‹ La comédie socialisteChapitre 122 sur 199 · IV. Les statistiques socialistes. — M. Jaurèg. — M. Guesde · texte numérisé non relu

IV. Les statistiques socialistes. — M. Jaurèg. — M. Guesde

V. La fosse commune des théories socialistes. — Croyez-y tout de mêmel

Les 8 et 10 féyrier 1894. les socialistes ont profité de la discussion de l'interpellation Prudent-Dervillers pour étaler le socialisme à la tribune. Ces rétrogrades y montrèrent surtout leurs habitudes de scolastique. Ils raisonnèrent non sur des faits, mais sur des textes : ils s'efforcèrent, comme les théologiens disputeurs, de tâcher de prouver que leurs adversaires ont été des socialistes. Ils invoquèrent l'autorité des physiocrates, de Quesnay, de Turgot, d'Herbert Spencer, de Stuart Mill, de J. Baptiste Say, pour dire triompha-

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hMihMit : — Vous voyoz! Nous avons pour ancêtres (les hommos quo los économistes réclament comme leurs!

C(\s aristocrates veulent se donnent des ancêtres, et ils n'hésitent pas à altérer les actes de naissance pour essayer d'établir leur filiation.

M. Léon Say, dans un discours à la fois charmant, profond et ému, vint, avec l'autorité qui s'attachait à son savoir, rectifier cet état civil, établi àTaide de citations tronquées " et découpées » avec art.

Au fur et à mesure qu'il les prenait en flagrant délit d'erreur, tantôt à propos de Spencer, tantôt à propos de Stuart Mill, tantôt à propos de son grand-pèr) J.-B. Say, ils s'écriaient :

— Nous ne le réclamons pas !

— Alors pourquoi Tinvoquiez-vous? M. Prudent- Dervillors avait essayé de donner la paternité de la prélondno u loi d'airain des salaires » à J.-B. Say. M. Léon Say ayant rectifié le passage, en le citant d'une manière exacte, en a profité ppur rappeler que Karl Marx ne racrcptait pas et que M. Pablo Lafargue, (jiii, en sa qualité de gendre, est l'orthodoxe de ce dernier, reprochait à M. Jules Guesde de se servir de ce vieil outil, employé par Lassalle dans un but politique.

M. Léon Sav montra la différence existant entre cos charlatans du socialisme, toujours assurés dans leurs affirmations, tranchants dans leurs dogmes, lançant rcxcommuiiication et Tinjure contre tous ceux qui se permettent dS' opposer quelques doutes, et les hommes qui, cherchant la vérité pour la vérité, passent leur vie, comme Stnart Mill, à « se démolir eux-mêmes ». selon l'expression de Claude Bernard.

:W. Léon Say, 'iu\o(\v\^u\. V^'è e^vlvc^ies de son grand-

père contre Tétat social de Tancien régime et la conception économique du premier empire, leur dit :

11 savait ce que c^élait que cette époque où TÉtat c'était le roi. Je me demanderais en vérité s'il y aurait quelque chose de changé si, au lieu de dire : l'État c'est le roi, j'étais obligé de dire : l'État, c'est vous!

M. Léon Say termina son discours en leur disant :

Déclarez que vous êtes avec nous pour honorer 1789, n'en reniez pas les grands principes et nous serons d'accord ! Cet accord ne durera peut-être pas longtemps, mais ce n'en sera pas moins pour moi un très grand plaisir.

M. Vaillant répondit à cet appel par la déclaration suivante :

Nous voulons la suppression du régime capitaliste et l'avènement d'une société égalitaire dans laquelle les classes soient abolies et le privilège de la grande propriété individuelle supprimé. {Approbation à V extrême gauche.)

M. Chauvin reprit :

Unis dans un grand parti ouvier, ils arriveront à culbuter la bourgeoisie et à faire une révolution économique...

Le socialisme consiste à s'emparer des moyens de production, à mettre en mouvement les moyens de production au bénéfice de la collectivité, des travailleurs... Nous demandons également la nationalisation du sol...

Ce programme est précisément le contraire des principes de 89 qui garantissent la liberté, l'égalité, la propriété et la sûreté.

Quand M. Herbert Spencer fut informé qu'on avait mulu, dans un ouvrage italien, le faire passer pour socialiste, il adressa en 1895 à M. Lucio Fiorentini me lettre dans laquelle il déclara « qu'aucun ]u^enent ne peut être plus contraire à la YèT\U> » .

