SCÈNE VIII
CLARA, POPARBL• **, entrant par la droite suivi de Césarine et de Julie.
POPAREL.
Allons I c’est une affaire manquée!... la commode a 7 centimètres de trop... ça ne peut pas tenir...
• Poparel, Clara.
” Clara, Poparel, Césarine, Julie.
SS
CÉSARINI.
FaiteS'la scier, votre commode I
^oparkl.
Ah I par exemple !... comme vous y allez !
]ULIE .
Bobonne ne serait pas contente;?
POPABEL»
Elle serait capable de retourner en Alsace..; pour en acheter une autre plus grande I
CÉSARINE
Tenez! je vous parie cinq heures de coupé... que vous l’é-? pouserez votre Yictorine.
POPAREL.
Ça... jamais!...
CéSARINE.
Parions !
POFAREL.
11 y a une excellente raison... c’est que je suis marié...
CLARA
Vous !
CÉSARINE et JDL^.
Marié I
CLARA
Et madame votre épouse?
POPARBL.
Nous sommes séparés... pour des raisons... de haute inconvenance I •
CÉSARINE
Un malheur I
POPAREL.
Mon Dieu I je ne sais pas si on peut appeler ça un malheur... c’est un vide... mais pas un malheur... (Voulam s’en aller.) Où est mon parapluie?
CÉSARINE, le suivant.
Oh ! contez-nous votre déveine !
JULIE^ de même.
Oh ! oui, vous serez bien gentil .
CLARA
Mesdemoiselles... vous ôtes indiscrètes... on- ne retourne pas comme ça le poignard...
POPARELj redescendant.
Quoi? le poignard? parce que ma femme... ob! ça m’est égal... et si je n’étais pas pressé. .. voyons, quelle heure est-il?
JULIE
Midi.
CÉSARINE
Ça avance.
POPAREL.
Allons I je vais vous en raconter pendant cinq minutes... mais pas plus! ..
CÉSARINB, vivement.
Allez 1 allez !
POPAREL.
Ah ! petite curieuse I Je tenais donc un restaurant rue Mandar... au pied de Mouton mcomj9araf)/£. J’avais la renommée... (sourire des ouvrières.) il ne faut pas croire que tout le monde sache faire un pied de mouton... parce que si la sauce n'est pas bien liée... va te promener! vous prenez vos pieds... vous les lavez...
CÉSARINE
Oui, passez!...
CLARA
Arrivez au fait I
POPAREL.
J’avais pour demoiselle de comptoir une petite Allé de dix-huit ans appelée Uranie... et jolie I... oh ! bien mieux que vous !
JULIE et CÉSARINE.
Merci !
POPAREL.
Entre le'déjeuner et le dîner, comme je n'avais rien à faire... je la regardais... et elle... baissait les yeux... c’est ce qui m'a fourré dedans... si j'ai un conseil à vous donner, mesdemoiselles, c'est de baisser les yeux...
CÉSARINE
On connaît ça, marchez !
POPAREL.
Bref, je lui offris ma main... avec mon établissement... j’avais' quarante-un ans... je me portais comme le pont Neuf... elle accepta... au bout d'un mois... je m’aperçus qu’elle avait un défaut... elle aimait les sucreries, elle était chatte.
Oh! il n’y a pas grand mal à cela !
POPAREL,
Pour une modiste, c’est possible... mais pour la femme d’un restaurateur, c’est désastreux!... Elle mangeait tous les petits-fours; les garçons étaient toujours à me dire : Monsieur, on demande des petits-fours, il n’y a plus de petits-fours I Mais .•sacrebleu I j’en ai acheté ce matin — C’est madame I... Enfin, c'était une petite grignoteuse! je lui fis des représi-ntations... convenables, je lui dis : C’est ignoble pour une femme d être sur sa bouche comme ça !... Elle me battit froid et respecta ma marchandise. Seulement je m’aperçus que de temps à autre, un nègre venait lui apporter des sacs de marrons glacés... je n’en pris pas d’inquiétude... un nègre !
CLARA
Ça ne me dirait rien.
' JULIE
Ni à moi...
POPAREL.
Un matin... je descendis un peu lard... je trouvai le comptoir vide. . avec une lettre dessus : « Gustave... »
' JULIE
Gustave I
Gustave Poparel, c'est mon petit nom... « Je vois bien que » vous ne pouvez pas me comprendre , il vaut mieux nous « quitter... Adieu, soyez heureux! post-scriptum. Ne cherchez I pas ma broche... je l’emporte. »
CÉSARINE
Elle était partie avec le nègre?
, POPAREL.
Mais non! le nègre, c’était le domestique du Monsieur... un Monsieur que je n’ai jamais vu .. mais ce doit être un américain... un fabricant de cannes à sucre... sans cela, Uranie ne l’aurait pas suivi.
CLARA
Eh bien ! qu’avez-vous fait ?
POPAREL.
Je suis allé chez le commissaire de police... un homme d’excellent conseil... il m’a dit : Voyons, est-ce que vous y tenez beaucoup à votre femme? — Peuh !... mafoi,non. — Eh bien! alors, laissez ça là... faites vos affaires!.,, c’est ce que j’ai fait... je me suis retiré avec 18,000 francs de rente...
CLARA
El VOUS n’avez jamais reçu de nouvelles de voire femme?
Jamais I... Il y a quinze ans de cela... Elle doil être aux co> lonies, qu’elle y resie!... moi, je suis irès-conlent, irès-gai... j'ai pris Yiclorine pour la conversation... et la cuisine.
JULIE
Elle vous fait des petits plats sucrés.
POPAREL.
Ahl non! non! elle, c’est un autre genre... elle n’aime pas les sucreries... choucroute, saucisses et lard fumé, nous ne sortons pas de là... j’ai des jambons qui pendent dans toutes mes cheminées... c'est ennuyeux à cause des ramoneurs.
CÉSARINE
Obi ils ont de si belles dents I
POPAREL.
C’est précisément pour çal... (Regardant à sa montre.) Midi un quart! saprelotlel vous me faites causer I... Où est mon parapluie? (Il va le prendre.) Madame, mesdemoiselles, je vais continuer ma chasse aux écriteaux... C’est dommage... l’appartement me plaisait .. en remettant du papier... Satanée commode!
CÉSARINE
Adieu, Gustave.
JULIE
Adieu, Gustave.
(Poparel sort par le fond.)