‹ La comédie de MolièreChapitre 74 sur 94 · MONSIEUR DE BONNEFOI, BÉLINB, ARGAN · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE BONNEFOI, BÉLINB, ARGAN

ARGAN

Approchez, monsieur de Bonnefoi, approchez. Prenez un siège, s'il vous plait. Ma femme m'a dit, monsieur, que vous étiez fort honnête nomme, et tout à fait de ses amis; et je l'ai chargée de vous parler pour un testament que je veux faire.

BÉLINB.

Hélas l je ne suis point capable do parler de ces choses-là.

MONSIEUR DE BONNEPOI.

Elle m'a, monsieur, expliqué vos intentions, et le dessein où vous êtes pour elle; et j'ai à vous dire là-dessus que vous ne sauriez rien donner à votre femme par votre testament.

ARGAN

Mais pourquoi?

MONSIEUR DE BONNEFOI

La coutume y résiste. Si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourrait faire : mais à Paris et dans les pays coulumiers, au moins dans la plupart, c'est ce qui ne se peut; et la disposition serait nulle. Tout l'avantage qu'homme et femme conjoints par mariage se peuvent faire l'un à Vautre, c'est un don mutuel entre-vifs; encore faut-il qu'il n'y ait enfants, soit des deux conjoints, ou de l'un d'eux, lors du décès du premier mourant.

ARGAN

Voilà une coutume bien impertinente, qu'in mari ne puisse rien laisser à une femme dont ilc-t aimé tendrement, et qui prend de lui tant de sain ! J'aurais envie do consulter mon avocat, pour voir comment je pourrai* faire.

MONSIEUR DE BONNEFOI

Ce n'est pointa des avocats qu'il faut aller, car ils sont d'ordi-naire sévères là-dessus, et s'imaginent que c'est un grand crime que de disposer en fraude do la loi : ce sont gens de difficultés, « t qui sont ignorant* des détours de la conscience. Il y a d'autres personnes à consulter, qui sont bien plus accommodantes, qui ont des expédients pour passer doucement par-dessus la lui, et rendre ju<lecequi n'est pas permis: qui sa vont aplinir les dilfnullés d'une affaire, et trouver «tc« moyens d'éluder la coutume par quelque avantage indirect San* cela , où en serions-' ou* tous les jours? Il lautde la facilité dans les choses; auiremed nous ne ferions rien, et je ne donnerais pas un sol de notre métier.

AkGAN.

Ma femme m'avait bien dit, monsieur, qun vous étiez fort habile et fort horihôte homme. Comment puis-je faire, s'il vous plait, pour Iuidonner mon bien et en frustrer mes enfants ?

MONSIEUR HE BONNEFOI

Comment vous pouvez faire? Yous pouvez choisir doucement un ami intime de votre femme, auquel vous donnerez, en bonne fornTc, ftar votre testament, tout ce que vous pouvez; et cet ami ensuite ui rendra tout. Vous pouvez encore contracter un grand nombre d'obigaJions non suspectes au profit de divers créanciers qui prê-teront leur nom à votre femme, et entre les mains do laquelle ils mettront leur déclaration que ce qu'ils en ont fait n'a et» 4 que pour lui faire plaisir. Vous pouvez au->i, pondant que vou9 été* en vio, meure entre ses mains de l'a rirent comptant, ou des billets que vou* pourrez avoir pavables au po-leur.

BKLIVK.

Mon Dieu I il ne faut point vous tourmenter de tout cela. S'il vient faute de vous, mon fils, je no veux plus rester au monde.

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