GOHIER
Citoyen Garât, ministre de l'Intérieur.
Archives nationales, F'^ io5g, n° i.
Mémoire.
Le citoyen Bassi, peintre et restaurateur à Paris, rue Froidmanteau, n'^ 19, prie le citoyen ministre de l'Intérieur de lui accorder l'inspection des personnes employées à la restauration des tableaux nationaux, ou, à défaut de cette place, toute autre que le ministre voudra bien lui accorder dans cette partie. Il s'offre même de travailler à la restauration. Le citoyen Bassi sollicite la bienveillance du ministre de l'Intérieur, sous les auspices du ministre de la Justice, dont il a l'honneur d'être connu, et qui est disposé à rendre témoignage de sa capacité, de son zèle et de
peintre de paysage, originaire de Bologne, qui vivait encore en i833 et qui s'était fixé depuis longtemps à Paris?
son patriotisme. Le succès de sa demande pourrait n'être pas indifférent à l'intérêt de la nation, en ce que le citoyen Bassi saurait distinguer parmi ces tableaux ceux qui doivent être restaurés de ceux qui n'en valent pas la peine ou qui n'en ont pas besoin, et qu'il se chargerait lui-même de la restauration des plus précieux, qui ne peuvent être utilement confiés et sans risque qu'à des artistes exercés dans ce genre de travail.
Garât a la Commission du Muséum et a gohier, ministre de la justice.
Le ministre de l'Intérieur aux commissaires du Muséum national.
Paris, le 3i mars 1793, l'an 2<= de la République.
Je vous envoie, citoyens, une lettre du ministre de la Justice qui sollicite de l'emploi dans le travail de la restauration des tableaux de la République pour le peintre Bassy ; le mémoire de ce citoyen y est joint.
On m'a rendu un compte satisfaisant de ses talents, mais c'est à vous surtout que j'en remets l'appréciation. Si vous le croyez propre au travail auquel il désire d'être attaché et que vous puissiez satisfaire son vœu, je serai charmé d'avoir obligé un homme estimable auquel le ministre de la Justice et moi prenons un égal intérêt.
Le ministre de l'Intérieur au ministre de la Justice.
Paris, 3i mars 1793, l'an 2^ de la République.
Je viens, mon cher collègue, de faire passer le
mémoire du peintre Bassy et votre lettre aux commissaires du Muséum. J'ai appuyé votre garantie des témoignages de l'intérêt que je prends à lui, par la raison, bien suffisante pour moi, que vous paraissez désirer sincèrement obliger ce citoyen. Archives nationales, F*^ loSg, n° i.
Garât a la Commission du Muséum.
Le ministre, etc., aux commissaires inspecteurs du Muséum national.
Paris, le 3i mars 1798, Tan 2" de la République.
D'après le rapport contenu dans votre lettre du i5 de ce mois, je me fais un plaisir de concourir à l'encouragement d'une entreprise aussi utile que celle du citoyen Laurent, et je vous autorise, en conséquence, à lui procurer, ainsi qu'à ses collaborateurs avoués de lui, toutes les facilités qui peuvent dépendre de vous pour continuer la gravure des tableaux de la collection intéressante dont vous êtes les gardiens, en prenant au surplus les précautions convenables pour prévenir toutes dévastations qui, après tout, me paraissent peu à craindre de la part d'artistes nécessairement amis des chefs-d'œuvre sur lesquels s'exerceront leurs talents.
Le ministre, etc., au citoyen Laurent, graveur, rue Grange-aux-Belles, n° 6.
Je me fais un devoir et un plaisir de concourir à l'encouragement de l'intéressante entreprise que vous
avez formée de graver la collection des chefs-d'œuvre du Muséum national, et je viens, en conséquence, d'autoriser les commissaires inspecteurs de ce précieux dépôt à vous procurer toutes facilités à cet égard, ainsi qu'à vos collaborateurs. Je regarde comme superflu de recommander à ceux-ci ainsi qu'à vous toutes les précautions propres à prévenir la moindre dégradation de ces chefs-d'œuvre. Je ne vous fais cette observation, au surplus, que comme administrateur et non point comme un homme ami des arts et de ceux qui les cultivent, et persuadé que leurs productions n'ont rien à craindre de ceux qui les aiment et dont elles exercent les talents.
