‹ La comédie de MolièreChapitre 14 sur 94 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MASCARILLB.

Je ne sais si je me trompe , mais vous avez toute la mine d'avoir fait quelque comédie.

MADELOX.

Hé ! il pourrait être quelque choso do ce que vous dites.

MASCARILLB, Ah I ma foi, il faudra que nous h voyions. Entre nous, j'en ai composé une que je veux faire représenter.

CATIIOS.

Hé I à quels comédiens la donnerez-vous ?

MVSCARILLE.

Belle demande I Aux comédiens do l'hôtel de Bourgogne . il n v a qu'eux qui soient capables de faire valoir les choses ; les autres sont des ignorants qui recient comme l'on parle; ils ne savent pas faire ronOer les vers, et s'arrêter au bel endroit : et le moyen de connaître ou est le beau vers, si le comédien ne s'y arrête," cl ce nous avertit parla qu'il faut faire le brouhaha ?

CATIIOS.

En effet, il y a manièro de faire sentir aux auditeurs les beautés d'un ouvrage ; et les choses ne valent que ce qu'on les fait valoir.

MVSCARILLE.

Que vous semble de ma petite oieJ!? La trouvez-vous con-gruente à l'habit ?

CATIIOS.

Tout à fait.

MASCARILLB.

Le ruban est bien choisi.

MADELOX.

Furieusement bien. C'est Perdrigeon tout pur (2).

MASCARILLB.

Que dites-vous de mes canons (3} ?

M VDELOX.

Ils ont tout à fait bon air.

MASCARILLB.

Je puis me vanter au moins qu'Us ont un grand quartier de plus que tous ceux qu'on fait.

MVDELOX.

Il faut avouer que jo n'ai jamais vu porter si hauiTélégancc de l'ajustement.

MVSCARILLE.

Attachez un peu s;* • ces gants la réflexion de voire odorat.

MADELOX.

Ils sentent terriVemcd bon.

(\) Petite oie a désigné les accessoires de la toilette, plumes, rubans, dentelles, dont à cette époque le costume masculin était fort rîiargé.

(F. CÉMX.) (2) Perdrigeon était le fournisseur des gens à la mode. (3) Canous, large bande d'étoffe ornée de dentelles, qu'on attachait au-dessus du genou, et qui connaît la moitié de la jambe.

COMED. DE MOL. t W LES PRECIEUSES RIDICULES.

CATPOS,

Jo n'ai jamais respiré une odeur mieux conditionnée.

MASCARILLB.

Et celle-là T

(Il donne à sentir tes cheveux poudrés de sa perruque.)

MADELOX.

Elle est tout à fait de qualité ; le sublime en est louché délicieu-sement.

MASCARILLB.

Vous ne médites rien de mes plumes! Comment les trouvez-vous?

CATIIOS.

Effroyablement belles.

MASCARILLB.

* Savez-vous que le brin me coûte un louis d'or? Pour moi, j'ai cette manie de vouloir donner généralement sur tout ce qu'il y a de plus beau.

MADELOX.

Je vous assure que nous sympathisons, vous et moi. J'ai une délicatesse furieuse pour tout ce que je porte; et jusqu'à mes chaus-settes, je ne puis rien souffrir qui no soit de la bonne faiseuse..

MVSCARILLE, s'ccriant brusquement.

AUlahil ahil doucement. Dieu me damne, mesdames, c'est fort mal en user ; j'ai à me plaindre de votre procédé ; cela n'est pas honnête.

CATIIOS.

Qu'est-ce donc ? qu'avez-vous ?

MASCARILLB. '

Quoi I toutes deux contre mon coeur en même temps I M'atta-quera droite et à gauche 1 ah 1 c'est contre le droit des gens : la partie n'est pas égale, et je m'en vais crier au meurtre.

CATIIOS.

Il faut avouer qu'il dit les choses d'une manière particulière.

MADELOX.

Il a un tour admirable dans l'esprit.

, CATIIOS.

Vous avez plus de peur que do mal, et votre coeur crie avant qu'on l'écorcho.

MASCARILLB.

Comment, diable I il est écorché depuis la tète jusqu'aux pieds.

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