SCÈNE III
GASTON, surpri».
Elle est partie I... (Après une panse.) Allons dîner au Cerc'o. (il prend son chapeau cl fait une fausse sortie; revenant.) Ah! j’oublie mes cigares, (il va vers nn menble et lent en cherchant ) Je ne Comprends pas celle marquise de Versin,... de s’engouer de théâtre et d’enrôler Alice,... qui subitement accepte,... pour se hâler l’âme... V’oilà encore une idée et un terme de femme!... Se hâler l’âme!... — Si encore pour se la hâler, celle âme,... on commençait par se promener au soleil... delà petite Provence,... dans un bout de rôle d’ingénue,., mais celle Sophie,... c’est d’emblée une campagne d’Afrique!... — A ce jeu-là, il y en a qui tournent en négresses, (il so jette sur le divan.) C’est ce de Villers qui joue Didier,... l’un do mes concurrents, il y a trois mois... (Voyant et prenant snr la table la brochure : Jb dins chez ma mère.) Tiens!... Alice a oublié sa brochure. (L’ouvrant.) Us sont là, trois soupirants, qui prennent les mains, qui embrassent, qui tutoient, qui assistent à la toilette ! Le Didier fait bien semblant de tourner le dos,... maisil y a une glace en face... Positivement, puisque Sophie lui crie... (Lisant.) « Voulez-vous bien laisser la glace tranquille I » (Jetant le livre avec humeur.) Ça li’a pas le sens commun!. ..Enfin. ..'Allons dîner... (il se lève, prend son chapeau et tout en mettant nn gant.) En ce qui me concerne, les inquiétudes d’Alice n’ont pas sujet d'exister... C’est crier au feu pour un feu de paille ! (Panse.) Cependant, on a beau dire : Indications de l’auteur,... tous ces semblants vous mettent en appétit de la réalité. J’en sais quelque chose... Madame de Salins m’a paru certainement plus séduisante, ...depuis que je l’ai vue, en scène, lever sur moi,au bénéûce des pauvres, ses grands yeux aimantés et pleins de charité,... et bleus d’azur,... quoi qu’en dise Alice... — Il m’en est venu des pensées que j’ai très-poliment accueillies,... sans la permission de la brochure. Et tout cela dans la coulisse, où j’étais tenu de redevenir M. Gaston de Rives, en puissance d’une femme que j’avais juré de monopoliser!... Celte après-midi encore, à la répétition....
à celle indication : t 11 l’embrasse » J’aurais pu passer; — je n’ai point passé. — Avec mon caractère, j’aurais certainement passé si ça m’avait été désagréable ou seulement indifférent. — Non, je m’en suis tenu à la IcUre... J’ai répété avec les gestes... (Prenant arec dépit pliiiieors des brochures éparses sur la table.) J’ai peut-être tort d'avoir celle manie de théâtre !... Apprendre et débiter l’esprit des autres !... si bien qu’en conversation, s’il vient une pensée proprement dite, on est à se demander : Est-ce moi ou mon par cœur? (lU'jeiant tes brochures.) C’est un certificat d’indigence!... On étincelle avec des diamants en location... — Ce de Villers avec ses yeux élégiaques, gros bleu, ses cheveux blonds — Werther 1... ses altitudes d’ange aux galères!... qui, depuis son élimination, appelle Alice, t son paradis perdu, i c’estcelui-là qui tutoie, qui embrasse... — Siles concurrentsde la veille restent ceux du lendemain,... ce garçon a l’avantage d’être blond, moi étant brun... — Avant mon mariage, la chevelure cendrée de madame de Salins ne rivalisait pas avec les boucles noires d’Alice. — Trois semaines après,... le blond reprenait le dessus comme couleur idéale, privilégiée,... et jeremarquai, qu’en peinture et en poésie, tous les anges étaient blonds. — Avant mon mariage, jamais cette idée ne me serait venue... Je les aurais soutenus bruns, les anges, bruns foncés... — Je les vois blonds maintenant... Pourquoi ?... Madame de Salins est blonde!... — Si Alice raisonnait ainsi... le de Villers... — Vous me direz: Les principes... sont d’assurés gardesducorps... Peuh 1... montant souvent la garde en sentinelles perdues!... Je suis pétri de principes, ..moi, et pourtant, positivement, je me surprends mal gardé. — Pourquoi plus d’exigence pour la femme? Amour est des deux genres; — les plus retenues peuvent donc s’épanouir! — Ève, façonnée par Dieu en personne, devait être une édition diamant. — Elle s’est laissée voler par le diable, déguisé en pommier. — j’ai fait une sottise d’avoir J’air indifférent à la sortie d’Alice. — Toujours celle vieille comédie du dépit amoureux! — On veut que ce soit l’autre qui fasse les avances, et aucun no veut être l’autre. — J’aurais dû jeter les hauts cris,... invectiver le théâtre, l’appeler les planches, me montrer jaloux, enfin!... On s’enferre toujours dans ses défautsl — Dandin, Can-