Archives nationales, pi' 1039, n° i.
Garât a la Commission des monuments.
Le ministre de l'Intérieur aux citoyens composant la Commission des monianentsK
Paris, le 3i mars 1793,, l'an 2<^ de la République.
L'objet principal de vos travaux est de rassembler toutes les indications convenables dans toute l'étendue de la République sur les divers monuments des sciences et des arts qui peuvent contribuer à leur gloire ou à leur instruction, et dont les opérations relatives au mobilier national offrent les moyens de
I. Réponse à la lettre adressée par Leblond, secrétaire de la Commission des monuments, à Gohier, ministre de la Justice, le 2 février. La lettre de la Commission du Muséum du 25 mars signale la tension existant entre les deux Commissions rivales et jalouses.
procurer le triage et le rassemblement, mais le but définitif de ces travaux est de parvenir à former ces musées qui, dans divers points de Tempire, attesteront un jour que le culte sacre des arts n'était point négligé, fleurissait même de plus en plus parmi nous, au milieu des orages terribles d'une révolution dont aucun peuple avant nous n'avait donné l'exemple. C'est à ce but que vos travaux doivent tendre. La loi du 19 septembre, en ordonnant le transport dans le Dépôt du Louvre des tableaux et autres monuments relatifs aux beaux-arts répandus dans les diverses maisons nationales, en a exprimé le vœu formel, et c'est pour répondre à ce vœu autant que pour vous épargner ces soins qui, purement relatifs à des opérations locales, nuiraient par leur détail et leur circonscription au grand ensemble des recherches générales qui doivent principalement vous occuper, que mon prédécesseur a fondé la Commission du Muséum, particulièrement chargée d'extraire de vos dépôts provisoires et de rassembler dans le Muséum français les objets capitaux que le simple droit de territoire autorise à y réunir et que l'opinion publique y désire d'ailleurs depuis si longtemps. Amis des arts, vous sentirez sans doute tout le prix de cette destination intéressante et vous seconderez avec plaisir tout ce qui pourra contribuer à la formation de ce dépôt central et commun oii nos plus précieuses richesses dans ce genre doivent être rassemblées ^ La Commission du Muséum m'expose le besoin de
I. Cette partie de la lettre du ministre a été publiée déjà par L. Tuetey, t. I, p. 212, note, indiquant par erreur la date du 14 avril. Voir, même page, l'accueil fait par la Commission des monuments aux commissaires du Muséum.
ET LA CRÉATION DU MUSEE DU LOUVRE. Il3
satisfaire à cet égard la juste impatience du public et d'oftVir le plus tôt possible à ses yeux plusieurs chefsd'œuvre qui y sont attendus, dont les places y sont déjà marquées, et que retient encore votre dépôt provisoire. Elle m'indique notamment le tableau de Raphaël^ trouvé à Saint-Lazare, la Madeleine de Le Brun et le Christ de Lesueur. Mais il en est beaucoup d'autres encore, susceptibles de la même destination et dont votre zèle pour les arts vous engagera probablement à faire le plus tôt possible le choix. Je recommande avec instance ce triage à vos soins ; je vous invite à vous concerter à cet égard avec la Commission du Muséum et à lui remettre incessamment sur ses récépissés non seulement les chefs-d'œuvre que je viens d'indiquer, mais tous ceux que, d'accord avec elle, vous jugerez propres à enrichir le Muséum national. Je préviens cette Commission de l'invitation que je vous adresse et je ne doute pas de l'empressement que vous mettrez à lui procurer en cette occasion tous les secours et toutes les facilités qu'elle peut attendre de votre zèle, de vos lumières et de votre amour éclairé pour les arts. Archives nationales, F" io32.
