‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 166 sur 200 · AU SERMON · texte numérisé non relu

AU SERMON

__ Savez-vous, moi, ce que je trouve de plus fort? c’est de parler comme

cela pendant deux heures sans le moïndre verre d’eau sucrée.

— Cest vrai.

—— J'ai parlé souvent à la Chambre; j'ai fait des lecons, des conférences, eh bien! je déclare qu’il me serait impossible d'arriver à rien sans le verre d’eau sucrée. Ne semble-t-il pas que ce verre d’eau contienne le fil de la pensée qui vous échappe, l'heureuse expression qui vous fuit, le mouvement oratoire et décisif dont vous espérez l'éclair?

Le petit bruit que fait la cuiller contre les parois du verre me paraît réveiller un monde d'idées endormies et qui, sans cela, ne montreraient pas le petit bout de loreille. Jusqu’à ces petits globules qui, s’échappant du sucre pour remonter du fond à la surface, me paraissent recéler des myriades de pensées.

— Voilà donc le triomphe de l’éloquence de la chaire sur celle de la tri-

M. T..., général d'artillerie René «de Ter- Louis Clappe- Philothée Duen retraite : surdité de pre madeæuc, néo- ville, de la roc, ancien mière classe, assiste au ser- chrétien, grande mai- zouave ponmon par esprit de péni- jeunæ hom- son de nou— tifical, ayant tence. me à marier. veautés des fait un ma-

Oùn dilemande Trois-Ponts. riage bien une pieuse pensant.

hérillivre.

bune. L’orateur chrétien, fidèle à sa mission, sait s'imposer des privations que nos infirmités païennes ne nous permettent pas de supporter. Le Dieu qui préside à la parole veille sur lui.

— Eh bien! mon cher, ce qui m”’étonne le plus, ce n’est pas l'absence du verre d’eau sucrée, mais @’est qu'om puisse tourner si longtemps cette pieuse et respectable serinette sans être ou interpellé ou interrompu. Il me faut un aiguillon, à moi : rumeurs à droite, rumeurs à gauche, adhésions, clameurs, un peu de colonel Langlois ou de Glais-Bizoin à la clef !

— Parfait! Donnez au Père X... un verre d’eau sucrée, lâchez-lui un petit Glais-Bizoin à gauche de la chaire, et vous m’en direz des nouvelles.

DEUX JEIUNNES GENS.

—— Comment trouves-tu le sermon?

— Ma foi! je te dirai que je n’en aï ypas entendu un traître mot,

— Que diable viens-tu faire ici alorss?

— Ma foi, mon bon, voilà la chose.. Regarde-moi un peu, là, sur la quatrième chaise à gauche, ce petit chapieaau marron avec des rubans bleus , près de la grosse dame en noir qui a des movustaches.

— Fort bien! jy suis; mais il y a sous ce chapeau une paire d’yeux noirs qui ne me paraissent pas piqués des marnnetons.

— Eh bien! mon cher, ces yeux noirrs et les autres accessoires me seraient particulièrement destinés si la chose nnee convient. Madame de Z.. m’a donné rendez-vous ici pour voir la demoiselle: qui ne va pas dans le monde. Le nez est peut-être un peu retroussé. Qu'en diis-tu?

— Le retroussé ne me déplaît pas ern général! Et la dot?

— Quatre cent mille francs comptamtts, mais.

— Oh! il y a un mais...

Il lui parle à l'oreille.

— Diable! diable! ... Après ça, quatrre cent mille francs, c’est un chiffre!

DEUX IDAAMES.

— Quelle onction! quelle profondeur :!

— Je craignais encore hier qu’il ne prût parler ce soir. Je lui ai envoyé le docteur Love, qui a soigné Penco et la IPatti lors de leur dernière extinction de voix. Cette homæopathie est souveraiine. On y voit la main de Dieu. Hier soir, me disait l'abbé Duclos, on l’enttendait à peine, Voyez aujourd’hui, jamais sa parole ne fut plus claire et plus sonore.

— C'est merveilleux.

— Ne trouvez-vous pas seulement qu’il fait bien peu de citations latines aujourdhui? Moi, j'aime beaucoup les citations.

— Vous savez donc le latin?

— Nullement, mais je ne sais pourquoi cette langue, dont j'ignore le sens, me captive et m'impressionne. Elle nc paraît posséder quelque chose de mystérieux et de vague qui me ramène :aux sentiments de l’idée religieuse.

AU SERRMON. 559

Et, du reste, je suis comme tout le 1monde : c’est ce que je ne comprends pas qui m’impose le plus. R

__ Moi de même. L'autre jour j'ai eeu le bonheur d’entendre la messe dite par un prêtre arménien. Toute la messse a été dite en grec, excepté le Xyrie, eleison. Eh bien ! je vous assure que cela a produit sur moi un effet extraor-

dinaire.

Page 1