Arch. Nat. O 1, 1926, n* 7, fol. Sg v
3 8 PIERJtE M IGHARD
r Académie, discute, sans partialité, la plupart des faits rapportés dans l'éloge historique de M. Tabbé de Monville et nous donne, par ce moyen, une idée vraie des talens et des mœurs de ce peintre célèbre, en pesant au poids de Téquité, tous les endroits de sa vie exagérés et adoucis par la prévention ou par Tamitié.
L'Académie, extrêmement satisfaite de cet ouvrage, en a remercié le Comte de Caylus par un discours que M. G>ypel lui a adressé et dont le contenu sera transcrit sur les registres à la suite de la présente délibération.
Réponse de M. Coypel, Directeur,
A M. LE COMTE DE CaYLUS
au sujet de la vie de M. Mignard.
Monsieur, en écrivant la vie des hommes célèbres, qu'il est facile de se méprendre sur les moyens d'honorer leur mémoire! On seroit tenté de croire que ce digne ouvrage doit être réservé à Tàmitié : Hélas! Pour prouver que souvent il ne lui convient pas de l'entreprendre, il suffit, je crois, de citer l'Eloge de M. Mignard écrit sous la dictée de Mad* la Comtesse de Feuquières, sa fille.
Cet Eloge qui nous peint non seulement un Artiste, mais un homme sans défauts, ne devient-il pas avec raison suspect de la flatterie la plus outrée aux yeux du public qui sait trop que la Nature n'en produisit jamais, et n'en produira point.
On ne peut cependant que louer le tendre aveuglement de Madame de Feuquières, et je ne pense pas qu'il fût juste de blâmer la complaisance de celui dont elle conduisit la plume; peut-être n'étoit-il pas asses initié dans les mystères de notre art pour la contrarier, supposé qu'il eût osé prendre cette liberté.
A ^'académib royauc. 39
Mais, dira-t-on, ai vous m Cfoyez piii l'^u^itié toujours propre à se charger du soin d'écrire la vie d'un homme renommé, vous vous en reposerez encore IDoins sur la satire et sur la haine? Sans doutç. Et ce sera à Timpartialité que j*aurai recours quand je la trouverai accompagnée du jugement, du goût et des profondes connoissances. Je n'ignore pas, il est vrai, que ces rares qualités sont difficiles à rencontrer dans un écrivain; mais ce que nous venons d'entendre prouve suffisamment que la chose n'est pas impossible.
Oui, vous venez de nous peindre, Monsieur^ M. Mi* gnard, de manière que quelques-uns de ces Messieurs qui ont été en commerce avec lui, croyoient le revoir et que ceux qui ne l'ont jamais vu, se sont retracé avec plaisir tout ce qu'ils en avoient entendu dire.
Vous convenez des défauts de ce Peintre avec une sincérité qui r^e permet pas de douter du bien que vous dites de lui, et la portion de mérite que vous lui accordez syffit pour assurer sa mémoire.
Vous n'avez pas dû craindre. Monsieur, d'en dire trop quand vous avez parlé des procédés de M. Mignard avec l'Académie. Pourquoi donc, en écrivant les vies des Peintres et des Sculpteurs qui nous ont précédés, aurions-nous des ménagements que l'histoire n'a pas même pour les têtes c<>UFOnnéesi Dans tous les pays, l'histoire ose, parlant des souverains qui ne sont plus, dévoiler, pour l'instruction de ceux qui leur succèdent, ce qu'elle a dû tenir caché jusqu'à la mort de ces maîtres du monde.
N'en doutons point, la certitude que tôt ou tard on instruira le public de nos démarches les plus secrettes est un frein pour la plupart des hommes. On a beau dire (si je puis me servir de cette expression) qu'on ne
se rencontrera jamais avec la postérité, le désir d'en être estimé, ou la crainte de mériter ses mépris nous excite, ou fait nous retenir, et l'idée de laisser une bonne ou mauvaise réputation doit adoucir ou redoubler les chagrins de la vieillesse.
Il nous est donc très-important de ne pas douter que si nous sommes /capables de manquer à ce que nous devons à la Compagnie, nos Mémoires en informeront l'avenir; songea encore, Monsieur, que vous n'avez pu rappeler les torts de M. Mîgnard à cet égard sans retracer à l'Académie ce qu'a souffert pour elle M. Lebrun, son illustre Père.
En parlant avec cette noble franchise de ces deux illustres peintres, vous faites, pour l'Académie, deux grands biens à la fois; supposé qu'il se trouve encore des artistes tentés d'en user ainsi que fit jadis M. Mignard, vous les intimidez, et vous encouragez ceux qui, comme M. Le Brun, sont traversés dans des entreprises oti le bien général est leur unique objet.
Aux extraits qui précèdent, nous joindrons encore le passage suivant des procès-verbaux de TAcadémie qui se rapporte indirectement à notre artiste.
Séance du 1 1 Janvier i y 44 * .
L'Académie nomme MM. Gazes et Restout pour retirer le portrait de M. Mignard qui est sous le scellé de M. Rigaud^, et ce, en vertu d'un ordre de M. le Lieutenant civil.