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sur vous. Vous trouverez ici beaucoup de charmantes jeunes filles qui y comptent de même. Avez-vous fait bonne provision de jambes et d'énergie ?
Vous vous inclinez de nouveau, en souriant d’un air fin à la fois et assuré, comme l’être qui a conscience de sa force et de sa volonté.
Et vous vous mettez de suite à la besogne.
Car il s’agit de conquérir votre place définitive dans ce monde dont les portes viennent de s’entr'ouvrir devant vous.
Ne faites pas comme les jeunes gens qui se croient tout à fait arrivés et négligent les dames à coiffures monumentales, surmontées de plumes et de fleurs, dames à robes sérieuses, qui font à merveille, du reste, comme garniture de banqueltes, et qui sont plus connues sous le nom de lapisseries.
Ne les négligez pas; elles sauront à un moment donné vous être utiles et vous aplanir quelques routes.
Un verre de punch adroitement conquis en leur faveur, ou bien une glace ou un simple verre de sirop bien placés, peuvent, et il faut vous le rappeler, décider de votre avenir.
Soignez les tapisseries.
Elles seules peuvent répéter partout : Avez-vous vu ce petit Gaston ? comme il est bien ! Mais c’est un garçon charmant! Ce sera un parfait cavalier, ajouteront les plus âgées.
Mais surtout soyez adroit. Si un verre de punch bien placé est un heureux jalon pour les succès de l'avenir, le même verre de punch renversé par maladresse sur la jupe d’une femme, vous rendra pour bien longtemps importun et impossible.
— Quel niais, ridicule et maladroit que ce petit Saint-Kétoil ! répétera-t-on en chœur. Et l’on ne vous invitera plus — qu’à rester chez vous.
Aussi ne vous engagez jamais à apporter une lasse de chocolat à une dame et encore moins à une demoiselle.
Le chocolat versé sur une robe blanche produit un effet désastreux, et vivriez-vous cent ans, on ne saura jamais l'oublier.
Si l’on vous demande de passer une chaise à une personne qui se trouve bloquée dans un coin et qui ne peut s’asseoir, empressez-vous de trouver cette chaise; mais il est tout à fait essentiel de ne pas la cogner sans précaution dans le dos d’un monsieur qui pourrait être grincheux et désagréable.
S’il vous appelle imbécile ou maladroit, faites semblant de ne pas vous en apercevoir, la maîtresse de la maison vous saura gré de cette réserve.
Il vaudrait cependant encore mieux pour vous cogner le dos du monsieur le plus désagréable que de placer le pied de la chaise que vous enlevez à bout de bras sur la coiffure d’une des invitées, de façon à faire tomber ou les fleurs ou les fausses nattes.
On ne vous le pardonnerait jamais.
Rappelez-vous que le devoir d’un jeune homme est de se sacrifier jusqu’au
jour où d’autres plus jeunes viendront se sacrifier à sa place.
Aussi il est du devoir d’un jeune homme bien élevé et attentif, qui veut
se faire bienvenir, non-seulement des belles dames, mais des autres, et qui
surtout désire se poser comme utile et inattaquable près de la maîtresse de maison, d'étudier avec soin la composition de l’ensemble.
Il y a toujours cà et là certaines demoiselles ou dames laides, ou mal faites, ou désagréables, ou pauvrement vêtues, que les danseurs malappris laissent s’étioler sur leurs banquettes.
Le jeune homme bien appris doit rechercher avec soin ces demoiselles ou dames, et les faire danser, valser ou polker à tour de rôle.
Il ny à pas à se préoccuper d'inviter les belles, les élégantes et les agréables ; d’autres s’en chargeront avec plaisir.
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Ne perdez jamais de vue que vous accomplissez un stage, que vous n'êtes pas là pour vous amuser, mais pour remplir un devoir.
Si une charmante personne à laquelle vous demandez l'honneur d'une contredanse vous répond qu’elle ne danse pas, el accepte ensuite néanmoins un oflicier de hussards, il est de votre devoir de débutant de vous tenir à l'écart avec discrétion. Vous la rattraperez plus tard.
Quand vous marchez derrière une dame dont la robe s’étale avec grâce et majeslé à sa suite, étudiez-vous à manœuvrer savamment en avant, en arrière, à côté de l’étoffe redoutable sur laquelle il ne faut pas, par mégarde, poser le pied, sous peine d'entendre un crac funeste et déchirant.
Quand elles sentent et entendent ce crac, les femmes se retournent en jetant par-dessus leur épaule un regard méprisant et indigné
Si vous ne trouvez pas à vous dissimuler dans la foule ou derrière un gros monsieur, vous êtes perdu.
Ne craignez donc pas de vous exercer, ou bien à sauter habilement pardessus les traînes , ou à glisser avec adresse vos pieds sous les étoffes et dentelles, afin de ne pas les offenser d’un contact imprudent.
Si le vieux colonel, influent dans la maison, vous bloque dans un coin pour vous raconter la campagne de Crimée, ou bien même une autre, à sa volonté, il faut vous efforcer de peindre sur vos traits l'expression du plus vifintérêt, même si cela dure trois quarts d’heure. Cela vous fera bienvenir.
Îl ne saurait y avoir qu’un moyen de vous soustraire poliment à ces récits trop prolongés, celui de vous précipiter pour faire danser la petite fille de la maison, qui aura douze ans à Pâques, quand même vous penseriez, à part
9 e e Q a 0 Q \ Q vous, qu’elle serait bien mieux à dormir dans son lit, qu'à estropier une contredanse.
