‹ La comédie de notre temps ... études au crayon et à la plumeChapitre 4 sur 200 · LE BARON · texte numérisé non relu

LE BARON

Aimé des femmes, ami des chevaux, fait courir.

La vicille noblesse est donc condamnée à disparaître par la misère ou à $’annuler par la richesse.

Il est cependant un troisième moyen, qui est celui de se jeter dans la mêlée et de se soutenir par le travail. Moyen violent, brutal, et qui, faute de traditions, répugne à un grand nombre. Quelques-uns cependant ont déjà tenté Paventure.

Il en est qui écrivent, qui labourent, qui dessinent, qui sculptent, qui plaident pour vivre; d’aucuns sont devenus éleveurs de bestiaux, ingénieurs, médecins, maçons, fermiers, et même photographes. Il est vrai que vis-à-vis de la foule imbécile, l'auréole perd son éclat; mais ce troisième parti, le parti du travail, n'est-il pas le parti des forts, des intelligents et des courageux, qui savent deviner la justice du temps ? Ceux-là sont en tout petit nombre.

Il y a la noblesse de fabrication récente, et qui date du règne dernier. Celle-là, nous n’en parlons que pour mémoire. Notre époque de simili-pierre, de simili-marbre et simili-bronze, devait se compléter par des simili-titres.

Le chef de l'État personnellement élu , au nom de légalité, par le suffrage universel, ct créant des inégalités qu’il proclamait héréditaires, au nom de cette même égalité, était à coup sûr un homme spirituel et gouailleur, sachant sur le bout des doigts les hommes et les choses de son temps.

Je suis certain qu'il en riait fortement dans sa moustache, en tout petit comité.

Bons bourgeois, mes amis, semblait-il leur dire, vous êtes arrivés par légalité, vous avez la haine de l'égalité, c’est tout naturel. Eh bien! voilà des titres, des charges, des duchés, des comtés, etc., etc. Vous êtes contents, jen suis bien aise. Dénichez, si vous pouvez, des filles de M. Poirier pour Messieurs vos fils, des fils de croisés pour Mesdemoiselles vos filles , tout ira bien !

« Mais ,'en vérité, je vous le dis, et veuillez bien vous le rappeler sans cesse : Non-seulement c’est à moi que vous devez tout cela, ce qui, je le sais,

ne suffirait quère, mais encore, moi parti, tout cela filerait avec moi aux quatre vents du ciel. Ainsi donc, attention ! l’œil ouvert, et gare aux points noirs! »

C’est là de l'esprit véritable, de l'esprit pratique, et du meilleur.

Mais M. Poirier et ses filles ont peine à se décider et n’arrivent pas encore.

ES

Comme conclusion, nous dirons : La noblesse s’en va, si l’on ne revient ) ?

pas au plus tôt sur les bases de 89, en rétablissant le droit d’aînesse et les priviléges, chose évidemment fort douteuse.

À moins pourtant que tous les Poirier, bourgeois, marchands et hauts boutiquiers de la Chambre, étant successivement nommés ducs, comtes et barons, dans une promotion générale, la proposition ne vienne à passer d'enthousiasme à une majorité imposante, — ce qui alors pourrait bien être.

En tout cas, osons le dire comme correctif, quand il ne resterait pendant quelque temps encore de la vieille aristocratie qu'un peu de sa politesse et de ses manières, ce serait toujours quelque chose de bon et de bien.

Mais ce qu'il y a de certain jusqu'alors, c’est que les filles de banquiers, sucriers, manufacturiers, coulissiers, etc., ont envahi le turf nobiliaire et donnent le ton. Un ton quelque peu tapageur, couleurs criardes et crues.

Co

Le flot de la bourgeoisie monte, et la vieille noblesse s’y noie. C’est écrit.

Les entêtés et les convaincus dont le courage lutte encore sont sur le radeau de la Méduse.

Je

Quant au clergé, depuis la proclamation de la liberté des cultes, il a cessé d’être, comme caste.

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