MM
Alkan (Alphonse), à Paria.
Arnauldet (Thomas).
Badin, à Paris.
Bailly, architecte du Gouvernement, à Paris. Barbet de Jouj, conservateur du Musée du Louvre, à Paris. Barre (A.), graveur général des monnaies, à Paris. Barthélémy (Ed. de), à Paris.
Baur, libraire, à Paris.
Béhague (vicomte de), à Paris.
Bellenger (Henri), à Paris.
Bergeron, à Marseille.
Blanc (Charles), membre de l'Institut, à Paris. BonafEé, à Paris.
Bosc (Ernest), architecte, à Paris.
Bouvenne (Aglaûs), à Paris.
Brugière (Dieudonné de), à Sainte-Foy4a-Grande (Gironde). Burbure de Wezembeech (le chevalier Léon de), à Gand. Capoter (Gustave), à Angoulême.
Castagnary, à Paris.
Chabouillet, Conservateur du Cabinet des Médailles, à Paris. Chanteau (F. de), à Épinal (Vosges).
Chennevières (Philippe de). Directeur des Beaux-Arts, à Paris. Cherrier (Henri), à Paris.
Chéron (Paul), de la Bibliothèque nationale, à Paris. Chevrier (Maurice), substitut, à Vervins. Clément de Ris, Conservateur au Musée du Louvre, à Paris. Colin (Paul), peintre à Paris.
Corroyer, architecte, à Paris.
Cottenet (E.)* à Paris.
Courajod (Louis), attaché à la conservation du Musée du Louvre.
Cousin (J.), Conservateur de la Bibliothèque de la ville de Paris.
Darcel (Alfred), Administrateur de la manufacture des Gobelins.
Dauphinot, à Reims.
Davillier (le baron Cliarles), à Paris.
Delaborde (le vicomte Henri), membre de l'Institut, à Paris.
Delaherche, à Beauvais.
Delisle (Léopold), administrateur général de la Bibliothèque
nationale.
Destailleurs, architecte, à Paris.
Deullin (Eugène), à Épernay.
Devrez (Désiré), architecte du Gouvernement, à Paris. Didot (A. F.), à Paris.
Dieusy (Alfred), à Rouen.
Dreyfus (Gustave), à Parisi Dubost (R.), à Paris.
Dufresne (Léon), ingénieur civil, à Évreux. Dumoulin, libraire, à Paris.
Duplessis (Georges), du Cabinet des Eetampea, à Paris. Duval (A.), à Lyon.
Fagniez (Gustave), à Pari& Fayet, à Paris.
Fi lion (Benjamin), à Fontenay-le-Comte.
Four nier (Charles), à Paris.
Garnier (Charles), architecte du Gouvernement, à Paris. Gautier, à Paris.
Gérard, à Paris.
Gérardin (Alfred), sous-inspecteur des forêts, à Garctasônne. Giacomelli, à Versailles.
Gonse (Louis), à Paris.
Grandmaison, archiviste, à Tours.
Grille (le marquis de), à Paris.
Guiffrey (Georges), à Paris.
Guifh-ey (Jules), à Paris.
Hardouin-Duparc (André), au Mans. Hédou (Jules), à Rouen.
Heiss (À.), à Paris.
— vn —
Herbet;, archiviste paléographe, à Paris.
Herluison, libraire, à Orléans.
Hoschedé (Ernest), à Paris.
Jamain (Joseph), à Paris.
Jarry (Louis), membre de la Société archéologique de TOrléanais,
à Orléans.
Jouin (Henri), à Paris.
Laborde (le marquis JtSseph de), à Paris. Lafenestre (Georges), sous-chef à la Direction des Beaux-Arta. Laisné (Charles), architecte du Gouvernement, à Paris. Lambert*La8su8, avocat, à Paris.
La Neuville (J. de), au Coudray-Montpensier (Indre-et-Loire). Ilaperlier, à Alger.
La Saussaye (de), à Blois.
Lavedan (Léon), administrateur adj, delà Bibliothèque nationale. Lavigne (Hubert), sculpteur, à Paris.
Lebrun-Dalbanne, à Troyes.
Le Chevallier Chevignard, peintre, à Paris. Lemarié, à Paris.
Leturcq (J.-F.), avocat, à Paris.
Liepmannsohn (Léon), à Berlin.
Lisch (Just), architecte du Gouvernement, à Paris. Lopinot (Amédée), à Paris.
Louvrier de Lajolais, à Paris.
Lot (Henri), archiviste aux Archives nationales, à Paris. Lucas (Charles), architecte, à Paris.
Mahérault, à Paris.
Magnabal, au ministère de l'Instruction publique, à Farts. Mantz (Paul), à Paris.
Marcille (Eudoxe), à Paris. Mauban, à Paris.
Maze (Alphonse), à Paris.
Meaume (Edouard), à Paris.
Menu (Henri), à Paris.
Mercier (Charles), à Paris.
Micheile, à Paris.
Michelot, à Bordeaux.
Millet (Ambroise), à la manufacture de Sèvres. Millet (Eugène), architecte du Gouvernement, à Paris.
— vni —
Montaiglon (Anatole de), professeur à VÉcolt des chartes, à Paris.
Mûntz (Eugène), à Paris.
Normand (Jacques), à Paris.
Naples (Paul), architecte du Gouvernement, à Paris.
Pannier (Léopold), de la BiUtotfaèque nationale, à Paris.
Paris (GaÀpn), professeur au CoU^ de France, à Paris.
Patenotte (M-«), i Paris.
Pécoul (Auguste), i Draveil (Seln&-et-Oise).
Petit (F.), avocat, à Paris.
Pichon (Etienne), sous-préfet i Dreux.
Pinchart, chef de section aux Archives du Royraume, à Bruxelles.
Popdin (Claudius), à Paris.
Port (Célestin), à Angers.
Pouy (F.), à Amiens.
