‹ La commode de VictorineChapitre 3 sur 25 · ANGÈLE, JULIE, CÉSARINE, MARITON · texte numérisé non relu

ANGÈLE, JULIE, CÉSARINE, MARITON

Au lever du rideau les modistes travaillent assises derrière le guéridon; Mariton est sur une chaise devant la cheminée et se chauffe les pieds.

CÉSARINE *

Tous direz tout ce que vous voudrez mais moi, j’aime les j euues gens de Bordeaux.

* Mariton, Angèle, Césarine, Julie, à la table.

ANGÈLE

Ils sont gentils, je ne dis pas le contraire.

JULIE

D’abord ils sont bruns.

C’est possible... mais les blonds épousent davantage... c’est une chose connue I

JULIE

La voilà encore avec ses idées de mariage I

ANGÈLE

Je n’en rougis pas... si je rencontrais un blond... cendré, avec un beau nom, de l’éducation, une famille honorable...

CÉSARINE

Cinquante mille livres de rente.

ANGÈLE

Je n’hésiterais pas à lui faire le sacrifice de ma liberté.

MAIUTON, à part.

Elle me fait suer, ma parole d’honneur I

ANGÈLE

Qu'est-ce que vous dites, M. Mariton T

MAIUTON.

Moi, je ne m'occupe pas de vous... je me chauffe les pieds.

ANGÈLE

Quel joli butor !

CÉSARINE

Un bouquet de chardons !

JULIE

Et d’une conversation!..

J’en ai peut-être plus que vous, delà conversation... seulement je n’aime pas à causer avec les femmes... ça n’est pas ins- . tructif... c'est du babillage...

ANGÈLE. '

Alors pourquoi êtes-vous entré dans un magasin de modes ...

MARITON

J’y suis entré... pour des raisons de santé.

TOüTES.

Ah! bah!

HARITON.

Avant, j’étais dans la droguerie... une belle partie, pour un jeune homme I mais on me faisait piler à l'air, dans la cour, ça me donnait des engelures et des crevasses aux mains...

ANGÈLE, ironiquement.

Ah! quel dommage!

MARITON

Chacun son goût... moi je suis friand de mes mains, alors j'ai lâché le mortier pour un état plus moelleux... je suis venu chez mademoiselle Clara, la patronne, en qualité de...

CÉSARINE

De trottin.

MARITON

De premier commis ! je porte les chapeaux et je reçois les factures... je fais l’extérieur.

ANGÈLE

Heureusement !

JULIE. '

Et vous êtes content, M. .Mariton?

MARITON

Je gagne soixante francs par mois et je mets des gants quand il fait froid... je ne sais pas ce qu’un homme peut - désirer de plus I

ANGÈLE, se levant.

Mais le cœur! malheureux ! le cœur!

MARITON

Mesdemoiselles, je ne vous dis pas de gaudrioles, moi... et je ' vous prie de me laisser tranquille !

CÉSARINE

Il cache son jeu... je parie qu'il est amoureux!

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