SCENE I
Lucifer assis sur son trône, Astaroth, Belzebuth, Relial. AsrAROTH s'adressant à Lucifer.
Prince du sombre asile, ce jour sera pour tes fidèles sujets, un jour d’ineffablo bonheur.
Pour célébrer tes récents triomphes sur l'Eglise, les légions infernales viendront déposer à tes pieds leurs hommages et feront retentir ces voûtes séculaires de leurs chants d’allégresse.
Lucrrer.
Je comprends, Astaroth, cet élan d'enthousiasme qu’é. prouve l'enfer, et qui se trahit déjà par ta bouche. Après une lutte acharnée et de plusieurs siècles, l’Europe
LA
vient de prendre enfin définitivement le chemin de la damnation.
Ses gouvernements impies, sa science athée, ses popula-
tions ouvrières déchristianisées, la France déchue, Rome
pontificale tombée, la Révolution partout triomphante, voilà,
certes, plus qu'il n’en faut pour perdre à jamais cette gran-
de contrée.
Cependant, nous ne devons pas l'oublier, le Verbe Eter-
nel, il maudit l’Europe en se retirant, ira ailleurs moisson-
ner des élus, et, tout en nous livrant à la joie du moment,
nous ne devons pas oublier que le combat n'est que transporté, et qu'il faut, à tout prix, empêcher d’autres nations de servir notre redoutable ennemi,
BELIAL.
C’est la sagesse même qui parle par ta bouche, puissant
monarque. Toujours, notre ennemi s’est menagé d'innom-
brables forteresses où il se retranche.
A l’origine des temps, nous l’avons chassé de l’Asie et il
s'est refugié en Afrique; nous n'avions pas achevé la conquête de ce dernier pays qu’il possédait déjà l’Europe. Que l'Europe lui manque aujourd’hui, et nous verrons son étendard flotter sur des peuples nouveaux.
LuCIFER.
Et, dans quelque lieu qu’il aille, il doit trouver que l'enfer est resté fidèle à ses traditions de haine.
BELZEBUTH
Nos craintes sont légitimes.
Il y a par delà l'Atlantique, un continent immense où des peuples nombreux s'élèvent pour glorifier l'Eternel.
ASTAROTH
Qui te l’a dit ?
BELZEBUTH
Un jour que, triste et découragé, je voltigeais au-dessus de Rome, la voix de Pie IX frappa mon oreille. Je m'appro-
chai autar accourus } près de lui
Que leur
Bien des la société © n'oublierai | Papauté de arrivaient,
Il adit ce
Oui ! Et, cours la terr couvre l'Air breux et d’u tout à coup nants brille :
Aussitôt, f le 801 maudit
Maiédictio
Etrange pt qu'après dix terreurs qu'a Mais reprend ce que tu sais
Je comprer les incidents « point princip:
YA COMEDIE INFERNALE, 3
chai autant que possible, et je vis des enfants valeureux accourus pour défendre l’immortel Pontife ; ils étaient là, près de lui, attentifs et émus.
LuciFer.
Que leur disait-il ? ”
BELZRBUTH,
Bien des choses. Il leur parlait de son siége menacé, de la société en péril, du mal, de l'erreur, etc. Mais ce que je n'oublierai jamais, c’est qu'il leur annonça que Île salut de la Papauté devait venir de l'Amérique, d’où ces jeunes soldats arrivaient,
BELIAL.
Il a dit cela ?
BELZEBUTH
Oui ! Et, pris de vertige et de rage, d’un vol rapide je parcours la terre on tous sens : après bien des fatigues je découvre l'Amérique, je la vois couverte de peuples nombreux et d’une multitude de villes superbes ; mais voilà que tout à coup du sommet des coupolss et des clochers rayonnants brille à mes yeux le signe du salut.
Aussitôt, frappé comme de la foudre, je tombe évanoui sur le sol maudit.
Tous.
Maiédiction !!!
BELIAL
Etrange puissance du signe rédempteur, ne voilà-t-il pas, qu'après dix neuf siècles, il nous cause encore les mêmes terreurs qu’au jour où il servait au salut du genre humain. Mais reprends, Belzebuth, ton intéressant récit, et dis-nous ce que tu sais de ces peuples de la jeune Amérique.
BzLzEBuTH.
Je comprends votre impatience, aussi, passant sous silence les incidents divers de mon long voyage, j'arrive de suite au point principal,
4 LA OOMEDIZ INFERNALE.
Sur les rives fécondes d’un fleuve majestueux, s'est élevé un peuple catholique.
Son origine miraculeuse, son histoire grandicse, son site prodigieux et ses ressources infinies font pressentir qu’un jour, il marchera glorieusement à l’avant-garde de la civilisation américaine et catholiques
ASTAROTH
Le rom de ce peuple ?
Loctrer.
C’est le peuple Canadien que je connais depuis son crigine.
Pour le créer, Dieu a pris ce qu’il y avait de plus pur et de plus noble.
C’est la race de St. Louis, alors qu’elle était véritablement catholique, qu’il a choisi pour cette création.
Lo sang des martyrs à inondé cette terre, et toujcurs, en dépit de mes stratagèmes, le peuple canadien a gloritié le Seigneur.
Il est vrai qu'il y a près de vingt ans, j'ai chargé Carreau, prince des ptissances, de ruses spéciales qui ont plur ou moins réussi. Mais, à propos, In fète d'aujourd'hui doit l’avoir conduit aux enfers.
Va, Astaroth, dire au Péché, notre portier, que dès que Carreau entrera, il l’avertisse de venir ici immédiatement.
(Astaroth salue respectueusement et sort.)