‹ La comédie socialisteChapitre 13 sur 199 · ÉCONOMISTE» ET «THÉORIQUEMENT ANARCHISTE · texte numérisé non relu

ÉCONOMISTE» ET «THÉORIQUEMENT ANARCHISTE

laissa très bien remorquer par les radicaux-socialistes les plus radicaux et les plus socialistes.

M. Ranc veut bien reconnaître que j'ai toujours été « un économiste, un forcené partisan du laisser-faire, du laisser-passer, que j'ai toujours été l'adversaire du collectivisme et du socialisme d'Etat » : et il conclut que je ne suis pas très éloigné de la pure doctrine anarchique. «

Il ajouta toutefois qu'il ne s'agit pas de la propagande par le fait. Mais outre cette distinction entre les anarchistes et moi, il y en a encore une autre : par une contradiction qui fait juger la valeur de la doctrine, Tanarchisme a des docteurs, Elisée Reclus, le prince Kropotkine et autres, et tous concluent au communisme le plus absolu. Moi, je conclus à la propriété individuelle.,

M. Ranc ajoute qu'aux élections de 1885, je figurais sur une liste radicale socialiste; mais je figurais aussi sur d'autfes ; et il n'y avait sur cette liste aucun socialiste voulant constituer le parti ouvrier en parti de classe, et si M. Ranc veut un aveu de ma part, je reconnaîtrai bien volontiers que j'ai eu tort d'accepter cette épithète, si peu compromettante qu'elle fût par elle-même, à l'époque et dans les conditions où elle était donnée. Le comité dont parle M. Ranc n'arriva pas, du reste, à se concilier le Comité central ni V Intransigeant^ malgré la concession de son titre et toutes les concessions qu'il y avait ajoutées. Il était allé jusqu'à leur sacrifier MM. Brisson, Floquet, Allain-Targé ; quant à moi, le vendredi soir, à l'unamité, il m'avait rayé de sa liste pour faire plaisir à M. Rocbefort et au Comité central qui m'accusaient « d'avoir affamé » les mineurs d'Anzin. Les préten-

tions de M. Rochefort et du Comité central augmentant, la scission eut lieu nonobstant, et le samedi soir, on vint m*annoncer qu'avec la même unanimité on m'avait rétabli sur la liste.

Dans un article du Radical^ du 19 avril 1897, M. Rjanc reconnaît « qu'en 1885, M. Rochefort me combattait comme il n'a cessé de me combattre depuis ».

Pendant la législature de 1885-1889, je luttai contre les lois socialistes, contre la loi sur la réglementation du travail des femmes. J'essayai alors de fonder, avec mon ami Léon Donnât, une ligue pour la Défense de la liberté individuelle contre le socialisme, dans le genre de la Personal Hights association anglaise dont je suis un des vice-présidents depuis une vingtaine d'années. Notre tentative échoua, mais elle continua à ne pas me classer parmi les socialistes.

Aux élections de 1889, j'étais le seul membre du gouvernement qui fût député de Paris. On m'offrait des sièges dans diverses circonscriptions où j'aurais été certain du succès et dont je serais encore député aujourd'hui. Je ne voulus pas que les boulangistes pussent dire que le ministère désespérait si bien des élections à Paris, que je n'osais pas m'y présenter. Je fus candidat dans le premier arrondissement, patronné par un comité de républicains indépendants et un comité radical dont le président était mon pauvre ami, Derrosselle, mort en 1894, marchand de coutellerie pour boucheries, un type accompli du petit négociant parisien, actif et intelligent et du républicain dévoué, convaincu et sérieux. Quelque temps avant que je ne fusse candidat, une minorité avait fait ajouter le titre de socialiste au mot « radical » qui qualifiait le comité. Ce titre me gênait d'autant plus, qu'il devait m'enlever

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