‹ La comédie protectionnisteChapitre 130 sur 265 · II. — Le Free trade et le bon marché · texte numérisé non relu

II. — Le Free trade et le bon marché

M. Brassey, le fils de Lord Brassey, montrait une certaine naïveté quand il disait (lettre au Times, % juin 1903) : « Il n'est pas vrai que le free trade ait donné Talimentation à bon marché, car le blé a été à un prix très élevé aussi bien sous le free trade que sous la protection. » Malgré tous leurs efforts pour prouver que l'optimisme de Cobden n'a pas toujours été justifié, les adversaires de son œuvre n'ont point trouvé la plus petite phrase de lui promettant que le free trade supprimerait les mauvaises récoltes, conjurerait les gelées de printemps, les grandes sécheresses, la surabondance despluiesetles autres accidents météorologiques contre lesquels le cultivateur risque son enjeu, selon l'expression pittoresque de Galiani.

M-^is le free trade a permis à l'Anglais d'aller chercher le 1 î sur tous les marchés où il était offert et de l'obier à. plus bas prix que lés autres peuples du monde. ^ orès le Report on the Agricuitural returns (1901,

p. 106), le prix du blé dans les années 1839, 1840,1841, dépasses sh. par bushel. L'abrogation des Corn toi a lieu en 1846; en 1847, année de famine, le blé remonte à 8, 8 1/2. A combien serait-il monté si les Corn laws n'avaient pas été abrogées? Dès l'année suivants, 1848, il retombe à 6 sh. 3 3/4 :

sh. d.

Il remon te e nsui te pendan t les années de guerre avec la Russie qui constituaitle plus grand centre d'approvisionnement de blés alors connu. Il retombe aussitôt après à 5,6 1/4, et sauf une année, en 1867, jamais il n'a retrouvé le prix de 8 sh. Il est tombé au-dessous de 3 sh. en 1894 et 1895, et depuis cette époque, il varie entre 3 et 4 sh.

Mais il n'y a pas une baisse constante ; en 1902 et ea\ 1904,1e prix du blé anglais a été de 28 sh. Id. le quarter et en 1902, l'orge a été de 25 sh. 8 d., prix qui n'avaient pas été atteints depuis 1898. Le prix de l'avoine a été de 20 sh. 2 d. Il n'avait pas été aussi élevé depuis 1885.

Les Agricullural Returns^ publiés en 1903, contiennent un tableau indiquant pour 1902 le prix mensuel du quarter de blé en Angleterre, indigène ou importé, comparé avec son prix en France, où le blé est soumis au droit de 7 francs par quintal, et en Belgique, où il entre en franchise. Je donne ces prix pour quatre mois.

Ang

leterre

Indigène

Importé

France

Belgique

sh. d.

sh. d.

sh. d.

sh. d.

Janvier.

Avril . .

Juillet. .

Octobre .

Ce tableau montre une fois de plus la répercussion du droit de douane sur le blé.

En 1904, dans l'Angleterre proprement dite, le pain de 4 livres (1 Ib = 453 gr.) a valu :

Le 1er noars 5 14

Le !«' juin 5 15

Le 1®'' septembre 5 20

Le 1" décembre o 32

Il n'est question que de pain blanc, fait avec la meilleure farine. Le prix est donc à Londres de fr. 60 à fr. 65 le kilogramme, tandis qu'à Paris le prix varie de fr. 70 à fr. 80.

M. Chamberlain avait négligé de voir ces chiffres, de sorte qu'il put s'écrier, saijs hésitation, dans le discours du 26 juin^ 1903 au Constilutionnal Club : « Je crois qu'il n'y a jamais eu plus grosse imposture que le cri du pain cher. » Et le Times du 27 juin dit : « C'est un appel à l'ignorance et aux préjugés. »

M. Méline, en 1887, tenait le même langage quand, imposant le droit de 5 francs sur le quintal métrique de blé, il ne mettait pas de droit de douane sur l'importation du pain. Aussitôt les boulangers belges en profitaient. M. Méline s'aperçut que le prix du produit a un rapport avec le prix de la matière première, et il mit un droit sur le pain égal à celui du froment.

M. Ritchie, le chancelier de l'Echiquier, répondait le 9 juin 1903, à la Chambre des Communes, à propos du petit droit de 3 d. par cwt qu'il avait fait supprimer, à ceux qui disaient qu'il n'avait pas atteint le consomma-

ur : « C'est une chose extraordinaire que 2 millions 1/2

1 liv. sterl. puissent être perçus sans que personne

jn ressente; je dois dire que c'est une économie poli-

que que je ne comprends pas. »

Au Chamberlain actuel, on oppose enfin ce passage d'un discours pronoacé par lui le 12 août 1881 :

i< Y a-t-il quelqu'un d'assez téméraire pour proposer une taxe sur les objets d'alimentation? Je puis admettre qu'il est possible, quoique improbable, que, sous le coup d'une grande souffrance et dans un moment d'aberration, les ouvriers puissent vouloir d'étranges remèdes. Mais il y a une chose dont je suis certain ; si jamais ce fait se produisait, il entraînerait un état de choses plus désastreux que tout ce qui a pu se passer depuis le rappel des Corn laws. Une taxe sur l'alimentation signifierait une diminution des salaires. En outre, elle élèverait le prixlie tous les produits anglais et entraînerait infailliblement la perte de cette gigantesque exportation que l'industrie et l'énergie de ce pays, travaillant dans les conditions d'une liberté absolue, ont su créer. »

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