‹ La comédie de société au XVIIIe siècleChapitre 28 sur 31 · V. LE DEVIN DU VILLAGE · texte numérisé non relu

V. LE DEVIN DU VILLAGE

Jean-Jacques Rousseau, dans les Confessions, raconte en ces termes l'effet de la première représentation du Diivin du Village, à Fontainebleau, devant la cour.

« On ne claque point devant le roi : cela fit qu'on entendit tout; la pièce et l'auteur y gagnèrent. J'entendis autour de moi un chuchotement de femmes qui me semblaient belles comme des anges et qui s'entre-disaient à demi-voix : — Cela est charmant, cela est ravissant ! Il n'y a pas un son là qui ne parte du cœur. — Le plaisir de donner de l'émotion à tant d'aimables personnes m'émut moi-même jusqu'aux larmes, et je ne pus les contenir au premier duo en remarquant que je n'étais pas seul à pleurer.

> Le lendemain Jélyotte m'écrivit un billet où il me détailla le succès de la pièce et l'engouement où le roi lui-même en était. Toute la journée, me marquait-il. Sa -Majesté ne cesse de chanter avec la voix la plus fausse de son royaume :

J*ai perdu mon serviteur,

J'ai perdu tout mon bonheur ! *

Mais, observe M. Georges Pfeiffcr, ce que Jean-Jacques ne confesse pas, lui qui a confessé tant de choses, c'est que si k poème était bien son ouvrage, la musique ne l'était nullement ; elle était d'un compositeur lyonnais, nommé Granet, auquel il avait confié son livret, puis confisqué sa musique. — Plus tard, parait-il, la supercherie fut découverte et fit grand bruit dans le monde. Croyant mieux se défendre, Rousseau écrivit une autre partition

sur les mêmes paroles ; mal lui en prit, car ce second Devin du Village, qui n'eut qu'une représentation, tomba sous les sifllets et les quolibets. Et Ton n'aurait certes pas pu lui appliquer le mot de ce gluckiste au Picciniste qui, parlant d'un opéra de Gluck, opinait méchamment : • C'est de la musique tombée. » — c Oui, tombée du ciel. >

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