, la lumière et l'honneur,

Que puissent me compter au moins ma longue étude

De ton livre immortel et la sollicitude,

L'amour qui me Ta fait feuilleter tant de fois.

Mon maître, mon père, oui, c'est à toi que je dois

Ce style qui m'a fait un nom ". Illustre sage,

Daigne me secourir; vois la bête sauvage

Qui m'a fait rebrousser par crainte «de ses coups.

Ah ! m'en tremblent encor les veines et le pouls.

Il te faut, d'autre part, te frayer un passage, Si tu veux t'éloigner de ces funestes lieux w, Reprit-il, en voyant des larmes dans mes yeux ". La bête qui te fait implorer assistance A personne ne laisse accès sur son chemin, Harcelant qui s'y risque, elle le tue enfin î7. Dans le mal, par instinct, trouvant sa jouissance, Féroce, rien ne peut rassasier sa faim, Qui renaît plus avide aussitôt le festin 2\ Avec maints animaux, en grand nombre, accouplée, Avec bien plus encore elle s'accouplera "t

24. Ce style à triple sens, trisen- sèment, ce qui s'applique non moins

sus , des docteurs trilingues , allé- bien à Dante : « Il résuma d'une

gorique, moral et anagogique, dont manière frappante cette double tri-

les initiés seuls avaient le secret dition mystique et révolutionnaire

depuis Orphée, Homère , jusqu'à qui se développe parallèlement à

Platon, et, de lui, jusqu'à Virgile, la tradition catholique, et dont les

Style jusque-là employé par Dante représentants font Intervenir IMIro-

80us la forme erotique dans ses minisme dans la politique. » Revue

Cansoni et ses sonnets. des Deux- Mondes, l&mnl 1654.

26. Soumis ft la domination pon- 27. Elle en fait un mort, réel ou

tlflcale. figuré.

2C. Pleurer , dans la langue con- 28- AIIuRÎon ft raviditc et à l'am-

vcntionnelle des sectaires, équivalait bUion donl la cour dc Rome etalt

à papiwr,subirou feindre d'accepter accusée par les sectaires,

l'autorité du pape ; dc là vint peut- 29. Allusion aux alliances de Rome

être l'épithète de piagnisti ou pia- tant avec les roi9 , traités de brutes

gnoni, pleurards, donnée aux parti- au ch. xix° du Paradis, qu'avec les

sans de Savonarole ; ce moine dont divers princes et États guelfes de

M. Charles Louandre a dit judicicu- l'Italie.

CHA&t I.

Jusqu'au jour de vengeance où le Limier viendra ",

Qui là fera périr d'angoi9se bourrelée.

De métal ni de terre il ne se repaîtra " ;

Mais de vertu, d'amour, de science infinie ".

A la vie entre Feltre et Feltre il surgira •* ;

il sera le sauveur de cette humble Italie "

Pour laquelle en héros versaient leur sang Turnus

Et la vierge Camille , Èuryàle et Wisus.

En tous lieux il ira chassant la béte impie ,

Jusqu'à ce que l'enfer la reçoive en son sein

D'où parmi les vivants la déchaîna l'envie ".

Or donc, si tu m'en crois, pour n'avoir plus en tain

A t'expo'ser aux coups de ce monstre homicide ,

Le mieux est de me suivre, en m'acceptant pour guide.

D'ici nous sortirons par les lieux éternels

Où des anciens Esprits souffrants et criminels

Ton oreille entendra la voix désespérée

Crier, faisant appel à la seconde mort" \

30. Can de la Seal a, dont le nom tares était proclamé sur urt pauvre Signifie chien, déguisé Ici sous celui drap, in un povero feltro, probade veltro, rappelle le khan des Tar- blement dans un moment où les tares ou Tartarins, dont il est parlé Ta rt ares italiens, surveillés de près, dans la lettre d'Ivon de Narbonne ne pouvaient déployer le lute hablà l'archevêque de Bordeaux. Voy. tuel. Gan de la Scala avait huit ani Mathieu Paris ; an 1243 et p. 13 des au moment où Virgile est censé Taire Revél. Les Italiens écrivent can ou cette prophétie : H ne peut donc être cane, au lieu de khan. Voir la note question ici que d'une naissance 11, du chant xvie, du Pwrg. mystique, dont une vlllcduPadouan,

31. À la différence de la Louvo,qul ou même Bologne, aurait été le se jette avec rapacité sur l'or et sur théâtre quelques années après, Vêles biens temporels. rone n'étant pas précisément dans

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