M. Spencer ajoute : « J'ai exposé maintes fois ma conviction : que ravènement du socialisme serait le plus grand désastre que le monde aurait connu, et qu'il ne pourrait finir que dans un despotisme militaire. »

Dans son interpellation du 21 janvier i896 sur le chômage, M. Vaillant soutint que le machinisme diminue la main d'œuvre. Il croit qu'il y a moins d'employés de chemins de fer qu'il n'y avait de postillons et de conducteurs de diligence.

Il n'a pas cependant demandé qu'on détruisit les machines.

C'est une faihlesse.

Les socialistes répètent :

Mais de l*aveu des économistes bourgeois eux-mêmes, la richesse et le paupérisme s'avancent également, sur deux lignes parallèles : le riche devient plus riche ; le pauvre plus pauvre. De plus en plus, la petite bourgeoisie est rejetée dans le gouffre sans fond du prolétariat!

Où ont-ils vu « cet aveu des économistes » ? Cette formule fausse est due à M. Vict)r Modeste.

Il rétablit parce qu'ayant dépouillé des registres de TAssistance publique, il constata que de générations en générations, on y retrouvait les mêmes familles pauvres.

Cette constatation montre comment se font les dynasties de mendiants. C'est un argument non pas en faveur (lu socialisme, maVs eoT\Vt^\^ ^qç\^\vs»tîv^»

Les sociaKstes affirment que « la petite bourgeoisie est rejetée dans le gouffre sans fond du prolétariat ». Où sont les faits qui confirment cette assertion? Elle peut être vifaie pour les petits bourgeois qui ne veulent pas travailler : elle n'est pas vraie pour les autres.

Dans son discours sur le socialisme agraire du mois de novembre 1893, M. Jaurès s'écriait :

Parmi les 7 millions de travailleurs ruraux qui sont disséminés sur notre sol, il y enaàpeine 1,500,000 ayant leur terre à eux appartenant, et à côté d'eux il y a 800,000 fermiers pour lesquels vous n'avez rien fait, il y a 400,000 métayers, 2 millions d'ouvriers de ferme, 2 millions de journaliers.

Nulle part on ne trouve la source oiî M. Jaurès a pu puiser cette assertion. C'est de la statistique jetée au hasard, en vue de l'effet à produire, rien de plus (1).

M. Jules Guesde ayant invoqué, quelques jours après, l'autorité de M. Jacques Bertillon dans le Matin, provoqua la réponse suivante :

Monsieur le directeur.

Je lis dans le Matin du 25 novembre, sous la signature de M. Jules Guesde, que « en France, d'après M. Bertillon, il meurt chaque année de misère 95,000 hommes, femmes et enfants ».

Jamais je n'ai rien dit de pareil; jamais je n'ai lu rien d^approchant dans les ouvrages de mon père, ni d'aucun auteur portant mon nom.

J'ignore absolument où l'on a pris cette évaluation tout à fait fantaisiste que M. Jules Guesde n'est pas le

(1) Voir Yves Gujot La PropHéié,

premier à m'altribuer. Il aura été trompé par une citation inexacte.

Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'assurance de

mes seulimeuts de considération.

D' Jacques Bertu^lon.

Les socialistes citent volontiers des chififres : seulement ils ne se donnent jamais la peine de les établir.

Que sont devenues les rêveries des socialistes depuis Babeuf? Qu'est-ce qui ne sourit pas à l'organisation du Phalanstère de Fourier?

Quel est le socialiste d'aujourd'hui qui ne hausse pas les épaules quand on lui parle de l'Organisation du travail, de Louis Blanc, ou de Ylcarie^ de Cabet? Qu'est-ce qui a surnagé du tohu-bohu de Proudhon? Et la fameuse loi du surtravail de Karl Marx, et sa théorie de la valeur mesurée par le temps du travail, que sont-elles en face des faits (1)? Karl Marx et Engels déclarent eux-mêmes qu'elle ne correspond à ancune réalité actuelle (2).

Mais si vous ne faites pas acte de foi à la théorie marxiste, broussiste ou allemaniste, le socialiste déclare gracieusement que vous êtes un « bourgeois imbécile »*, un « traître », un « égoïste », un « suppôt de la haute banque », un « économiste » ! ce qui, pour lui, est la dernière des injures.

(1) Voir le Devenir social^ novembre 1893. Complément et supplément au 1II« livre an Capital.

(2) Voir la Tyrannie socialiste et VEconomie de Vefforty oh. XVII. Les conceptions socialistes et les faits.

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