SCENE IV
Les Précédents.
CARREAU, à la tribune.
Je disais donc que le Code des Curés a eu des défenseurs contre les attaques de la presse écluirée et catholique.
Il est vrai que ces défenses ont été faibles, très faibles mème, n'importe, elles sont des défenses et, par cela même, elles sont un gain.
BAAL
La plupart des esprits sont, d’ailleurs, si ignorants des vrais principes, que, tout misérable que soit un sophisme, il porte son fruit.
CARREAU
Et voila bien ce qui est arrivé en Canada.
Le Nouveau-Monde et d’autres journaux ont savamment
prouvé et solidement établi, à l’aide des Pères des Conciles, des Encycliques, du Syllabus et de toute la théologie, que le Code des Curés était un plaidoyer en faveur du gallicanisme et du libéralisme, que nous ne pouvions guère lutter contre de telles autorités. Aussi, a-t-il fallu recourir au sophisme, pour les combattre.
BELZEBUTH
Que peuvent les sophismes en face de la vérité ? CARREAU.
Ils peuvent égarer, et là se borne notre puissance. Dis-moi, Belzebuth, peux-tu anéantir la vérité, peux-tu faire que ce qu1 est vrai devienne faux ?
Assurément non.
BELZEBUTH
Sans doute, je sais bien qu’il est impossible d’anéantir la
vérité, et nous devons nécessairement la combattre avec des sophismes; mais il y a sophisme et sophisme.
Oui, les sophismes sont relatifs : ils ont différentes causes, C’est bie et puis les esprits sont plus ou moins préjugés. Toutefois, ce n’est pas précisément le cas dans la cause qui nous occupe.
Nous avions à combattre des vérités évidentes, bien qu'as- Mes corr sez ignorées, des vérités appuyées sur les autorités les plus digué les a graves, les plus sacrées, sur l'autorité infaillible des Papes, pression qu était-il possible de leur opposer autre chose que de miséra- Code.
bles préjugés ?
PLUSIEURS voix.
Re 2 Nouve Très bien!
CARREAU
. . \ £ ‘ Quand le Nouveau-Monde disait par exemple: l'Etat peut Et la Min seconGer l'Eglise dans l’organisation des paroisses, mais la soit, mes c« gèner, lui nuire, jamais! Et qu’il appuyait son assertion sur choses ineffa
le Syllabus, sur les Conciles, etc., qne pouvions-nous répondre dans la Minerve? Sinon des sophismes, de grossiers
sophismes ! Voyons.
LucCIFER.
Tu as raison, Carreau. D'ailleurs, la véritable sagesse Les uns on ne consiste pas à faire tout ce que l’on veut, mais seule- E rien à la que ment ce que l’on peut. Poursuis ton récit! public qu'il f:
JARREAU Mouveau-Mon
‘ en docteurs ; Ainsi que je te l’annonçai l’année dernière, illustre mo- Ê #5f bon, parce
narque, j'ai tâché d’avoir des correspondants pour combattre existantes.
les doctrines catholiques et romaines du Nouveau-Monde,
et j'ai trouvé trois personnages qui, pour me servir, se sont multipliés. Is n'ont p LucIFER. N sallicanes, lil
Qui sont-ils ?
JARREAU.
Non, Un dd
Je leur ai promis de taire leur nom. s'est dit: « J Si tu le permets, puissant monarque, je te les nommeraif me suffit, et, & privément. Vais, je le déc
LuCIFER.
C’est bien!
CARREAU
Mes correspondants se sont donc multipliés, ils ont prodigué les anonymes, en sorte que le public a été sous l’im-
pression qu'une douzaine d'individus combattaient pour le
Code.
BELZEBUTH
Le Nouveau- Monde a bien eu soin de détromper le public.
Et la Minerve a démenti le Nouveau-Monde. Quoiqu'il en soit, mes correspondants sont venus et ont avancés des choses ineffables, impayables.
LucirER.
Voyons.
CARREAU
Les uns ont préludé en avertissant qu'ils n’entendaient rien à !a question, et qu’ils venaient seulement avertir le public qu'il fallait se mettre en garde contre le français du Nouveau-Monde ; les autres, moins humbles, se sont posés en docteurs infaillibles et ont dit: Le livre du juge Baudry est bon, parce qu'il ne fait que codifier scrupuleusement les lois existantes.
AXAPHAT.
Ils n'ont pas fait attention que ces lois pouvaient être gallicanes, libérales, anti-catholiques enfin,
CARREAU
Non, Un de ces correspondants a même été plus fort. Il s'est dit: “Je trouve de bons principes daris le Code ; ça me suffit, et, sans examiner s’il n’en renferme pas de rauvais, je le déclare bon.”
AXAPHAT.
Le nom de ce logicien ?
Je doisle taire. Le Nouveau-Monde appuyait sa polémique sur le principe suivant: l'Etat n'a pas le droit de refuser les régistres aux paroisses canoniques ; car le prètre
Ve n’est pas un officier civil.
J'ai fait voir à mes correspondants une contradiction
apparente dans cette proposition.
LucIFER.
Et qu'ont-ils dit ?
CARREAU
Ils ont dit: Le Nouveau-Monde demande à yrand cris les régistres pour les Curés, et il soutient que l'Etat ne peut les obliger à les tenir ; mais c'est là une contradiction.