Garât aux commissaires inspecteurs DU Muséum national.
Paris, le 3i mars 1793, etc.
J'ai reçu votre lettre du 25 mars dernier; j'ai senti l'importance qu'il y avait à hâter le rassemblement au Dépôt dont la direction vous est confiée les chefsd'œuvre qui sont dans le cas d'y être réunis; la loi du
19 septembre m'impose d'ailleurs à cet égard un devoir que je mets le plus grand prix à remplir, et je viens en conséquence d'inviter la Commission des monuments non seulement à vous remettre sur vos récépissés les trois tableaux précieux que vous vous êtes cette fois bornés à m'indiqucr, mais à choisir et à mettre également à votre disposition tous les objets susceptibles d'enrichir le Muséum français, que peut contenir le Dépôt provisoire des Petits-Augustins. Je vous engage vous-mêmes à voir les membres de cette Commission et à vous concerter avec eux tant sur les moyens d'effectuer cette remise que sur ceux de faire un choix convenable. Les limites du local, la convenance de rendre ce dépôt central le plus précieux possible et le besoin de réserver pour d'autres musées tout ce que les lacunes qui s'y trouveraient pourraient inspirer d'y réunir, doivent rendre ce choix sévère, et cette considération vous paraîtra sans doute assez intéressante pour n'être point négligée. Je n'y insisterai pas davantage, et je m'en rapporte d'ailleurs pleinement dans une telle circonstance à votre zèle, à vos lumières et à cet amour des arts qui vous anime et auquel rien n'est indifférent de ce qui peut concourir à leurs progrès et à leur gloire.
Archives nationales, F'^ io32.
PiCAULT A Garât.
i^r avril (1793).
Citoyen ministre.
Les désordres se continuent; vos ordres sont méprisés ou ne sont point exécutés, et les chefs-d'œuvre
ET LA CREATION DU MUSEE DU LOUVRE. l 1 D
sont perdus par l'ignorance de la Commission, qui a augmenté le nombre des massacres.
Le Muséum provisoire offre une masse de tableaux rangés sans choix, sans goût et même sans connaissance.
On eût dû réunir tous les tableaux épars de la République et choisir les plus parfaits, ceux utiles à l'instruction et à l'époque des arts et ceux qui nous font voir les différentes manières des maîtres pour en faire une progression comparative. Si on eût procédé ainsi, on ne trouverait pas dans le Muséum nombre de tableaux au-dessous du médiocre qui déparent la collection, outre qu'ils ont occasionné des dépenses si mal placées qu'en les vendant ils ne rapporteraient pas les frais auxquels ils ont donné lieu ; une copie de Wouipermans se trouve mise en pendant avec un original du même, ce qui ne prouve pas en faveur des membres de la Commission.
Les tableaux ne sont pas rangés par école, ce qui offre dans le style une dissonnance si tranchante qu'ils se détruisent mutuellement et privent l'amateur de l'instruction qu'il devrait acquérir. L'état des tableaux est affligeant, et l'on peut dire que ceux qui viennent d'être vernis fraîchement sont les plus maltraités, on ne manquera pas de dire qu'on les a trouvés tels, mais, dans ce cas, il ne fallait pas leur donner entrée au Muséum, puisqu'il y a, de ces maîtres dont on a mutilé les ouvrages, des productions qui auraient suffi à la collection ; je préférerais qu'un maître manquât au Muséum que d'y rencontrer le barbouillage de restaurateurs sans talents; plusieurs de ces tableaux sont vernis par-dessus les châssis et sont si mal repeints qu'on voit les écailles et les mastics de dessous à travers.