Quincey (vicomte de), à Paris.
Raynal (E. de). Conseiller référendaire à la Cour des Comptes.
Reiset (Frédéric), Directeur des musées nationaux, au Louvre.
Revilliod de Watteville, à Genève.
Richard (Maurice), ancien ministre des Beaux-Arts.
Richard, archiviste du département de la Vienne, à Poitiers.
Rondot (Natalis), au château de Chambon (Suisse).
Roxard de la Salie (H.), au château de Phlin (Meurthe).
Sabine, architecte, à Paris.
Sensier (Alfred), à Paris.
Siret (Adolphe), commissaire d'arrondissement, à Saint-Ntoolas
(Belgique).
Sourdois, au château de Vaux, à Creil.
Sully Prudhomme, à Paris.
Tamizey de Larroque, à Agen.
Teisseire (Charles), à Marseille.
Tempier (D.), archiviste des Côtes-du-Nord, à Saint-Brieuc. Thibaudeau (A. W.), à Ixelle^-lès-BruxeUes. Tripier le Franc, à Paris.
Valère Martin, à Cavaillon.
Varenne (le marquis de), à Paris.
Vendeuvre (Gabriel de), à Paris.
Villot (Fr.), à Paris.
ET
Recueillis et annotés par M. J, J. Guiffrey.
La rencontre fortuite d'un document important relatif à Pierre Mignard, Tinventaire général de ses biens dressé après son décès, nous a mis sur la trace de plusieurs autres qui embrassent une période étendue de sa longue carrière. C*est ainsi que les découvertes s'enchaînent et se complètent dans cette mine inépuisable de matériaux historiques qui repose aux Archives Nationales, et dont les richesses ne seront pas épuisées de longtemps.
Avant d'entrer dans l'examen des pièces dont nous publions le texte pour la première fois, il nous paraît utile de rappeler sommairement les principaux travaux dont Mignard a été l'objet dans ces dernières années. Nous n'avons point à nous occuper ici des notices consacrées aux Mignard dans les Biographies générales ou les Dictionnaires d'artistes.
Le premier ouvrage, en date comme en importance, spécialement consacré à notre peintre, est le livre bien connu de l'abbé de Monville, portant ce titre : Vie de Pierre Mignard, premier peintre du Roi, Paris lySo, in-12, portrait, et Amsterdam lySi, in-i2, avec un portrait différent de celui de l'édition de Paris. La Bibliographie biographique d'Œttinger signale une édition donnée à Amsterdam en 1711. Nous ne l'avons jamais
2 PIEKSS MKaCAKD
rencontrée et nous croyons cette indication erronée. Lk biogrmplûe de Fabké de Monville est le point de départ de toutes les notices rédigées depuis cette époque aussi bien de celles qui ont été écrites au xvui* siècle par le comte de Caylus *, par Lépidé*, que d^ celle qui fait partie de rHistotre des peintres de àL Charles Blanc.
En 1781, un habitant de Troyes, Jean-Charles Courtalon Delaistre, publia un Eloge de Pierre Mignard (in- 12).
Les Archives de t Art JnmçaU firent connaître (Tome V des Documents, p. 4i'5i), un testament que Mignard, atteint d'une grave maladie, avait rédigé en i663. Or, comme il ne mourut que trente-<leuz ans après, bien des dispositions de ce testament n'avaient plus de raison d'être au bout d'un si long délai, et il était probable que Mignard, qui eut tout le temps de songer à la mort et put la voir venir, avait laissé d'autres dispositions testamentaires. Cette hypothèse se trouve convertie en certitude par la découverte d'un autre testament bien postérieur à celui qu'on connaît d^à et qui précède de quelques années seulement la mort de son auteur. Le notaire, dans les minutes duquel est conservé cet acteT a bien voulu nous le communiquer; on en trouvera le, texte plus loin.
En 1861, la Gas^ette des Beaux-Arts (T. IX, p. aSs-sço) publia des Notes sur Pierre Mignard et safamiUe de M. Auguste Huchard, employé au bureau de l'état civil de la Mairie de Trojes. Cet article a fiiit connaître l'acte de baptSme, et par conséquent la date de la naissance de Nicolas et de Pierre Mignard et des détails nouveaux sur leurs ascendants.
Une note de M. Natalis Rondot sur la famille Mignard publiée également dans la Gaiçette des Beaux-Arts (a* période, t. VI, p. 446-8), doit se placer ici comme complétant la notice de M. Huchard ; elle est d'ailleurs empruntée aux mêmes sources, c'est-à-dire aux registres paroissiaux de la ville de Troyes. Les origines et la date de la naissance des deux artistes troyens sont complètement éclaircies aujourd'hui par les consciencieuses recherches de MM. Huchard et Rondot.
r. Dans les Vies des premiers peintres du Roi^ 1762.
2. Publiée dans les Mémoires inédite sur la irie et les ouvrages des Académiciens, tome II, p. 86-97. Cette biographie, lue dans la séance du 3 août 1743, est donc antérieure à celle du comte de Caylus.
VF SA FAMILLE. 3
Une Étude mr Pierre Mignard, sa famiUe et qtielques-uns de tabîeaujf par M. Le Brun Dalbanne, renfermant plusieurs documents inédits sur différents travaux exécutés par P. Mignard et Girardon pour le maître- autel de l'église Saint- Jean de Troyes, parut dans le recueil des Mémoires lus à ta Sor* bonne (Archéologie, 1867, p. 367-438). L'auteur, après avoir résumé la biographie de l'artiste, s'étend longuement sur deux tableaux de Mignard possédés par la ville de Troyes, un baptême du Christ et un portrait dans lequel il croit reconnaître madame de Montespan.
