La Comédie infernale [microforme]
Quand j'ai quitté Montréal, le 25 Novembre, tout le monde paraissait content du projet d'ériger la ville en Evéché. Les Evêques voyaient arriver avec plaisir le moment de cette érection impérieusement nécessaire, depuis qu’il ÿ a un Evêque à Montréal, parce qu’ils la considéraient comme devant rétablir la paix dans cette partie importante du diocèse de Québec, Mais ils s’attendaient que cette érection se ferait sans cendition et que le nouvel Evêque ne monterait pas sur son siége, lié d'avance,
Ni l’Archevêque de Québee. ni l’Evêque de Telmesse, ne demandent pour le moment un coadjuteur pour Montréal, mais seulement l'érection du siége,
L'Evêque de Telmesse m'a dit lui-même : « Quand je serai en titre, je présenterai des sujets au St, Siége, »
On était inquiet dans le district de Montréal au sujet de ce coadjuteur, parce qu'un bruit s'était répandu qu'on voulait le prendre parmi les Sulpiciens; mais Monseigneur de Telmesse a détruit lui-même ce bruit en faisant dire aux Curés par les deux prêtres chargés de faire signer la requête au St. Père, qu'il
n'avait pas intention de le prendre dans cctte maison; et Mer. m'a dit la.même chose, F
Les Curés craignaient que si le coadjuteur était. pris dans le Néminaire, l'abbé St. Germain ne vint à sa suite,
Les démarches que le Séminaire a faites pour pousser cet abbé sur le siége de Québec, ont indisposé contre lui le clergé pour toujours. Iln’en avait pas l'estime auparavant, parce qu'il a toujours été chaud partisan du Séminaire contre Mgr. de Telmesse,
Il parait cependant qu’on commence à intriguer à Rome pour le faire parvenir à la coadjutorerie de Montréal.
Il faut que le Séminaire soit bien sûr des dispositions de M. St. Germain, pour se donner tant de trouble pour le faire parvenir à une dignité à laquelle personne ne l'appelle et d'où, au con: traire il est repoussé par tout le clergé, comme on a pu en juger par la requête à sa Sainteté, signée de tout le clergé du diocèse, demandant l'émission des bulles de Mr. Turgeon maintenant Mer. de Sidyme.
M. l'abbé Thavenet demande au St. Siége la conservation des priviléges de la maison St. Sulpice de Montréal, sans en donner la liste ni aucun détail ; seulement il nomme le privilége accordé, dit-il, par le second Evêque de Québec, par lequel le supérieur de la maison était Grand-Vicaire né et perpétuel du diocése de Québec.
Il offre au nom de ses confrères, à cette condition, l'église paroissiale de Montréal pour cathédrale, une vingtaine de chanoi- à nes dans la maison, et enfin de pourvoir au besoin de tout ce mon- | de ; autant d'articles qui demandent quelques réflexions. |
lo. Le Supérieur Grand-Vicaire né et perpétuel, etc, etc.
Mais qui peut répondre que ce supérieur sera toujours digne et capable de cette haute fonction ? .
Le Supérieur estnommé par le Conseil de la maison, par conséquent ce sera ce Conseil qui nommera le Grand-Vicaire que
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l'Evêque sera forcé de reconnaître quand bien même il aurait des aisons de le refuser.
On dit que le second Evêque de Québec a accordé ce privilége, mais cet Evêque mort il y a plus d’un siècle, pouvait-il lier tous ses suUCCessCurs ?
Pouvait-il surtout lier un Kvêque de Montréal, qui ne devait venir que plus d’ur siècle après sa mort ?
Ce privilége a-t-il été reconnu en Canada ? Peut-on citer un Supérieur du Séminaire de Montréal, qui ait été reconnu pour Grand-Vicaire, et qui en ait exercé les fonctions, sans lettres de l’Evêque de Québec et renouvelées par son successeur ?
Le Supérieur actuel dit qu'il est Grand-Vicaire, mais comme il n'a jamais reçu de lettres de l’Evêque de Québec qui lui donnent ce titre, il n’en a jamais fait les fonctions, et son nom n’a jamais été porté sur la liste des Grands-Vicaires.
Comment l'Evêque de Québec aurait-il pu associer à son autorité un homme qui emploie toute son influence pour s'opposer à ses plans les mieux concertés pour le bien de son diocèse et contre lesquels il n’y a jamais eu de réclamations ?
Tous ces étrangers ne cherchent qu'à se soustraire à l’autorité des Evêques en se retranchant tantôt sur un privilége, tantôt sur une exemption.
Que le supérieur march- dans la soumission qu’il doit à son Evêque, qu’il cesse de le contrarier et il pourra devenir Grand- Vicaire comme l'ont été ses prédécesseurs. Jusqu'à ce moment. l'Evêque de Québec n'aurait pu le faire son Grand-Vicaire sans faire pousser un cri général de mécontentement dans tout le clergé. Croira-t-on qu’une dizaine de prêtres étrangers ont plus de jugement, plus de‘bon sens, plus de science, plus d'amour du bien que tous les Evêques et le clergé du pays ?
Si la maison n'avait pas ses grands biens, les prêtres français ne seraient pas si empressés d'aller au Canada, malgré l’évêque diocésain,