‹ La commune et les œuvres complémentaires de l'écoleChapitre 7 sur 41 · VIEUX VÊTEMENTS ET VIEUX LIVRES · texte numérisé non relu

VIEUX VÊTEMENTS ET VIEUX LIVRES

Par des visites, des démarches réitérées s'il le faut, elles pourraient obtenir qu'on leur remît du linge ou des vêtements qui, sans être hors d'usage en raison de l'usure ou de la saleté, ne sont cependant pas utilisés dans certaines familles, soit que les enfants ayant grandi n'aient pas de plus jeunes frères ou sœurs pouvant s'en servir, soit que les parents fortunés tiennent à remplacer les vêtements défraîchis, à la moindre tache, au plus petit e.ccroc ou dès qu'ils ne leur paraissent plus assez à la mode du jour.

Ces femmes se répartiraient l'ouvrage pour y travailler à domicile, ou mieux se réuniraient un jour déterminé de la semaine ou du mois et convoqueraient à leurs séances quelques mères ou sœurs d'élèves, des anciennes élèves de l'école ou même les plus grandes parmi les écolières : en commun, on nettoierait les vêtements, on les raccommoderait, on les approprierait à la taille des enfants indigents et ce pourrait être, en même temps, l'occasion pour les jeunes Elles d'un apprentissage des soins à donner au vestiaire domestique.

' On procurerait ainsi une leçon aux unes, en même temps qu'un habit aux autres.

Et que de livres de classe sont également perdus, qu'on laisse traîner inutiles dans un coin de bibliothèque ou au fond d'une armoire, que l'on jette même, ou dont on se débarrasse au prix du papier quand l'enfant a cessé de fréquenter l'école, alors que, pour tant de familles, c'est une lourde charge

que d'en acheter de neufs à leur garçon ou à leur fille!

Un coup de gomme pour les taches, un peu de colle pour les pages déchirées, une feuille de journal pour enveloppe à la couverture endommagée et Ton épargne à un indigent là dépense d'acquisition.

C'est ainsi qu'un sous-préfet de Segré estimant qu'un « livre perdu est un crime impardonnable » a fondé une œuvre des vieux livres qui a rendu de grands services à la population déshéritée de son arrondissement.

Mais, vieux vêtements ou vieux livres, il faudra s'assurer en quelles mains ils ont passé, sur quels corps ils ont servi, rechercher si l'enfant qui en a fait antérieurement usage n'était pas atteint de quelque maladie contagieuse; il sera toujours prudent, en toute hypothèse, de les soumettre à la désinfection..

% 4. — Cantines scolaires.

Nous en avons indiqué le but tout favorable à la fréquentation scolaire : assurer aux enfants un abri et la nourriture pour le repas de midi, quand la maison est éloignée de l'école ou que les parents sont retenus loin de leur logis par les travaux de l'usine, de l'atelier ou des champs, et soulager le budget des familles nécessiteuses.

Rappelant le vieux proverbe : <c II n'y a pas de

bons soldats quand ils ont le ventre vide, » Léon Bourgeois ajoute : « Il n'y a pas non plus de bons élèves dans une école, quand les pauvres petits souffrent de la faim. »

Si la Caisse des Ecoles n*en prend pas l'initiative, la charge d'organiser une cantine doit être assumée par une association de personnes d'esprit nettement démocratique qui y voient plus un acte de solidarité à accomplir qu'une action de pure bienfaisance à poursuivre.

Les fondateurs d'une œuvre si éminemment utile, Caisse des Ecoles ou Association^ commenceront par établir un avant-projet de budget; ils devront à cet effet se rendre* compte du chiffre d'enfants susceptibles de fréquenter la cantine^ le prix par tête devant naturellement diminuer quand le coût se répartit entre un plus grand nombre de bénéficiaires.

Puis on recherchera combien de dîneurs peuvent payer leur part, à combien il sera nécessaire de remettre des bons gratuits; on s'inquiétera d'un local disponible que souvent la municipalité ou quelque personne de la commune, comprenant l'intérêt de la tentative, fournira gracieusement ou à un prix de location très réduit; on s'informera du prix d'un matériel de cuisine, des tables et des provisions; on pourra souvent éviter les dépenses de service, non qu'il faille songer à imposer cette charge à l'institutrice, elle n'y devra concourir que si elle le fait de plein gré et en le sollicitant elle-

même; mais, sous la direction alternative de mères de famille, les jeunes filles pourraient être habituées à préparer la soupe et, au besoin, quelques mets ou plats simples du pays. Ce serait une économie pour la cantine et une leçon de cuisine pour les jeunes filles : leurs voisins de Técole de garçons, nourris ainsi, y prendraient Testime de leurs futures ménagères, tout le monde y gagnerait.

