ACTE m
BERNARD
Tu crois donc que le public est hostile?... Jamais de la vie!... Il serait enchanté d'applaudir... Je le devinais aux regards amicaux que je surprenais de temps en temps fixés sur ton fils... Seulement, ces gens ne savent à quoi se raccrocher... Le génie! Voilà un sujet pour eux!... Moi qui suis fait à leur image, je leur donne en pâture l'Ange déchu. Cela ne vaut pas un clou, et les imbéciles sont capables de s'en régaler !...
PELAUD, le crayon ;i la bouche.
Y a-t-il dans ce troisième acte qui vous cause de l'appréhension, une scène particulièrement audacieuse ?. ..
FÉLIX
Pas dans le sens qu'on attribue, dans les coulisses, au mot « audacieux »... Je ne remue pas d'immondices... Mais il faut m'accorder quun auteur qui se donne la tâche d'exposer quelle est la mission du génie, doit fatalement conduire sa pièce jusqu'au lyrisme.
BERNARD
Tu as joliment raison, papa, c'est pris sur le vif!... C'est nature !...
PELAUD, tout en j^rillonnant sur son calepin.
En somme, lorsque vous donnez l'essor au lyrisme pour conclure une pièce idéaliste, vous affirmez être aussi près de la nature que si vous
faisiez sombrer dans de basses vulgarités les héros d'un dranie naturaliste?...
FÉLIX
C'est assez ma pensée... Vous avez là les matériaux d'un excellent article, pas vrai, Pelaud?...
PELAUD
Oui, eu délayant un peu...
FÉLIX, montrant Bernard.
Soignez surtout le gosse !...
PELAUD
Son article est prêt depuis longtemps... Il n'ajourne pas les pauvres journalistes à la dernière minute... Je cours m'occuper de vous... Au revoir, cher maître!... Espérons que le maintien réservé du public n'empêchera pas les pièces du père et du fils de voisiner longtemps sur la même affiche!...
(Mis en joie par lévocation de cette image.) PaS Un SOU dcS
droits d'auteur ne sort de la famille!... C'est vraiment rigolo!... (Poignées de main. Il s'éloigne à travers les groupes.)