BELIAL.
En effet, pourquoi demander une chose, quand on soutient qu'on est pas tenu de l'avoir?
CARREAU
C’est pourtant bien simple. Il a été entendu en Canuda que les prêtres tiendraient les régistres d'après cette convention, les régistres servant à la reconnaissance civile des mariages, etc.
Tant que les prêtres consentiront à continuer à l'Etat ce service, PEtat doit nécessairement leur donner les moyens de le faire ; ou si l'Etat, pour une raison où pour une autre, retire les régistres aux Curés, il faudra, s’il est chrét:?n, qu’il reconnaisse eivilement les mariages, ete., faits par les Curés. Li
BeLrAs.
Je commence à voir clair dans la question.
Le Nouve Curés à ten:
ce journal e
L'Etat ne quand bien tres civils ; civils est la la loi ne ser:
Curés les m c'est-à-dire d
Les corres deux propos j'ai été unn vient de ge f,
Le Nouvea sition suivar roisses Canon considère les | bätards et des
Un de mes pouvait regai glise et issu l'Etat ne peu
Cette prop elle est impi comme bâtar:
qui aurait re est impie pu des sacremen
Et comme droit, lui nie-
CARREAU
Le Nouveau-Monde affirme que l'Etat ne peut obliger les Curés à tenir les régistres et il les demande, c’est-à-dire que ce journal est rationnel; c'est comme s’il disait:
L'Etat ne peut méconnaitre la validité des sacrements ; quand bien mème le prètre se refuserait à tenir les régistres civils; mais, Comme en Canada la tenue des régistres civils est la sanction civile des sacrements, l'Etat, tant que la loi ne sera pas changée, est obligé de fournir à tous les Curés les moyens de constater civilement les sacrements, c'est-à-dire donner les régistres.
BELtrAs.
Les correspondants qui n’ont pas vu le lien logique des deux propositions du Nouveau-Monde sont des aveugles, et j'ai été un moment leur semblable; muis le jour chez moi vient de ge faire.
CARREAU
Le Nouveau- Monde a reproché au Juge Baudry la propo- Ï 8
sition suivante: Les mariages et les naissances dans les paroisses canoniques sont illegitimes et, en ma qualité de juye, je considère les enfants nés de ces mariages comme de véritables bätards et des infidèles.
Un de mes correspondants, Quesitor, a soutenu que l'Etat pouvait regarder comme bâtard un enfant baptise par l’Eglise et issu d’un mariage chrétien, seulement, a-t-il ajouté, l'Etat ne peut pas dire de cet enfant qu'il est infidèle.
e BAAL.
Cette proposition n’est pas seulement libérale et gallicane, elle est impie. Quoi! l'Etat aurait le droit de regarder comme bâtard celui qui serait né d’un mariage chrétien et qui aurait reçu le baptême; mais alors, l'Etat est athée, il est impie puisqu'il se reconnait le droit de nier la validité des sacrements.
Et comment Quæsitor, qui reconnait à l'Etat le premier droit, lui nie-t-il le second ?
Ne sait-il pas que si un sacrement est valide, il est valide. ot que l'Etat ne peut en aucune façon nier une partie de cette validité, sans Ia nier, par le fait mème, en entier.
CARREAU
Quæsitor m'avait posé cette objection, je l'ai aveuglé, ji lui ai dit: l'Etat ne peut rien contre la validité de la gréc: sacramentelle ; il peut seulement contre la validité de la grace civile.
AXAPHAT.
Tiens! Je ne savais pas qu'il y eût dans les sacrements une grace civile.
CARREAU
bien inventer du neuf pour justifier le Code. J
Il fallait
Puis ce neuf nous beaucoup de personnes
eussi, il y £
qui ont partagé les sophismes de mes correspondants. LUCIFER.
Naturellement, il se rencontre toujours chez un peuple une foule d’intelligences incapables de réflexions sérieuses, et qu'il est toujours facile de fourvoyer.
CARREAT
Il m'est impossible de rappeler ici tout ce que mes corres pondants ont avancé de faux, d'absurde, car je n’en finirais pas.
Astaroth, que j'ai dû charger du soin d’endoctriner la A Il suflit
d’ailleurs que vous sachiez que Etat, ayant refusé les régis
nerve, à apporté ce journal, chacun pourra Île lire.
tres aux paroisses canoniques de Montréal, le Nouveau- Mond soutenait, et avec raison, que tant que l'Etat s’obstinerait à les refuser, sans pourvoir lui-même pas un autre moyen à l'enregistrement civil des mariages, des naissances, etc. l'Etat gènerait, par là, la liberté de l'Eglise ct tomberait ainsi dans le libéralisme.
LucIFER.
En effet, les conventions étant ce qu’elles sont en Canada,
refuser les de l'Exlise
Le prètr mais alors des sacrem
Ce ne 50:
sacrement :
ments: iln ment il so |
une impiét
Voilà pou tres civils « l'Etat pouva
J'ai profit une necessit.
ânes, il ne fà
et ses inspir:
Bravo ! Br
J’espérais pondants pos moment mên bres; malheu Belzébuth et les conscience passer quelqu sante s’est for
Je réclame du côté des lil
moi auss Catholiques, vc
ts