Il6 LA COMMISSION DU MUSEUM
D'autres s'élèvent et tombent par écailles; malgré cet état de destruction, on les a nettoyés, vernis et accrochés au lieu de les avoir fait enlever ou rentoiler; d'autres encore sont fraîchement raccommodés; quoiqu'ils soient couverts de crasse ou de vieux vernis jaune, il semble qu'on leur ait donné une fausse parure pour les vendre et tromper les acheteurs.
Il y a des bordures en bois ou d'autres neuves qui sont peu dignes des tableaux auxquels on les a destinés, surtout pour le Muséum.
Par l'arrangement total, on ne paraît pas avoir eu en vue de donner une idée de ce que pouvait et devait être le Muséum, puisqu'on n'a laissé aucuns lieux propres à placer des bustes, des statues et autres objets curieux.
Enfin, le jour y est absent et luisant; il faut éclairer le Muséum par le haut, seule manière qui lui convienne.
Archives nationales, F'' io5g, n° i.
PiCAULT A Garât.
i^"" avril 1793.
Je crois maintenant indispensable, d'après la cessation des travaux que vous avez ordonnée, que vous nommiez une Commission nouvelle : i°pour constater l'état où se trouve maintenant le Dépôt des arts, afin que l'on n'impute pas à votre administration tous les désordres commis jusqu'à ce jour; 2° pour faire choix des objets dignes de quelque attention, soit pour le Muséum, soit pour les départements;
3° enfin pour mettre à part les objets médiocres, afin d'en débarrasser les dépôts, pour que l'on ne fasse des réparations que sur les objets qui en vaudront la peine, et pour dresser le catalogue des tableaux qui doivent composer le Muséum.
Il est pressant aussi d'ouvrir un concours pour les rentoileurs et peintres restaurateurs, ainsi que pour l'ouverture du Muséum par le haut, seul moyen à employer pour ce monument. Tous les artistes et amateurs seront admis à donner leurs projets sur l'exécution de cette demande; ils les accompagneront d'un petit modèle et du mémoire des dépenses.
Composition de la Commission à nommer :
Renaud^ Hubert^
Fragonard^ Le Bt'tin.
Chodet, Bel fils, secrétaire.
Archives nationales, F*' loSg, n' i.
Pajou fils a Garât.
Paris, ce i6 avril 1793, l'an 2^ de la République.
Le citoyen Pajou, sculpteur' de l'Académie, étant absent de Paris pour cause de santé, m'a chargé de
I. M. Furcy-Raynaud a publié l'état des sculptures dont Pajou avait la garde {Deux musées de sculpture française à l'époque de la Révolution. Inventaire de la Salle des Antiques par Augustin Pajou, etc..., publiés par M. Furcy-Raynaud. Paris, Jean Schemit, 52, rue Laffitte, 1907). Pajou se trouvait alors à Montpellier auprès de sa femme malade. Hotidon cherchait à se faire nommer à sa place garde des Antiques (voir L. Tuetey, t. I, p. i83 et note 2).
Il8 LA COMMISSION DU MUSEUM
VOUS présenter l'objet de sa demande sur l'emploi de garde des figures modernes contenues dans la salle des Antiques. Comme il est encore incertain si cette garde est encore sous sa responsabilité, il serait essentiel que vous voulussiez bien m'indiquer un moment d'audience afin de conférer avec vous sur cet objet, et que j'aie l'honneur de vous remettre en même temps l'état des objets confiés à la garde de mon père.
J'ose me flatter, citoyen ministre, que vous ne me refuserez pas et suis dans cette espérance, avec respect, votre concitoyen.
Pajou fils, Peintre, rue Fromenteau, n° 196, « vis-à-vis la porte du Louvre.
Au citoyen Garât, ministre de l'Intérieur, à son bureau, rue Neuve-des-Petits-Champs. A lui seul.
Archives nationales, F^'' loôg, n° i.
Notice des tableaux choisis le i y avril ijgS par les commissaires de la Commission conservatrice des monuments conjointement avec les membres de celle du Muséum.
1. Tableau de Champagne, représemam Deux religieuses, de Port-Royal'.