Vers la mâme époque le savant conservateur du Musée de Versailles, M. Eudore Soulié, consacrait une notice à un portrait authentique de M^ de La VaUière, par Mignard, récemment découvert che»le marquis d'Oilliamson , en Normandie, et dont M. de Nieuwerkerite avait fait exécuter une copie pour la galerie des portraits de Versailles (Versailles, imp. E. Aubert, 1866, in-8, tiré à 100 ex.}.
Un certain nombre de renseignements étaient donc venus s^ajouter depuis une vingtaine d'années à la biographie de l'abbé de Monville, quand nous eûmes la bonne fortune de rencontrer l'inventaire après décès de Pierre Mignard. Cette pièce, comme nous l'avons déjà dit, nous mit sur la trace de plusieurs autres dont quelques-unes avaient trait à une époque bien antérieure de sa vie, c'est-à-dire à son mariage avec Anne Avclara, dont la date (1660), déjà ûxée par M. Jal, se trouve confirmée par notre document Le contrat de mariage fut signé le 2 août et la célébration de la cérémonie nuptiale eut lieu dix jours après. Quand Catherine Mignard indiquait à l'abbé de Monville l'année 1657 comme date de la câébration du mariage dé son père, elle lui faisait commettre sciemment une erreur destinée à cacher l'ifr^ularité de sa naissance; elle ne pouvait se prévaloir de son ignorance puisque cet acte, constatation authentique de cette tache originelle, avait été produit par sa mère en 1697 pour être insinué au Châtelet, formalité qui correspond à l'enregistrement actuel. On a déjà signalé ce mensonge intéressé, et il est de peu de conséquence, maintenant qu'on possède des preuves formelles de la date du mariage de notre artiste.
Au contrat se trouve annexé un autre acte qui en relève singulièrement l'importance, nous voulons parler de l'état et prisée des biens de Mignard à la date de 1660. Joint aux renseignements
fournis par le testament de i663 déjà publié, par le deuxième testament de Mignard, et par l'inventaire de ses biens après son décès, il présente sur la fortune et sur l'intérieur du peintre aux différentes époques de sa vie un ensemble de détails précis, tel qu'on n'en possède siu* aucun autre artiste de la même époque. Sans doute l'inventaire de la cave et même du mobilier ne présente pas un bien vif intérêt; mais combien est précieuse cette liste de copies et de dessins d'après les maîtres exécutés par Mignard, où reviennent à chaque ligne les noms des * Carraches!
Ces pages nous révèlent les préférences du peintre et nous livrent le secret de ses prédilections pendant les années d'apprentissage qu'il passa en Italie. Cest en admirant, c'est en copiant sans cesse et de toutes les manières les œuvres des fameux Bolonais qu'il s'est préparé à la décoration du dôme du Val-de^ Grâce. Et comme ce goût dominant pour les œuvres de la décadence explique bien la mauvaise humeur du Poussin qui trouve ses têtes fàdcs, fieu-dées, sans force ni vigueur (Lettre du Poussin de 1648, 1824, in-8% p. 289). Encore un trait intéressante noter vers la fin de cet état de 1660 : si Mignard n'avait pas encore acquis la fortune, prix de ses travaux et de ses succès, dont nous verrons le détail dans son inventaire après décès, il avait d^à su tirer de son talent une aisance honnête; à preuve cette maison acquise par lui près d'Avignon, au prix de vingt-cinq mille livres tournois et louée moyennant huit cent quarante livres par an. Peut-être Mignard eut-il un moment l'intention de se fixer auprès de son frère dans les Etats du Pape quand le bruit de sa réputation le fit appeler à la cour. En tout cas , ce projet n'aura pas été de longue durée, car on verra par une déclaration de sa veuve, faite lors de l'inventaire après décès, que, dès 1662, Mignard avait vendu sa maison d'Avignon moyennant tSooo L. seulement, c'est-à-dire avec une perte de 7000 L.
Observons encore que la femme de Mignard dont le nom avait été lu jusqu'ici de différentes manières est invariablement appelée dans les actes que nous avons transcrits Angela Avolaro ou Avolara, et jamais Aollari, comme sur son acte de mariage publié par M. Jal. Son père et sa mère étaient tous deux Romains; cette dernière s'appelait Barbara Raimondi et si l'acte de mariage porte Barbe Raymond, le choix entre ces deux formes ne nous paraît pas pouvoir faire l'objet d'un doute. Le prêtre qui a écrit
les dédarations des ^poux aura traduit en français le nom étranger. On sait combien de pareils faits sont fréquents.
Des termes du contrat on pourrait conclure que si le père de Mignard était mort en 1660, Marie Galloys, sa mère, existait encore; mais ce point n*a pas grande importance.
M. Jal a consacré un article à Pélève de Mignard nommé Sorley ou Sùurley qui assistait au contrat de mariage en qualité de témoin, comme à la bénédiction nuptiale, en compagnie de Dufresnoy. Encore un nom tombé aujourd'hui dans un oubli presque complet et cependant Mignard faisait de son élève un certain état, puisqu'il l'associait à toutes ses fêtes de famille et puisqu'il inscrit son nom sur son testament de 166 3. Le nom de Sorley est écrit Seveley ou Seurley dans le registre qui nous a conservé le contrat en question ; mais c'est probablement une simple fieiute de transcription.
Nous avons publié récemment un document relatif à P. Mignard dont les biographes ont connu, sinon le texte, du moins l'existence. Il s'agit des lettres de noblesse qui lui furent concédées par Louis XIV au mois de juin 1687. Leur publication a trouvé place dans une série d'actes analogues imprimés dans la Revue historique de M. Dumoulin < (1'* livraison de 1873, p. i à 44).
