‹ La comédie de l'apôtreChapitre 51 sur 71 · LES PARTISANS DE DIGONEAUX · texte numérisé non relu

LES PARTISANS DE DIGONEAUX

moins nombreux.

Vive l'apôtre !

AMICIE

Oui, vive Jean Digoneaux !

LETOCART, hésitant.

Vi... ve... T apôtre!

DIGONEAUX, se relevant.

Il vivra, mes frères, pour vous défendre.

AMICIE

Défendez-nous, défendez-vous contre ces fauteurs de troubles.

GROLIG

C'est le citoyen Digoneaux qui jette le trouble dans notre assemblée.

DIGONEAUX

Avant votre arrivée, parricides, chacun répétait : Que nous sommes heureux d'avoir à notre tête un homme aussi juste, aussi dévoué que l'apôtre Digoneaux. Son amour pour l'humanité n'a pas de bornes.

une voix Tais ta gueule, avocat.

DIGONEAUX

Qui est-ce qui a le dur privilège de se lever le premier? Moi. De se coucher le dernier? Moi. De travailler le plus? Moi. D'avoir tous les soucis? Moi. De supporter toutes les privations ? Moi.

TRAPADOUX

J'accuse l'apôtre Digoneaux d'avoir commis des crimes et des délits incalculables, de nous avoir tous trompés et trahis... Je déclare formellement que le citoyen Digoneaux n'est plus père de la communauté; indigne d'être à notre tête, il ne peut nous représenter désormais; ce plagiaire des plus exécrables monarchies a trahi son mandat, violé la constitution.

DIGONEAUX

Vous êtes un désorganisateur de toute discipline.

AMICIE

Un malhonnête !

LÉTOCART

Ma sœur, prenez garde.

DIGONEAUX

J'annonce la tenue du Congrès national de la fin d'année...

TRAPADOUX

Plus de Congrès!... C'est un vieux mot de diplomate... j

DIGONEAUX

La réunion internationale.

TRAPADOUX

National, je n'en veux pas ! Savez-vous ce qu'appelle le mot national, une garde pour Jean Digoneaux... Ne vous laissez pas prendre à son langage, demain, cet homme créera une garde nationale pour le défendre. Assez de national ! Il n'y a plus de nation.

Je soulèverai ciel et terre; s'il le faut, je m'adresserai aux tribunaux du pays et s'ils étaient ouverts demain, demain j'y aurais recours.

TRAPADOUX

Vous l'entendez, on menace la communauté des tribunaux quand les juges prévaricateurs ont été supprimés. .. J'en prends acte... On veut faire intervenir ici des baïonnettes, alors que l'article 167 de la constitution s'y oppose... On nous menace de dépasser en horreur les vieilles sociétés... Misérable exploiteur !

DIGONEAUX, àLétocart.

Voilà le moment de vous montrer.

LÉTOCART

Oui, montrons-nous.

TOUS

A la tribune !

LETOCART, il monte sur l'estrade et se recueille .

Citoyens... Oh! mon discours... Je ne m'en rappelle plus un mot.

TOUS

A bas de la tribune ! (On fait violemment descendre Létocart. L'apôtre le remplace.)

UN SOCIÉTAIRE s'avance vers Digoneaux et lui montre le poing.

Vieux coquin !

DIGONEAUX

Je lève la séance, si le trouble continue.

GROLIG

Nous ne sortirons pas d'ici que nous n'ayons obtenu ce que nous voulons...

FLAMME

A Tordre !

AMICIE

A l'ordre !

LETOCART

A l'ordre!

TRAPADOUX

Criez, tant qu'il vous plaira, à l'ordre : il n'y a

plus d'ordre! Vous n'êtes pas dans l'ordre, tant que la gérance conspire...

HENRI, à Marthe.

Et voilà l'harmonie qu'ils sont venus chercher si loin !

MARTHE

Qu'allons-nous devenir ?

GROLIG, à Digoneaux.

L'amour de la domination vous tient trop à cœur... Vous devriez déjà être descendu de la tribune: . .

une voix

Cette vieille canaille ne descendra donc pas du bureau !

AMICIE

Ah! ma pauvre Marthe!

DIGONEAUX

Jusqu'à la mort je resterai à mon poste.

TRAPADOUX

Pour vous renverser, nous mangerons ici, nous y coucherons s'il le faut.

DIGONEAUX

Mes frères, voyez la position dans laquelle vous jettent quelques hommes violents et ambitieux...

Si VOUS l'eUSsieZ VOulu... ( Sifflets nombreux. Digoneaux fait des gestes sans pouvoir se faire entendre. 11 veut boire. Un homme brise le verre.)

Mes frères...

UNE voix

Crapaud césarien I

autre voix Vampire !

AUTRE VOIX

Néron !

