‹ La comédie de l'apôtreChapitre 65 sur 71 · MADAME MESNAGER, HENRI, MARTHE · texte numérisé non relu

MADAME MESNAGER, HENRI, MARTHE

puis LÉTOCART et AMICIE

ROSALIE

Madame, les voilà tous.

LÉTOCART ET AMICIE, s'élançam vers Mme Mesnager.

Ma Sœur ! (Ils s'embrassent.)

MADAME MESNAGER

Vous ici!... Henri ne me l'avait pas dit.

HENRI

Je voulais être seul à recevoir vos reproches.

Mon père, parlez pour nous à mon oncle.

LÉTOCART

Tout est arrangé. Nous l'avons vu ce matin.

MARTHE

Mais cette froideur!...

AMICIE

Il vous ménageait une surprise.

MESNAGER, à Létocart.

Quand je vous ai rencontré ce matin, à la porte du menuisier Siblequin, que vous ai-je die?

Si6 LA COMÉDIE DE L'APOTRE

LÈTOCART

Vous nous avez félicités, moi et ma sœur, d'être revenus.

MESNAGER

Certainement : je ne désire pas votre mort sur la terre étrangère.

amicie

Et vous vous êtes intéressé à notre propagande. . . Si nous n'avions pas eu affaire à des gens dévorés d'ambition ! . . .

MESNAGER

Vous auriez réussi...

Sans aucun doute.

AMICIE

L'apôtre a été victime d'une conjuration.

LÉTOCART

Des gens décidés à tout..

AMICIE

Qui ne respectent même pas les femmes.

MESNAGER

Vous croyez qu'avec des travailleurs il y avait quelque chose à faire ?

AMICIE

Avec des gens vertueux, l'apôtre eût créé une société idéale.

MESNAGER

Et vous êtes revenus de l'Amérique les yeux non désillusionnés... Pauvres têtes! Et votre cerveau est encore tiraillé par tous ces vains systèmes ! Et vous croyez bonnement que je vais vivre en votre société!... Et mon fils, qui a abandonné ses parents tout à coup pour vous suivre, s'imagine

que je vais l'admettre auprès de moi ! Et sa mère, assez faible pour lui pardonner, croit que la famille peut continuer à vivre en paix comme par le passé ! Oh! pauvres gens! Moi le premier... Car je vous ai plaints d'abord... Vous m'avez déchiré le cœur; j'ai pleuré en secret, je me suis senti vieillir en peu de temps... Mais aujourd'hui l'homme a repris le dessus, je veux vivre tranquille et jamais ne me retrouver en votre société. Quoi que vous disiez, de vagues espérances sociales sont en vous; j'ai feint de les partager ce matin pour mieux connaître le fond de votre pensée... M. Létocart et vous, mademoiselle Amicie, vous êtes malades; rien ne pourra vous guérir de vos chimères... Vous chercheriez à les étouffer qu'elles renaîtraient demain... Fous vous avez été, fous vous êtes, fous vous resterez... Toujours vous troublerez la ville par vos aspirations et chacun vous montrera au doigt... Je ne veux pas d'un beau-frère qui soit la risée de la ville. Marthe n'est coupable que d'être la fille de son père. Henri a commis la faute d'aimer la fille d'un homme courant à la recherche de chimères. Ma femme a, pour son fils, toutes les faiblesses d'une mère... Il faut élever une barrière

contre vos projets... Si je croyais à une guérison possible, j'essaierais de l'entreprendre ; mais tous les traitements sont inutiles... Restez des coureurs d'utopies...; je vous délivre de mes sentiments arriérés. Je pars... ce soir, vous serez les maîtres ici, mon notaire vous fera connaître mes dernières instructions... Vous agirez alors comme il vous plaira, et ferez de cette maison ce que bon

VOUS Semblera. Il va pour sortir. Marthe, M»« Mesnager, Henri, s'élancent sur ses pas.)

HENRI

Mon père!... nous ne partageons pas ces idées, vous le savez...

MESNAGER

Monsieur, vous vous êtes soustrait à l'autorité paternelle.

MARTHE

Mon oncle, n'ai-je pas besoin que vous me serviez de père ?

MESNAGER

Laissez-moi.

MADAME MESNAGER

Après vingt ans de ménage sans trouble, c'est mal, monsieur... Vous me reprochez une coupable faiblesse pour mon fils... Seule, une mère dénaturée se fût associée à vos récriminations...

ROSALIE

Monsieur, laissez-vous toucher.

MESNAGER, regarde Létocart et Amicie, qui restent froids dans un coin.

Non! (Il sort.)

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