En 1689, Mignard fit un nouveau testament qui annulait tous ceux qui portaient une date antérieure et par conséquent celui de x663. Le testament de 1689 reçut son exécution après la mort de l'artiste; c'est lut qu'on invoque dans les actes de partage. Il présente donc un intérêt particulier. Nous sommes heureux d'en pouvoir donner le texte qui a été gracieusement mis à notre disposition par le dépositaire actuel. On remarquera, sans qu'il soit besoin d'y insister, les nombreuses différences qui se trouvent entre l'acte de 1689 et celui de i663; ce sont ces diififrences qui rendent les deux pièces également intéressantes. Bien des amis de Mignard l'avaient précédé dans la tombe, tandis que de nouveaux noms apparaissent dans l'acte de 1689. L'inventaire qui l'accompagne n'est pas aussi curieux qu'on devait l'espérer, parce que la partie la plus importante fait défaut. Nous n'avons pas retrouvé la description des peintures
I. Quelques exemplaires de ce travail ont été tirés à part et font partie de la Collection de notices publiées sous les auspices de la Société de l'Histoire de l'Art français.
Jb PfSRRK MIGNARD
originales ou coptes que les parties annonceat rintentioii d'in* ventorier dans une seconde séance. Ce projet n'aura*t-ii pas été mis à exécution, ou le procès-verbal de l'expertise confiée à Michel Corneille a>t-il disparu dans la suite, pous Tignorona. La première hypothèse nous paraît cependant la plus vraisemblable; dans tous les cas, rénumération des tableaux qui figure dans le partage de la succession peut suppléer à Tinventaire fait dans l'atelier de l'artiste. On remarquera l'article de rinventairs qui fixe par convention mutuelle des héritiers la somme à dépenser à la décoration du tombeau de Mignard. Nous reviens drons tout \ l'heure sur ce point qui exige quelques éclaircissements.
Ici se place, en suivant l'ordre des dates, une série d'extraits d'une nature particulière sur lesquels il est nécessaire de nous arrêter un instant. Grâce à leur ancien Directeur, M. le marquis de Laborde, les Archives Nationales possèdent une copie fidèle des procès-verbaux des séances des anciennes Académies. Cette copie va permettre à la Société de V Histoire de VArt français^ de publier ces procès-verbaux dont l'importance n'échappera à personne. Pour donner une idée de leur intérêt au point de vue biographique, et en même temps pour grouper tous les renseignements inédits que nous possédions sur notre artiste, nous en avons extrait et nous publions tous les passages rdatiis à Mignard. On y voit l'ancien adversaire de l'Académie royale, admis sans protestation, sur l'ordre formel du Roi, et surtout de Louvois; mais la compagnie a 'grand soin de témoigner qu'elle donne là surtout une preuve de sa condescendance aux volontés de ses protecteurs. La situation de Mignard dans l'Académie est fausse et embar* rassée; il n'y vient que rarement; une seule fois il y prend la parole pour prononcer un discours que le procès-verbal, malgré les éloges obligés, semble s'étudier à rendre ridicule. Enfin, l'alliance de Mignard et de l'Académie, après une lutte longue et acharnée, ne fut jamais qu'un mariage de raison et la compagnie éprouva un véritable soulagement quand elle fiit débarrassée du Directeur qui lui avait été imposé. Au lieu des marques profondes de regret dont témoignent les procès-verbaux après la mort de Le Brun, au lieu des témoignages d'attachement et des pompes funèbres ordonnées après la mort du premier Directeur, pour honorer sa mémoire et reconnaître ses services.
Vr SA rAICLLB. 7
on* «èetie ibmiIob, presque foyeuie, enregistre la ftouveHe du d^eès de MigiMrd. On envoie complimenter m veure ; le mot ne xloit pM tonner, c'est le terme d'usage et il est mis là sans aucune intention méchante ; mais on s'en tient à ce témoignage imposé par la plus stricte politesse.
Plus ttfdy quand l'Académie ne se sentira ^us sous la sunreiU tance des protecteurs de Mignard et qu'elle pourra donner libre carrière à Texpression de ses sentiments intimes , elle ne dissimulera pas la rancune qu'elle a gardée contre un de ses plus anciens et de ses plus énergiques adversaires. C'était en 1751 ; le comte de Caylus venait de lire à une des séances la vie de Mignard puMiée depuis dans les Vies des Premiers Peintres du Roi, Coypel répondit au savant Amateur, et, après avoir en quelques mots foit une critique très-vive des éloges emphatiques accordés au peintre par l'abbé de MonviUe, il complimenta le membre de l'Aoïdémie d'avoir osé désapprouver ouvertement la conduite de Mignard envers l'Académie. Ce discours de Coypel est trop curieux, il a un rapport trop direct avec la biographie de notre artiste pour que nous le n^igions. On en trouvera le texte à la fin des extraits des procès-verbaux de l'Académie Royale de Peinture.
Enfin BOUS avons fait suivre ces documents de deux autres pièces qui appartiennent également à la carrière publique, * officielle de l'artiste. Ce sont les inventaires des tableaux, dessins ou autres objets trouvés dans l'atelier du Premier Peintre après sa mort et appartenant au Roi d'après l'usage. Bien que ces inventaires reproduisent tous deux certains articles , il y a entre eux des difiérences assez considérables pour qu'il «oit intéressant de les publier l'un et l'autre. En outre l'un d'eux, et le moins complet, présente une série d'annotations fort curieuses, certainement émanées d'un personnage important, sans qu'il soit possible d'en déterminer exactement l'origine. Ces deux inventaires méritaient d'autant plus d'dtre recueillis ici qu'ils complètent l'énumération des tableaux trouvés après la mort de l'artiste et partagés entre ses enfants.
Mignard meurt le 3o mai 1695; mais, avant de rendre le dernier soupir, et, tout en confirmant ses précédentes dispositions testamentaires, il jugea prudent de prendre une dernière précaution contre l'esprit dissipateur dont ses fils lui avaient donné plus, d'une preuve. En conséquence, le i3 mal 1695, alors
8 nSM» mGMAKD
qu'il étût à^ refam au lit par la maladie qui devait remporter» il fit une aubttittttioo de quinxe cents livres eu fiiveur des enfimta lotîmes de ses fils Charles et Rodolphe « à prendre sur leur part d'héritage dans la succession de leur père. Cette précaution in extremis nous inspire une assez ftcheuse idée des descendants immédiats de l'illustre artiste. L'acte de partage qui va suivre ajoutera quelques renseignements plus positifs à cette première donnée sur leur caractère.