Si Ja maitresse de la maison vous engagé viverhent à faîré polkér uñe dame
fort maigre, qui a la tête de plus que vous, ou une demoiselle courte qui possède une petite bosse ou un gros nez rouge, ne laissez pas lire sur votre physionomie que vous préféreriez de beaucoup autre chose.
Si votre mauvaise étoile vous conduit à inviter pour la valse une dame qui
ne sait pas démêler ses jambes de celles de son valseur, et si la fatalité veut que vous tombiez, tâchez du moins de tomber en chevalier français.
Et ne craignez pas de déclarer franchement que cette chute est votre ouvrage. Cela aura du moins l'avantage de vous éviter certaines invitations pour l'avenir,
Si une forte dame, qui ne danse plus, mais consent encore à faire quelques tours de valse, vous honore de sa confiance, faites appel à toute votre énergie, et montrez un vigoureux empressement, quand même vous penseriez, à part vous, à demander un cheval de renfort.
Sachez vous sacrifier jusqu’au bout, et si après plusieurs tours de valse la dame vous demande si vous n’êtes pas fatigué, répondez-lui qu'avec une aussi bonne valseuse un valseur est infati able.
Après la valse, ayez bien soin de ne pas indiquer, par votre attitude vis-àvis de la maîtresse de la maison, que vous avez accompli une dure corvée. Si vous avez occasion de voir le mari de cette dame, homme peut-être
utile et influent, ne lui laissez pas supposer, par une pantomime irréfléchie, que sa femme est une véritable charrette.
I le sait, sans nul doute, mais ne voudra pas en convenir. Ce serait pour l'avenir vous ruiner complétement dans l'opinion de tous deux.
Vous pouvez alors vous diriger vers le buffet, afin de reprendre quelques forces ; mais ayez soin de ne pas vous précipiter avec trop d’ardeur sur le punch, les gâteaux et le vin de Champagne. Il ne faut pas laisser supposer un instant que vous n’avez pas dîné.
Si malgré le secours du buffet vous êtes décidément trop fatigué, glissezvous adroitement du côté du vestiaire pour prendre votre paletot, car vous avez alors la conscience tranquille, sachant que vous avez rempli votre devoir.
Mais si la maîtresse de la maison vous pince au moment où vous allez partir, faites en sorte de n’exprimer sur votre visage autre chose qu’une reconnaissante satisfaction.
Défaites consciencieusement votre paletot, et rentrez pour continuer le cours de vos travaux.
Sachez être préparé aux petits déboires. Ce qui vous soutiendra, c’est la
certitude qu’ils vous seront comptés plus tard, et qu’on vous en saura aré ) 8
dans lPavenir.
Si donc, au lieu de vous faire une place régulière au cotillon, on vous donne simplement des palatines à garder, prenez une physionomie satisfaite.
Ne marquez aucun mécontentement si l’on vous donne des rôles sacrifiés, celui du chevalier de la Triste-Fiqure, et si l’on s’obstine à vous affubler de la grosse tête au cotillon.
- Si les yeux vous pèsent et que vous ressentiez une forte envie de dormir vers les trois heures du matin, arrachez-vous de temps en temps un cheveu pour vous réveiller.
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Si la maitresse de la maison vous prie de reconduire sa tante, une vieille demoiselle qui demeure au Marais, pendant que vous demeurez vous-même aux Champs-Élysées, faites en sorle que votre physionomie ne reflète que le plus parfait contentement.
— Comment donc ! direz-vous, mais je serai vraiment trop honoré, et trop heureux !
Il est indispensable alors que vous vous procuriez une voiture. Si le temps a tourné à la pluie, ce qui se pourrait fort bien, ne vous laissez pas aller à quelque pantomime désespérée. ;
Occupez-vous vous-même de trouver la voiture, ce sera plus prudent ; faites en sorte de mettre la main sur un bon cocher, et de ne pas mettre les pieds dans le ruisseau.
Faites monter avec soin la vieille demoiselle, et si pendant la route elle vous parle avec amertume de ses quinze fiches perdues, et de la mazette de colonel qu’elle avait pour partenaire, ayez soin de ne pas vous prononcer complétement, mais n’essayez pas de contrecarrer ses appréciations.
Lorsque vous rentrerez chez vous, vers les quatre heures du matin, après avoir été trempé de sueur par la valse, mouillé de pluie par le mauvais temps, les yeux rouges, la tête lourde, les pieds humides, hâtez-vous de vous déshabiller et de vous coucher.
Puis dites-vous avec conviction, comme feu Titus, en ramenant sur vous
la couverture : Je n’ai pas perdu ma journée.
Si, à la suite de ces heureux débuts qui vous ont bien posé dans le monde et vous en vaudront cerlainement d’autres, vous avez attrapé quelque bon gros rhume, ou une jolie pelite bronchite, soignez-vous de votre mieux, pour être prochainement en état de recommencer.
À mesure que l’occasion s’en retrouvera, l'apprentissage deviendra moins dur et les épreuves moins pénibles.
Et chacun vous saura gré de vos efforts.
Quelle que soit votre pensée secrète, ne craignez point cependant, lorsque vous verrez vos camarades, de leur parler avec enthousiasme de Péclat des salons et des toilettes.
Vantez-leur, si cela vous est une compensation, les harmonies suaves de la musique, l’enivrement de la valse, et n'hésitez pas à vous glorifier de vos succès dans le monde.
Comme cela, vous vous ferez quelques envieux, ce sera du moins un
moyen de vous raltraper quelque peu.
Et vous serez aussi, une fois de plus, utile aux maîtresses de maison qui
auront besoin de ces messieurs pour l'avenir.
LE BAL DE M. ET M" PETITSAC