‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793). Par Alexandre Tuetey et Jean GuiffreyChapitre 27 sur 132 · Deux Panini, Ruines, des Petits-Pères · texte numérisé non relu

Deux Panini, Ruines, des Petits-Pères

Regnault, commissaire.

Pasquier,

Commissaire du Muséum.

Donné ledit jour auxdits commissaires 47 bordures dorées provenant de diverses maisons religieuses supprimées.

Archives nationales, pi^* 24^, fol. 48.

Rapport de Leblond AU Comité d'instruction publique.

6 décembre 1792.

Je viens rendre compte au Comité d'instruction publique d'un fait dont la connaissance lui appartient.

Hier matin, 5 décembre, deux membres du Directoire du département de Paris, accompagnés de trois commissaires, nommés par le ministre de l'Intérieur, munis de ses pouvoirs, se sont transportés au Dépôt établi aux Petits-Augustins. Par leurs pouvoirs, les commissaires étaient autorisés à enlever tous les tableaux dont il leur plairait de faire choix pour être transportés au Muséum. Le garde du dépôt me fit appeler; je me transportai au dépôt. Les commissaires me communiquèrent leurs pouvoirs. Cependant, ils pouvaient s'en dispenser, puisque ce n'était pas eux qui m'avaient fait appeler et que je n'avais là aucun caractère public, aucune mission. Je leur demandai néanmoins la permission de faire quelques observations. Je déclarai qu'à la vérité la loi du i5 septembre attribuait au ministre de l'Intérieur la surveillance des monuments de sciences et d'art; mais que je doutais que l'emploi et la destination de ces monuments fût également en sa puissance. J'avouai que le mot dépôt signifiait bien clairement un lieu où les objets n'étaient mis en réserve que pour un temps; que ces objets, dont on devait faire choix, étaient destinés pour le Muséum national, que c'était là l'esprit de la loi et le vœu de tous les hommes éclairés qui aiment les sciences et les arts; mais

j'ajoutai que je ne pensais pas que l'emplacement du Muséum eût été décrété, qu'en ce cas transporter avec tant de précipitation les tableaux du Dépôt des Petits- Augustins dans la galerie du Louvre, ce serait transporter d'un dépôt dans un autre dépôt; que je croyais qu'il appartenait avant tout à la Convention nationale de prononcer sur cette question.

J'épargnerai au Comité d'instruction publique le récit de quelques altercations, presque indispensables lorsqu'on se permet d'interpréter la loi. Je ne lui ferai pas remarquer la tactique qui paraît avoir été employée pour procéder à l'enlèvement dont il s'agit. Je ne lui dirai pas qu'on en a donné aucun avis à la Commission; qu'on a choisi un mercredi et que la Commission ne tenant ses séances que les mardis, elle ne pouvait en être informée que six jours après; qu'on semble avoir profité de l'absence d'un citoyen tout à la fois membre de la Commission et de la Convention nationale, dont les talents et la probité ont une influence vraiment redoutable^; qu'enfin on n'avait payé aucun des mémoires des avances faites pour le rassemblement des monuments dans le Dépôt des Petits-Augustins. Je dois me borner au simple récit du fait, et quoiqu'il m'ait été impossible d'en prévenir la Commission des monuments, sa déférence pour le Comité d'instruction publique, qui m'est bien connue, et l'urgence .de cette affaire, me donnent la confiance que la mesure que je prends ne sera point improuvée.

Archives nationales, F^'^*2^^, fol. 98.

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