L'arrêt du Parlement qui vient ensuite, pour suivre l'ordre chro- nologique, renferme plus d'un renseignement prédenz. Tout d'abord il nous révèle un d^accord qui s'était élevé entre lea h^itiers du Premier Peintre dès le lendemain de sa mort, et nous apprend en même temps le motif de cette division. Mignard ne s'en était pas tenu au testament de 1689 dont nous publions le texte; mais successivement plusieurs codicilles étaient venus s'y ajouter les 18, 22 et 3i mai, le 3 juin 1 689 et le 3o avril lôgS. En vain avon^nous recherché ces codicilles dans Tétude qui a conservé la minute du testament; ils ont été ^arés ou perdus; toutefois l'arrêt en question peut y suppléer, au moins pour un des points les plus importants. Mécontent de ses fils, et ayant toujours eu, comme on sait, une prédilection particulière pour sa fille Catherine, Miguard l'avait avantagée dans, un de ses nombreux codicilles, et lui avait accordé deux parts dans sa succession, c'est<-à-dire la moitié de ses biens; ses fils ne devaient recevoir chacun que la moitié de la part constituée à leur soeur. De là mécontentement, procès; les demandeurs n'ayant pu fiaire admettre leurs réclamations par le Châteiet, en appelèrent au Parlement qui les condamna paiement. Ils durent se résigner en conséquence à respecter la dernière volonté de leur père, et à laisser leur sœur prendre la moitié de son riche héritage.
Quant au testament du 3i juillet 1694, invoqué par Charles Mignard seul, nous en ignorons la teneur aussi bien que celle des codicilles précités. Supposer un testament âiux, ce serait
I. M. Jal affirme que Mignard laissa en mourant trois fils : Charles, Pierre et Rodolphe. II est d^accord en cela avec Lépîcié et les anciens biographes de Mignard. Cependant on ne voit figurer aux opérations du partage que deux fils, Charles et Rodolphe. Pierre s'était fait Mathurin et avait sans doute, en entrant en religion, renoncé à la succession paternelle.
peut^tre Aller trop loin et soupçonner tans preuves un fils insoumis d'un acte bien grave. U est difficile toutefois d'expliquer comment ce testament ne fut pas «uivi d'exécution quand des actes antérieurs ressortissaient leur plein et entier efiet. Peut-être le père, regrettant ses premières sévérités, avait-il songé un moment à adoucir ses rigueurs ; puis, voyant ses fils incorrigibles, sera-t-il définitivement revenu au moment de sa mort sur un accès de tendresse paternelle, et aura-t-il annulé, dans le codicille du 3o avril lôgS, des dispositions prises l'année précédente. Mais sur tous ces points, le champ des hypothèses est ouvert, et il faudrait retrouver les actes eux-mêmes pour trancher ces incertimdcs. En tout cas, ces questions de famille n'ont phis aujourd'hui qu'un médiocre intérêt de curiosité, et ce serait peut-être perdre son temps bien inutilement que de chercher à les élucider.
Le partage des biens de la succession ne souffrait plus de difficulté. 11 fut commencé le 19 mai 1696, et dura jusqu'au 22 septembre suivant. Mais auparavant avait eu lieu le mariage de Catherine Mignard avec Jules de Pas, comte de Feuquières. A peine débarrassée des procès que lui avaient intentés ses firères, la fille de Mignard, qui approchait alors de la quarantaine, se hêta de conclure la brillante union dont elle se montra le reste de ses jours si orgueilleuse. Le contrat porte la date du t6 avril 1696. Nous en publions le texte conservé dans les registres des Insinuations du Chfttelet de Paris. Le Roi et, à son exemple, toute la Cour, approuvèrent par leurs signatures cette mésalliance qui indignait si fort Saint-Simon, et cette circonstance seule donnerait un vif intérêt à l'acte en question. Le comte de Feuquières était coulant sur les conditions du contrat. Le régime adopté était celui de la séparation de biens pure et simple. Le mari constituait à sa^mme un douaire de trois mille livres de rente, et la femme, de son côté, faisait à son mari donation d'une rente viagère de trois mille livres, si elle prédécédait en laissant des enfants. Cette rente devait être convertie en une somme de soixante mille livres' une fois payée, si, à sa mort, Catherine Mignard n'avait pas d'héritiers. Enfin, la mère de Catherine lui conférait, par ce même contrat de mariage, les deux tiers de tous les biens qu'elle possédait, sous réserve d'usufruit sa vie durant. Les époux se feisaient enfin respectivement don de six mille livres, à prendre en meubles, dans la succession du premier décédé, par le survivant.
lO PIERim MIONAKD
Le noble o«mte de Feuqaières étttt un peu trûté dtiit «• contrat selon «et méritée, c'est-à-dire en diesiftateiir. Sa femme avait su prendre ses précautions contre tes éventualités d'une union inhale, tant par Tâge que par la condition des époux, tout en étant très flattée d'avoir désormais ses grandes entrées dans les salons aristocratiques et à la cour. Le mari de son côté n'avait pas fut une trop mauvaise afiaire; s*ii lui était interdit de toucher à la fortune de sa femme, il en avait du motos la ioutssance, et les revenus de Catherine Mignard atteignaient un ehi&e assee respectable, comme nous le verrons tout à l'heuie, grAce aux avantages successifs que lui avaient constitués son père et sa mère. On peut donc supposer, sans calomnier aucun des deux conjoints, que cette union n'était pas plus d'un e6té que de l'autre un mariage d'inclination.