AUTRE VOIX

A la potence !

LÉTOCART

Je suis mort!

plus d'ordre! Vous n'êtes pas dans l'ordre, tant que la gérance conspire...

HENRI, à Marthe.

Et voilà l'harmonie qu'ils sont venus chercher si loin !

MARTHE

Qu'allons-nous devenir ?

GROLIG, à Digoneaux.

L'amour de la domination vous tient trop à cœur... Vous devriez déjà être descendu de la tribune: . .

une voix

Cette vieille canaille ne descendra donc pas du bureau !

AMICIE

Ah! ma pauvre Marthe!

DIGONEAUX

Jusqu'à la mort je resterai à mon posté.

TRAPADOUX

Pour vous renverser, nous mangerons ici, nous y coucherons s'il le faut.

DIGONEAUX

Mes frères, voyez la position dans laquelle vous jettent quelques hommes violents et ambitieux...

Si VOUS l'eussiez VOulu... (Sifflets nombreux. Digoneaux fait des gestes sans pouvoir se faire entendre. Il veut boire. Un homme brise le verre.)

Mes frères...

UNE voix

Crapaud césarien !

AUTRE VOIX

Vampire !

AUTRE VOIX

Néron !

AUTRE VOIX

A la potence !

LÉTOCART

Je suis mort!

AMICIE

Du courage !

DIGONEAUX, il agite de toutes ses forces la sonnette.

L'une des causes de cette insurrection, c'est l'arrivée en Harmonie de frères égoïstes, révolutionnaires, démagogues, qui m'ont trompé, indignement trompé. C'est l'impatience des gens qui veulent jouir avant d'avoir travaillé...; c'est le dégoût de la communauté, l'esprit de parti, la société secrète. . . ; ce sont les agents soudoyés par nos ennemis, c'est un gouvernement occulte prêt de s'emparer du pouvoir après ma mort.

FLAMME

Vive l'apôtre !

TRAPADOUX

L'homme que vous voyez à cette tribune a osé se vanter à moi de pratiquer un despotisme éclairé. Tous les despotes ne se croient-ils pas éclairés ? Plus de despotes ! Pour les mettre à néant, je ne veux plus de discipline. Si je démolis l'État, ce n'est pas

pour en fabriquer un autre. Renversons ce gouvernement pour n'avoir plus de maître! Je crains autant l'État populaire que l'État bourgeois, maître d'aucune sorte!... Il s'en présente un actuellement, je le casse... Les chefs je les connais, je les ai vus à l'œuvre... Des embastilleurs... S'il le fallait je tirerais dessus.

DIGONEAUX

Ne craignez rien, vous tous qui me restez fidèles. Grâce à l'imprimerie dont je suis seul possesseur, demain l'Europe connaîtra leurs forfaits. (On entend un

bruit de bois brisé.)

TRAPADOUX

L'entendez-vous? Il veut abuser de la presse...

Deux hommes arrivent, traînant une presse.) Llle eSt à nOUS, IT1CS

frères.

DIGONEAUX, il fait entendre un coup de sifflet.

A moi mes fidèles horlogers ! (Les douze nègres danseurs entrent armés de fusils et se groupent menaçants autour de l'apôtre.)

DIGONEAUX

Ah ! vous avez cru que la presse vous suffisait !

Que ferez-vous sans argent ? Seul, j'ai le droit de disposer de la caisse.

TRAPADOUX

Pauvre niaiS ! (Deux autres hommes apportent une grande caisse de fer.)

GROLIG

A nous l'imprimerie, à nous l'argent ! (Tous veulent se

précipiter sur la caisse.)

TRAPADOUX, posant la main sur la caisse .

Cet homme a soudoyé une soldatesque effrénée... Je licencie cette garde du corps qui n'a plus de raison d'être... Approchez, baïonnettes intelligentes ! Que chacun de ces bons nègres touche sa

solde, à condition de rentrer dans ses foyers, (ii distribue à chacun des horlogers une poignée d'or. Danse des nègres qui abandonnent Digoneaux et se rangent derrière Trapadoux.)

TOUS

A nous l'argent !

Pas de pillage! Avenir premier le défend.

TOUS

Vive Avenir premier !

DIGONEAUX, étendant les bras du haut de la tribune.

Ainsi j'aurai sacrifié toute ma vie à vouloir vous rendre heureux et vous me traitez de la sorte !

TRAPADOUX

Qu'on le fasse descendre de la tribune! çou homme

renverse le buste de l'apôtre et le brise ; deux autres sautent au collet de Digoneaux et le jettent en bas de la tribune.) NOUS n'appartenOnS

pas à votre vieux socialisme sentimental. Tous, si vous bougez, vous aurez affaire au radicalisme

explosif! (Aux nègres.) Obéissez ! (On jette Digoneaux dehors.)

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