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LE MARI DE LA NOURRICE

Diable d'homme! toujours fourré à la cuisine.

£ mouchoir esl un accessoire de quatrième ordre, qui a bien parfois son utilité, mais dont il faut savoir ne pas abuser.

Quand il est indispensable d’avoir dans sa poche trois ou quatre mouchoirs pour subvenir aux nécessités d’une situation embarrassante, il vaut beaucoup mieux rester tranquillement chez soi que de courir le

monde ou les salons.

Les femmes ont compris cette silualion; aussi, sauf dans les circonstances tout exceptionnelles, jamais elles n’ont à la main que ces mouchoirs inutiles de batiste, grands comme le creux de la main, avec un mètre de dentelle autour. Le mouchoir utile, un en-cas, dort dans la poche du mari ou du fils.

Quand la situation réclame trop l'intervention du mouchoir utile, Madame reste chez elle, et elle a raison.

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— Tu me le remetttas dans ma poche.

Le mouchoir de l’homme ne doit être considéré que comme mouchoir utile, pas de dentelle par conséquent.

Un joli chiffre bien brodé, le chiffre surmonté d’une couronne héraldique, si on peut en porter, ou même à la rigueur si on ne le peut pas, font bien au coin du mouchoir. On peut le laisser dépasser quelque peu la ligne décrite

par la poche extérieure du côté gauche de la veste ou de la redingote, ce qui égaye la devanture.

Les mouchoirs du matin peuvent être ornés d’encadrements discrets, ou rouille, ou bleus, ou rouges; ceux du soir doivent être parfaitement

blancs.

Quelques vieux messieurs, ont conservé l'habitude de certains mouchoirs de couleur foncée, destinés à recevoir l’excédant des prises que la tabatière a confiées à leur appareil olfactif.

… Chaque jour diminue le nombre des gens qui trouvent plaisir à se fourrer

dans le nez cette poudre noire qui ne les fait plus même éternuer. Il en

reste encore quelques rares exemplaires dans le monde des Invalides, des vieux militaires, des vieux magistrats et des vieux savants.

La disparition du jabot, que l’on secouait d’un geste élégant et aristocratique pour enlever les grains de tabac qui y prenaient place, a été sans doute pour quelque chose dans la disparition parallèle des priseurs et des tabatières.

Les mouchoirs des priseurs modestes et peu fortunés sont en coton ou toile, à carreaux bleus mélangés de jaune et de noir.

Les priseurs élégants se servent de foulards rouges, ou jaunes, ou mélangés. Mais il en reste bien peu. L'industrie de ceux qui s’adonnaient à la spécialité de faire le foulard, c’est-à-dire de le cueillir dans la poche du priseur, doit être tout à fait dans le marasme.

Les mouchoirs blancs ne valent pas sensiblement la peine d’être cueillis, et les chiffres ou armes les rendent trop reconnaissables. On ne les prend plus guère.

Du reste, on le voit, le mouchoir, pour les hommes, en Occident, na qu'une minime importance.

En Orient, on le jette de temps en temps, ce qui lui donne quelque prix. Ici, c’est tout au plus si l’on a l’occasion de le ramasser.

Quand la nature exige l'intervention du mouchoir, on doit s’en servir avec discrétion et mesure.

On disait jadis, comme formule populaire et admirative, pour parler d’un homme doué d’une certaine énergie :

— C’est un homme qui ne se mouche pas du pied!

Les sceptiques ajoutaient bien :

— Ça se voit sur sa manche!

Mais le point d’admiralion y était.

Bien que, par suite du mouvement acquis, cette locution circule encore quelque peu, il est évident que non-seulement on ne se mouche pas du pied par le temps où nous vivons, qu’on ne doit pas se moucher sur sa manche, et même que si certains persistent à se moucher dans leurs doigts, ils le font en dépit des plus simples notions de civilité, comme de convenance.

Un citoyen était conduit devant la justice pour avoir battu sa femme :

— Oh! monsieur le président, s’écriait le coupable, comment peut-on dirc? un simple coup de mouchoir!

— Mais il ne vous dit pas, fit la femme en pleurant, qu’il ne se mouche qu'avec les doigts.

En Chine et au Japon, les mouchoirs sont inconnus, ou du moins létaient avant que Chinois et Japonais eussent commencé à renoncer à leur costume original et caractéristique pour s'habiller à la Belle Jardinière.

L'usage de déposer dans une petite pièce de linge ou de soie le trop plein de leur nez, de rouler cette récolte, de l’envelopper avec soin, et de la placer précieusement dans dé-fond de leur poche, deurparaissait etdleur paraît encore un usage répugnant.

La coutume chez eux est de se moucher simplement dans de petits carrés

de papier de soie, et de jeter au loin le petit papier et son contenu, pour qu’il

n’en soit plus question.

— Mais, disent-ils aux Européens, si vous étiez logiques, et si vous mettiez en poche tous les souvenirs du même genre, voyez un peu où cela pourrait vous conduire |

La coutume en France et en Europe étant tout autre, on doit donc s’y conformer.

Quelques-uns se plaisent à faire, en se mouchant, le bruit éclatant de la trompette.

Il est des nez sonores qui résonnent au loin comme des clairons aigus ou

des cymbales retentissantes.

Les vieilles dames au sermon, les vieux militaires en chambrée ou en retraite, et les gros commerçants retirés, se livrent trop fréquemment à ce genre de musique , dont l'usage doit être banni par les règles de la civilité.

Celui ou celle qui éternue doit modérer le timbre de son éternument, comme celui de son mouchoir.

| Quand on voit quelqu'un se moucher, l'interlocuteur arrête un instant le flot de son discours pour donner le temps de finir lopération.

Quand on entend ou voit quelqu'un éternuer, c’est un vieil usage de lui dire : Dieu vous bénisse !

Les gens blessés dans leurs convictions par cet appel à une bénédiction dont ils ne reconnaissent pas la vertu, et ne voulant pas considérer l’éternument

au point de vue religieux, l'admettent seulement comme éternument civil, et modifient la phrase légendaire en disant tout simplement : À vos souhaits!

Il en est qui s’abstiennent de l’une et de autre locution, et s’inclinent gracieusement en saluant , à l’éclat de cette involontaire fanfare.

On assure que cetie coutume invétérée vient d’une certaine maladie qui sévit sur la population au moyen âge. La maladie, dont l'issue était inévitablement mortelle, débutait par des éternuments de plus en plus terribles, qui semblaient comme le bruit de la trompette du jugement dernier.

De là cette locution : Dieu vous bénisse!

Le mouchoir a parfois son utilité, en dehors de sa mission intime.

Les orateurs qui perdent le fil de leurs idées, et ne trouvent pas instantanément le mot ou l’expression nécessaire, les avocats qui ont égaré le souvenir d’un argument, les maris pris à limproviste et qui cherchent un prétexte, les femmes en quête d’une excuse, prennent le parti de se moucher, donnant à accomplir ce mouvement stratégique le temps nécessaire pour mettre quelque ordre dans leurs pensées, ou retrouver quelque chose de ce qu’ils ont perdu.

La sagesse des nations, elle aussi, s’est emparée du mouchoir.

À ceux qui entendent un discours, ou un réquisitoire, ou un sermon, à ceux qui lisent un livre, voient une peinture satirique, regardent ou écoutent une comédie, elle dit

Qui se sent morveux, qu’il se mouche!

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