Enfin nous arrivons à la pièce capitale de notre publication : le partage des biens de Mignard entre ses enfants. D'après ce qui précède, il est facile de prévoir que les parties étalent loin de se trouver d'accord. Un vif mécontentement des avantages faits à leur soeur et confirmés par l'arrêt du Parlement, se manifeste en effet dès les premières séances qui toutes sont consacrées à écouter les récriminations réciproques des parties. D'un -côté, Charles Mignard et son frère Rodolphe reprochent à leur mère de s'entendre contre eux avec leur sœur, la comtesse de Feuquières , d'avoir pris sa part des tableaux de son mari avant d'avoir fait procéder à Tinventaire et à la prisée de tous les tableaux; ils la somment enfin de représenter l'inventsire dressé après le décès de leur père. A leur suite, comparaissent deux personnages étrangers à la famille qui ne se préoccupent que du recouvrement des créances qu'ils ont à exercer contre Charles Mignard, et naturellement n'ont qu'un intérêt, c'est que sa part dans la succession ne soit pas din^nuée, au détriment de leurs droits. Aussi épouaent-ils tous les griefs de leur débiteur.
Anne Avolara et sa fille répondent aux prétentions de leurs adversaires qu'ils ont eux-mêmes consenti au choix que la veuve Mignard a fait parmi les tableaux de son mari. Celle-ci ne se refuse pas d'ailleurs à communiquer l'inventaire après décès qu'elle a entre les mains; mais elle demande à prélever sur la part de ses enfants certaines reprises qu'elle a à exercer sur les biens du défunt. C'est ainsi qu'elle réclame une première somme de 7182 livres pour frais funéraires, legs &its par le défunt et
BT «A FAMILLB. 1 1
autre» défmnweà dont les héritiers sont seuls tenus, en outre 6000 lÎT. pour le meusolée, 3ooo liv. pour son deuil > enfin l'indemnité due pour les tsbleaux qui hti ont été légués psr son msri est évaluée par elle à 455oliv«; en tout plus de vingt mille livres.
Elle revendique aussi d'autre part 1937 livres 5 sols pour payements £ûts par elle à des ouvriers et autres personnes dont elle offre de représenter les quittances. Ce n'est pas tout; elle demande encore le remboursement de cinq autres sommes montant ensemble à 36oo livres avancées à ses fils. Sans élever de contestation sur Torigine et la nature de œs ciéances, Charles et Rodolphe réclament le partage des biens, ordonné par une sentence du a8 juillet 1696, se réservant d'examiner et de contester plus tard la valeur des réclamations de leur mère. Il leur importe d'en finir promptemcnt pour diminuer les £rais que leur causent l'intervention et la présence de leurs créanciers.
Tels sont les fsits saillants que présente cette procédure embrouillée, commencée le 19 mai et qui n'a pas encore produit de résultat le i*' août.
Enfin, le 4 août 1696, le commissaire Regnault se décide à établir la masse générale des biens de la succession.
Les premiers articles sont consacrés aux meubles portés dans l'inventaire dressé après le décès de Mignard et dont nous avons parlé plus haut. Viennent ensuite les titres de rente, dont presque tous les arrérages sont dus depuis dix-huit mois, le payement ayant été suspendu par la mort du titulaire.
Le total du mobilier monte à 10,7831.9 s. 3 d.
Les deniers comptants trouvés chez Mignard figurent pour 29,168
Les capitaux placés en rentes vont à. . . 409,998 représentant un intérêt annuel de 22,120 1.
Les intérêts pour dix-huit mois sont de. . 3 3, 180
Trois maisons estimées à 64,000
Les loyers à recouvrer des locataires de ces maisons 2,o5o
Total 549,1691 9 s. 9 d.
On le voit, Mignard avait su tirer parti de la vogue dont il n'avait cessé de jouir pendant sa longue carrière.
12 PIERRE MIGIfAKD
Nous n'entrerons pas dans le détail de toutes les péripéties qui survinrent au cours du partage. Tous les moyens que la chicane peut inventer furent mis en oeuvre de part et d'antre, et il Snit bien le reconnaître, si les fils de Mignard n'avaient pas lieu d*étre satisfaits de la part qui leur était faite, ils justifièrent assez bien les rigoureuses mesures prises par leur père et jouèrent un aAsez vilain r^le dans toute cette afiaire.
Nous résumons les passages peu intéressants de ce long procès-verbal; mais nous reproduisons le texte int^;ral des articles qui contiennent le moindre renseignement curieux. Ainsi avons-nous cru devoir noter cette phrase si singulière au milieu de ces interminables contestations : a Pour marquer à la dame leur mère qu'ils sont entièrement soumis à ses volontez, ses fils, etc... »
Après de nouveaux débats sur la qualité d'expert conférée à Michel Corneille par la dame de Feuquières, on se décide enfin à procéder au partage des tableaux qui n'ont pas été gardés par la veuve Mignard. Quatre lots sont composés, Catherine Mignard ayant droit à une part égale aux parts de ses deux frères, puis a lieu le tirage au sort. Quelque sommaire que soit Ténumération de ces oeuvres de Pierre Mignard, elle est encore bien précieuse; elle nous révèle l'existence d'un autre inventaire probablement plus complet des tableaux trouvés dans l'atelier de l'artiste après sa mort; c'est probablement sur cet inventaire dressé sans la participation de ses fils que la veuve Mignard fit choix de la part qu'elle se réservait; c'est lui peut-être qui fiit communiqué sur requête à Rodolphe Mignard pendant les préliminaires du partage, peut-être Rodolphe aura-t~il gardé un titre dont l'importance avait singulièrement diminué, et qu'on ne songea plus à retirer de ses mains. Quoi qu'il en soit, nous n'avons plus aujourd'hui cet inventaire, et le partage des tableaux de Pierre Mignard en quatre lots pour être tirés au sort entre ses enfants, nous a seul conservé l'indication des compositions ou des portraits trouvés dans son atelier après sa mort Cette liste ne comprend pas moins de quatre-vingts toiles ou ébauches parmi lesquelles figurent beaucoup de portraits.
