‹ La Comédie de salon, proverbeChapitre 13 sur 17 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ALICE, entrant par la gancho.

Ah 1 mon Dieu ! que je suis étourdie ! j'ai oublié... (faisant somblani du chercher.) Vous n’avez pas vu ma brochure, Gaston? (Rem.iriuant l'aisence de Gaston.) Il est parti !... Mais à l’instant, il était là. (D^^ij!nanl la cheminée.) Je l'ai vu du jardin... — Il sera sorti pendant que je tournais les massifs !... Moi qui avais oublié cette pièce exprès!... (Avec tristesse.) Tout h l’heure, je croyais voir qu’il était contrarié... et j’en étais heureuse!... Je me disais : Après me l’avoir analysé ce rôle qui oblige à se laisser embrasser, tutoyer, travestir,... il me dira : Madame Gaston de Rives, est-il vrai que vous puissiez consentir... Et je lui aurais sauté au cou en lui criant: Non, non. Je ne le demandais que pour me l’entendre refuser. (Avec émotion.) Il n’a pas refusé... 11 m’a laissé partir... (ncpirdant cl embrassant sa bagne.) Après trois mois,... ma pauvre petite alliance ! !... Ah! oui, nous aimons plus qu’on ne nous aime !... (Après line panse.) Comme c’est triste ici I... — Il sera allé dîner au cercle où tout est gai !... (Avec frayeur.) S’il n’était pas allé dincr à son cercle... Si par dépit... Ah ! c’est impossible! — Et cependant je tfomblo comme si cela pouvait être! — S’il était retourné chez elle !... Oh ! non, non !... Ce serait infâme!... Ce serait comme un duel entre nous!... Gaston m’aime et n’use pas de ces vengeances là... (S’adressant an porirait-carto.) N’est-ce pas que tu n’es pas chez elle?... Ah ! je ne sais plus ce que je dis!... Mais ce que je sais bien,.., c’est que je souffre... (Après une panse, avec irritation.) Et par

ii LA COMÉDIE DE SALON

sa faute!... — C’est vrai, j’ai eu mon instant d’amour-propre révolté,... mais enfin ce ne futqu’après avoir prié, supplié... 11 aurait dû s’en apercevoir, se montrer généreux en m’avouant que je le peinerais si j’insistais. ..J’aurais eu la joie de lui offrir le sacrifice qu’il venait de me refuser... Non,... c’eût été une leçon que son orgueil repoussait ; il voulait que tout vîntde moi,... sans me faire l’honneur delapluspetiteavance... — La vanitérend lesliommesmesquins... mais, résolues les femmes qu’elle blesse!... — J’ai peut-être eu tort, jusqu’ici, de rendre Gaston si sûr de moi...— Ça l’endort,... et il cherche alors... comme il dit, de petites distractions au dehors, •'impertinent!... S’il était un peu sur le qui-vive,... il aurait davantage l’amour du chez soi... — Lucie, m’aavertieque je n’étais point assez raffinée. « Irréprochable, mais inquiétante... » disait-elle... Tu pleures beaucoup trop vite!... I! est plus habile de rire... Moins de franchise et plus de lactique !... — Elle avait peut-être raison? Oui... — Dissimuler pour régner, — comme Louis XI... — Si c’était cependant vrai... Mais je ne saurai pas!... On ne m’a , jamais mis de politique dans mon éducation!... — Ah ! je suis une jeune femme bien malheureuse!... — Il n’a pas été attristé un quart d’heure, seulement!... Non, non, je l’aurai? retrouvé triste, pensif !... l! est allé dîner de bon appétit à son cercle 1 — Ah ! c’est ainsi !... Eh bien ! je la jouerai cette pièce !... — Ah ! vous no m’avez pas arrêtée quand je m’en allais lentement ;... vous ne m’attendez pas quand je reviens. (Vivement.) Eh bien, je suis partie, je saurai le rôle demain,... je l’apprendrai ce soir, et je vous prierai (le me donner la réplique,. ..en attendant M. de Villers... Où est-elle celle brochure ?... (Désignant ta cheminée.) 11 était là, accoudé, je l’ai vu ! (Avec une exclamation.) Il cst peut-être parti parce qu’il m’a vue revenir !... Ah! c’est ainsi!... Oui, monsieur, on les aura les quatre amants de la première page,... depuis le prince jusqu’au chevalier, jusqu’au Didier pour lequel on se costume en grisetle pour aller manger cette soupe aux choux... (cherchant.) Mais où est-elle donc?.. ..Je veux un succès fou, ...,Qu’on me crie (bis) à tous les passages! àlousl... De la sorte,... je jouerai deux fois, le même soirl... Ahl les œillades vertes de madame de Salins vous assiègent!... Vous verrez si je sais avoir de l’artillerie dans les yeux...

SCkNE CINQUIEME

El lous viendronl vous faire complimenl sur nia désinvolture Quelle est charmante en grisette I... Où prend-elle ses airs de lôte,... tout ce laisser-aller, etc., etc. Ahl vous partez quand j’arrive I ! (cuerchaDt.) Mais OÙ est-elle donc, celte pièce?,.. Elle était sur la table; je l’avais mise à côté de son Caprice, m’en souviens très-bien... (Pauso.) S’il l’avait cachée ! (Courant à la cliemince.) Brùléel —Non, pas de cendres noiresl... fRoTenant près delà taiiie. Et apercevant, le journal déployé.) Ah 1 SOUS ce journal peut-être..-. (S’approebant.) J’éprouve la mémo anxiété que lorsque j’espérais qu’il devancerait l’heure... Est-elle sous ce journal ?... iLe touchant du bout du doigt.) Je t’en prie, ne la cache pas... On renouvellera l’abonnement, (lülle appuie sur le journal comme poor sentir s’il y aura relief, arec joie.) Rien ! (L’enlevant virement.) Rien I et j’ai cherché partout; elle n’y est pa-... et ce ne peut-être que Gaston... Qu’esl-ce qui m’assure qu’il est allé diner?...ll a pu courir après moi!... Nous nous serons croisés... Oui, oui, il doit y avoir de tout cela I... Mes battements de cœur me le disent. (Elle regarde par lu glace et jette un cri:) Ahl c’est lui qui revient I... Il n’a pas eu le temps de dîner... Pourquoi revient-il ?... 11 a des remords, pauvre Gaston !... N’ayons pas l’air... Cherchons... (Elle se remet à chercher tournant le dos h Gaston, et semblant ne pas s’apercevoir de son arrivée.)

Page 1