LE « FUSIL LIBÉRATEUR .» DE M. JULES GUESDE
le véritable cri contre les seuls assassins : les patrons et le gouvernement.
Dans les mines, il n'y a point de crimes, il n'y a que des exécutions. .
Les mineurs de Decazeville ont fait sonner le premier glas, à nous de suivre : nous devons acclamer les premiers qui se dressent fermes et braves, pour le bien de rhumanité, etc.
Personne ne proteste : MM. Vaillant, Chauvière, prennent à leur tour la parole, et l'assemblée vote plusieurs ordres du jour « dont le principal, dit le Matin, a été rédigé par M. Jules Guesde ».
Cet ordre du jour dit en substance que les citoyens réunis au Château-d'Eau se déclarent solidaires des mineurs de TAveyron; qu'ils protestent contre les arrestations arbitraires qui ont été opérées, qu'ils réclament du gouvernement de la République la mise en liberté des prisonniers et le rappel immédiat des troupes de Decazeville, et demandent que la Compagnie soit mise en demeure de donner satisfaction aux ouvriers.
Au mois de juin suivant, les mêmes faisaient une réunion de protestation, ayant pour ordre du jour : « La vérité sur la Compagnie de Decazeville et les der~ nieres violences gouvernementales. »
Nous empruntons au Matin du 4 juin 1880 les extraits suivants du compte rendu :
Jlf. Jules Guesde a ensuite, selon son habitude, fait le procès des capitalistes.
Selon l'orateur, ce sont les capitalistes, les gens de la haute banque qui inspirent tous les actes du ministère actuel.
Le gouvernement n'aurait point pu faire l'émission du dernier emprunt s'il n'avait, dans la question de la grève de Decazeville, accédé aux désirs de M. Léon Say, soutenu par MM. de Rothschild.
Et il en sera ainsi tant qu'il existera des fitva.xvç.\^\'î»
aHscz puissants pour pouvoir dicter leuri conditions» dans toutes les questions politiques ou sociales, au gouvernement du pays.
Aussi la solution est-elle simple? Il suffit d*envoyer MM. de Uothscliild & Mazas ou au « mur ».
— Au mur! crient plusieurs asiistanls.
Le jour où ces grands banquiers seront en prison et
où Ton pourra leur faire rendre gorge, ce jour-là, a continué M. (juesde, la question sociale aura fait un grand pas et la Révolution sera proche !
Mais quel est 1(; ministère qui, dans Tintérôt des classes ouvrières, fera jamais cela!
Pas plus le ministère actuel que le ministère Clemenceau. Voyez M. Clemenceau : ne voulant point prendre la direction du cabinet, il y a casé quatre de ses créatures: MM. Lockroy, Granet, Boulanger et Aube. Eh bien, dans là question des grèves de Decazeville, qu'ont fait ces radicaux? Rien, pas plus que le leader de l'extrême gauche, et soyez persuadés que ni les uns ni les autres ne feront | jamais rien pour la classe des travailleurs !
M. Jules Guesde en a conclu que, puisque les prolétaires ne pouvaient rien espérer de leurs élus, il leur faudrait compter, dans un délai peut-être rapproché, sur (( le fusil libérateur », qui, au moins, apportera peut-être une solution aux soufîrances des classes ouvrières.
Le citoyen Paul Lafanjuo a rci)ris le thème du citoyen Jules Guesde et a dit que le seul obstacle sérieux à la réalisation du but poursuivi par les révolutionnaires était l'existence des gros capitalistes et des détenteurs de la propriété foncière.
D'après lui, la première cliose à faire par les révolutionnaires quand ils arriveront au pouvoir sera d'emprisonner les Rothschild, les d'Audiffret-Pasquier, les Léon Say, avant qu'ils n'aillent à l'étranger rejoindre les gros capitaux qu'ils y ont mis à l'abri.
Ce moyen serait plus pratique que de les conduire « au mur » ; car une fois enfermés, on pourrait facilement leur faire rendre les capitaux. De quelle façon?
Le citoyen Lafargue l'a trouvé :
— Ces individus, a-t-il dit, ont l'habitude de fort bien nianger, de boire du Champagne à tous leurs repas!