Les lots formés, on procéda au tirage au sort; puis des cartons d'abord oubliés furent retrouvés et devinrent le sujet d'un nouveau partage par la même voie.
La répartition des tableaux terminée, ^t fut le tour du
ET SA PAMILLS. l3
mobilier^ puis des rentes et du reste de la fortune. On verra dans notre analyse le détail de ces diverses opérations et' leur résultat définitif.
Un dernier incident mérite de nous arrêter. On a vu que les héritiers avaient fixé à douze mille livres la somme à employer à rérection du tombeau de leur père ou époux. Probablement les fils, déçus dans une partie de leurs espérances, avaient trouvé par la suite cette somme un peu forte ; car une sentence rendue au Châtelet contre Rodolphe Mîgnard décidait : i* que le' buste de De^ardins, légué à Catherine, décorerait le tombeau de son père; 2* qu'une somme de six mille livres, prise sur la masse de la succession, serait employée à toutes les dépenses et ornements de ce tombeau. La sentence est du 20 Juillet 1 696, on la trouvera à la fin de nos documents. Cette décision devint l'objet d'un article de la liquidation; on tomba d'accord que la somme attribuée à cet emploi resterait entre les mains de la dame Avolara et qu'elle ne pourrait être dépassée, si ce n'est aux dépens de la dame de Feuquières qui probablement manifestait déjà l'intention d'honorer la mémoire de son père par un monument fastueux. Toutefois ce projet ne devait pas être exécuté de sitôt, et à ce propos il n'est pas inutile d'insister sur les dates pour éviter une confusion plus d'une fois commise. Mignard avait été inhumé par sa fieimille dans l'église Saint-Roch; Germain Brice, toujours si bien informé, le dit formellement dans la dernière Description de Paris publiée sous ses yeux, en 1725. Il ne parle pas du monument ni des statues commandés à Lemoyne par la comtesse de Feuquières; et en effet ils ne forent exécutés que plus tard. Dans sa Vie de Mignard, le Comte de Caylus nous apprend que la fille du grand artiste, après avoir donné en 1726 le buste de son père à l'Académie, commença la construction du monument où on devait l'enterrer elle-même et y fit transporter les restes de son père; mais les travaux n'étaient pas terminés à sa mort, c'est-à-dire en 1742. Piganiol de 1» Force confirme ce fait et ajoute que les travaux ne furent achevés que plusieurs années après la mort de la comtesse. Ce tombeau de Mignard n'était plus dans l'église Saint-Roch, mais dans celle des Jacobins de la rue Saint-Honoré, où Thiéry le vit en 1787. Ainsi, quand on a rétabli le portrait agenouillé de la comtesse de Feuquières dans l'église Saint-
14 PISRAB inGNAim
Roch oa a fidt cadeau à cette paroisse d'une OBUTra d^ut qw ne lui ai^partenoit pas avant la Révolution.
De ce qui précède il résulte que Mîgnard a eu deux tombeaux successifs, l'un à Sarnt-Roch, avec simple épitsphe, d^où on a transporté ses cendres aux Jacobins de la rue Sainl-Honoré dans le rkhe monument que sa fille lui faisait élever à la fin de sa vie. On conçoit que ce n'est pas avec les six mille livres réservées pour cet usage qu'on pouvait feire construire un tombeau orné de figures par un des premiers sculpteurs du temps.
A la suite, des documents que nous venons d'analjser on trouvera une pièce de vers adressée à notre artiste par le pote Scarron et un paasage concernant la fille de Mignard, extrait, comme l'épître en vers, d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, portant le n* io8 (collection de Champagne). Nous devons l'indication de ces • deux morceaux à l'obligeance de M. Nataiis Rondot qui, comme nous l'avons d^à dit, a consacré de longues recherches à la fiamille de Mîgnard.
Nous avons pensé qu'une liste chronologique des tableaux de Mignard indiqués par l'abbé de Monville ne serait pas sans intérêt A cette première liste nous en avons joint une autre ; c'est la table par ordre alphabétique de tous les portraits mentionnés dans cette biographie, avec indication, autant que faire se pouvait, de la date de l'exécution de chaque portrait et avec renvoi aux pages du livre de l'abbé de Monville.
J. J. GuiFPaxT.
R lA «AinuB. l5
CONTRAT DE MARIAGE
SUIVI DE l'inventaire DE SES BIENS ^.
Pardevant les Notaires gardenottes du Roy en ^on Chastelet de Paris soubsignez, furent présens noble homme Pierre Mignardy peintre ordinaire du Roy, demeurant rue Montmartre, paroisse Saint Eustache, fils de deffunt Pierre Mignard et de Marie Galloys, sa femme, pour luy et en son nom d'une part; et damoiselle Angella AvolarOy romaine, fille de Mathieu Avolaro, bourgeois de la ville de Rome, et de Barbara Raimondi, sa femme, demeurant en ladite rue Montmartre et parroisse, pour elle et en son nom, d'autre part;
Lesquelles parties, par Tadvis et conseil de leurs parents et amis assemblez, sçavoir : Pierre Mignard, nepveu dudit sieur Mignard, de messire Thomas Dreux, conseiller du Roy en son grand Conseil, noble homme Guillaume Bluet, advocat en la cour de Parlement, Cézar de Bemoud seigneur de Saint Didier, conseiller de Son Altesse au Parlement de Dombes,
