‹ La comédie de l'apôtreChapitre 15 sur 71 · SCÈNE XV MADAME MESNAGER, MARTHE · texte numérisé non relu

SCÈNE XV MADAME MESNAGER, MARTHE

MADAME MESNAGER

Mon entant, Henri m'a tout avoué.

MARTHE, se jette dans les bras de Mmr Mesnager.

Ma tante!

Henri n'avait pas besoin de m'en parler, j'avais deviné son secret.

MARTHE

Ainsi, ma tante, vous approuvez nos projets.

MADAME MESNAGER

J'ai promis au lit de mort de ta mère de veiller sur toi comme sur ma fille et je ferai tout ce qui dépendra de ma volonté pour ton bonheur...

MARTHE

Que je vous aime, ma bonne tante!

MADAME MESNAGER

Un petit reproche pourtant... Pourquoi m'avoir caché cette inclination?... Mon mari eût pu prendre des engagements pour l'avenir d'Henri... Vous

êtes encore si jeunes tous deux... Songe qu'Henri n'a pas de position ! Son père ne consentira à le marier qu'alors qu'il sera établi...

MARTHE

Qui l'empêche de s'établir tout de suite?

MADAME MESNAGER

Ces amoureux sont pressés ! Ma chère Marthe, tu passes par-dessus les examens, les études... Il faut à mon fils encore deux ans au moins...

Je dirai à Henri qu'il travaille fort, nuit et jour, pour finir en un an.

MADAME MESNAGER

Mon enfant, il est des délais officiels qu'on ne peut franchir.

MARTHE

Que c'est triste!

MADAME MESNAGER

Voilà pourquoi je n'aurais pas voulu vous voir former si vite ces projets... Henri doit aller à Paris.

MARTHE

A Paris. Il me quitterait!...

MADAME MESNAGER

Il le faut...

MARTHE

Henri ne me Ta jamais dit.

MADAME MESNAGER

Qu'est-ce qu'une séparation d'un an ?

MARTHE

Un siècle.

MADAME MESNAGER, l'embrassant.

Tu l'aimes donc bien!... Prévoyant depuis un

certain temps ce qui se passait entre vous deux, sournois que vous êtes, de mon côté je travaillais aussi en dessous, j'essayais de connaître les intentions de mon mari... Il n'est pas tout à fait si bien disposé que moi...

MARTHE

Ah! pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela en commençant ? Mon oncle m'a parlé ce matin à mots couverts et je me doutais qu'il voulait faire allusion à nos projets... Il n'a pas montré de vives sympathies pour mon père, et il prétend que ma tante Amicie doit être un obstacle à mon mariage...

MADAME MESNAGER

Et tu lui as donné tort?

MARTHE

Sans doute... Vous aussi lui donnez tort?

MADAME MESNAGER

Non, Marthe. Je respecte la volonté de mon

mari ; par son travail persévérant, il a amené l'aisance qui aujourd'hui nous permet de vivre tranquilles ! Toute ma vie, j'ai eu confiance en lui, en ses entreprises... J'avais foi en sa raison... C'est un homme droit, d'apparence un peu rude, car son esprit ne s'accommode pas de chimères; mais quel cœur loyal quand on y pénètre... Tu le sais...

Mon oncle a bon cœur, mais oserais-je jamais lui confier ce que je vous disais tout à l'heure... Je ne sais pourquoi, j'ai peur...

MADAME MESNAGER

Crains-tu que ton affection pour Henri soit mise en question par le bon sens de mon mari?

MARTHE

Je n'ai pas raisonné pourquoi; c'était instinctif; maintenant que vous me le dites, je le sens.

MADAME MESNAGER

Ne crains rien, ma chère Marthe, je recevrai le

premier choc... Je n'ai pas vécu trente ans avec mon mari sans savoir comment aborder ces questions difficiles.

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