I. Archives Nationales : Registre des Insinuations du Châtelet de Paris. Y, a65y fol. Sga et suivants.
l6 CONTRAT OB HARIAGB
amis; de Charles Alphonce du Fresnqy, Rodolphe Parent txHiérosme Sorley, tous peintres, aussy amis; ont vollontairement recognu et confessé avoir fait et accordé entre elles de bonne foy le traité de mariage, dons, douaires et conventions qui ensuivent :
A sçavoir, les dits sieur Mignard et damoiselle Avolaro s'estre promis prendre par nopfi et loi de mariage et icelluy solempniser en face de nostre mère sainte Eglise catholique et romaine le plustot que faire se pourra et sera ad visé entre eux, leurs parens et amis, si Dieu et nostre mère sainte Église s'y consentent et accordent, pour estre les dits sieur et damoizelle futurs espoux, comme ils seront uns et communs en leurs biens meubles et conquets immeubles du jour de la bénédiaion nuptialle, suivant la coustume de cette ville, prévosté et vicomte de Paris, sans estre tenus des debtes Tun de l'autre faites avant leur mariage, mais sy aucunes y a, elles seront acquittées par celuy qui les aura faites et créées, sans que Tautre ny ses biens en soyent aucunement tenus.
En faveur duquel mariage lesdits sieur et damoiselle futurs espoux promettent se prendre aux biens et droits à eux appartenans, consistans : à l'esgard de ceux dudit sieur futur espoux, en Testât et inventaire de ceux qui sera fait en la présence de ladite damoiselle future espouse, et demeurera annexé à la minute des présentes pour y avoir recours et estre transcrit en fin des expéditions qui en seront délivrées. Lesquels biens qui seront ainsy contenus audit estât et inventaire demeureront propres audit futur espoux, et aux siens, de son costé et ligne. Ledit sieur futur espoux a doué et doue ladite damoiselle future espouse de six cens livres
DE P. KIGNARD. IJ
tournois de rente par chacun an dont le principal dudit douaire demeurera propre aux enfans dudit mariage, à l'avoir et prendre sytost et incontinent qu'il aura lieu, sur tous les biens meubles et immeubles présens et advenir dudit futur espouz qui demeureront obligez et hypotecquez pour fournir et faire valloir ledit douaire.
Est accordé que, sy ladite damoiselle future espouze survit audit futur espoux, elle jouira de la part des biens qui luy eschera en la communauté tant qu'elle demeurera en viduité; et sy elle convolle en seconde ou autres nopces, ladite communauté, avec les fruits d'icelle du jour de sondit mariage, appartiendront à l'enfant ou enfans du premier mariage; le préciput est accordé au survivant desdits sieur et damoiselle futurs espoux de la somme de deux mille livres tournois, qu'il prendra des biens de ladite communauté tels qu'il voudra choisir, selon la prisée de l'inventaire et sans crue, ou ladite somme en deniers à son choix.
Sera permis à ladite damoiselle future espouse de renoncer au droit <ie communauté, ou l'accepter, et y renonceant, reprendre ce qu'elle aura apporté audit mariage, ce qui luy sera escheu, constant iceluy, par succession, donation ou autrement, sesdits douaire et préciput, le tout que dessus franchement, sans aucunes debtes payer de leur communauté, bien qu'il y eust par le [contrat] esté condamné, desquelles elle sera acquittée par les héritiers et biens dudit sieur futur espoux, car ainsy a esté accordé entre les parties promettans et obligeans chacun en droit soy.
Fait et passé à Paris en la maison de ladite damoiselle future espouse, l'an 1660, le deuxiesme aoust après midy. Et ont lesdites parties et autres susnommée signé avec lesdits Notaires soubzsignez.
f 8 INVENTiJWi 0E9 m9tS
La miniite <ks pressâtes demeurée par devers et en bi po3^ç9siQn de d'Orléaoa Vun dea deux Notairea> signé ; Cartier Qt d'Orléaxi^.
Ensuit te bref estât et inventaire des biens dudit sieur Mignard.
Estât et inventaire de$ biens et effeçts qui appartiennent à noble homme Pierre Mignard^ peintre ordinaire du Roy> fait eq la présence de damoiselle Angela Avolaro, romaine, fille de Mathieu Avolaro, bourgeois de la ville de Rome et de Barbara Reimondy, sa fewme, suivant et en exécution de la clause insérée en leur con tract de mariage passé ce jourdhuy deuxiesm^ aoust mil six cens soixante par devant les Notaires soubzsignez, ainsy et comme losdits biens ensuivent.
Premièrement.
En la cave de la maison ot^ il fait sa demeure rue Montmartre se sont trouvez deux demy n^uids de vin clairet de Joigny^ vallant; soixante neuf livres tournois, cy. Ixix*.
Plus deux voies de gros bois à brusler vallant vingt huit livres tournois, cy. xxviij *.
Item, dans la première chambre un lit à haults pilliers fermant à vice, garny de son enfauleure (?], mathelas^ traversins, deux couvertures de laine, les rideaux de serge grise garnis de franges de fil et soye» vallant cent cinquante livres tournois^» cy. cl*.
Item, deux chevallets, trois chaises de paille vallant
trente six sols tournois^ cy. xxxvj \
. Item» une escaile servant à breyer lea CQuUeurs vallant
dix livres tournois, cy. x*.
OB P. MIOMARD EN 1660. I9
Dans la cuisine.
Item, une cremaiilère, une pelle, pincette et petits chenets, tout de fer, et un sou£Biet vaUans trois livres tournois, cy. iij *.
Item, une fontaine de cuivre rouge vallant trente deux livrea tournois, cy. zxxi) ^.
Item, une platine de cuivre jaulne vallant viij *, cy. viij*.
Item, un fer à unir le linge vallant trente sols tournois, cy. xxx ■.
Item, une petite marmite et un escumoir vallant cent solz,. cy. c\
Item, un cocquemard vallant la somme de six livres tournois, cy. vj *.
Item, une grande marmitte de cuivre rouge vallant U somme de huit livres tournais, cy. viij *
Item, une poésie de fer vallant vingt solz tournois, cy. XX*.
Item, une broche vallant quinze aola tournois, cy.