Combien aussi sera-t-il facile à la campagne d'obtenir des légumes gratuitement donnés soit par des personnes aisées, soit même par des parents impuissants à payer le prix du bon de cantine et qui seront heureux, par ce prélèvement sur les produits de leur petit champ, de contribuer pour leur part, si faible fût-elle, à la dépense, en l'atténuant : ils auront ainsi non l'impression d'une charité que reçoit leur enfant, mais d'une œuvre de solidarité dont il profite et à laquelle ils s'associent; le sentiment de leur dignité s'en trouvera relevé.

Les municipalités ne resteront pas indifférentes à une telle initiative, même si elle a été prise en dehors de la Caisse des Ecoles.

On a calculé qu'organisée aussi économiquement et avec la collaboration de bonnes volontés, une cantine riiraley si essentielle dans les contrées de population clairsemée, pourrait arriver à donner des portions en aliments chauds et réconfortants qui ne coûteraient pas plus de o f r. lo ou même de o fr. 05 ; à Landrecies (Nord), une soupe chaude avec légumes revient à o fr. 03.

Dans les grandes villes à population ouvrièi:e, où le besoin de la cantine ne se fait pas moins sentir, la dépense sera plus forte, bien que, par suite du nombre des enfants, elle soit répartie entre plus de bouches : la location de Ig. salle est plus coûteuse, si la concierge de l'école ne peut offrir le local; le matériel est plus important; la rétribution de femmes de service devient nécessaire; les aliments sont d'un prix plus élevé et l'on ne peut guère compter, au moins pour les provisions, sur des dons en nature; un repas revient à o fr. lo ou o fr. 15 par participant.

Mais on pourra espérer le concours pécuniaire des commerçants et industriels, notamment sous la forme de bons payants de cantine qu'ils prendront pour les enfants de leurs ouvriers ou employés dans le besoin.

Les syndicats professionnels^ les sociétés de secours mutuelsy les sociétés coopératives^ tous les groupements corporatifs ne manqueront pas de s'intéresser à une œuvre d'essence démocratique qui peut rendre tant de services à la population ouvrière.

Il importera d'éviter avec soin tout ce qui pourrait froisser la susceptibilité des enfants porteurs de cartes, bons ou jetons gratuits : il ne devra y avoir aucune différence dans la forme ou dans la couleur entre ces bons et ceux délivrés contre paiement; la gratuité sera accordée après enquête discrète du comité et avis de l'instituteur ou de Tins-

ti tutrice; il pourra être utile aussi de créer des bons de demi-gratuité qui allégeront la dépense de la cantine et permettront à certains parents de faire, dans la mesure du possible, un petit effort de devoir pour subvenir aux besoins de leurs enfants.

La nourriture, fournie par la cantine^ devra n'être ni abondante, ni recherchée, mais saine, hygiénique et fortifiante; les données de la science devront être consultées pour sa composition et il y aura lieu de prendre à cet égard tes conseils des médecins du pays, ce qui aura en outre l'avantage de les intéresser à l'action de la cantine.

Comme modèles de cantines organisées dans les grandes villes par les municipalités et les Caisses des Ecoles, on peut citer celles de Paris et de Lyon, ou, par l'initiative privée, celle de la Société de bienfaisance des écoles laïques de Brest. L'arrondissement de Confolens (Charente), avec ses 140 cantines scolaires rurales, peut servir d'exemple à des organisations semblables à la campagne.

§ 5. — Petites familles.

Les cantines, quand elles existent, ne fournissent qu'un repas, souvent une simple soupe, les classes de garde, quand les municipalités ou les Caisses des Ecoles les ont créées, ne reçoivent les élèves que dans l'interclasse et le soir au plus jusqu'à 7 heures; mais il est des enfants qui ont

besoin d'une aide continuelle de nuit comme de jour, temporairement ou définitivement.

Pour les uns, orphelins de père et de mère sans famille pour les recueillir, enfants d'incurables hors d'état de subvenir aux nécessités de leur existence, fils et filles de condamnés, abandonnés, l'assistance publique les reçoit dans ses internats, ou leur assure à ses frais, le plus souvent dans une ferme, qu'ils soient urbains ou ruraux, le placement chez une famille, moyennant un contrat qu'elle passe avec celle-ci.

D'autres, moins malheureux sans doute, sont abandonnés momentanément : le père veuf ou la mère veuve est à Thopital, les parents malades ne peuvent s'occuper des enfants ni subvenir à leurs besoins, ou bien des travaux lointains, la recherche d'ouvrage en cas de chômage les retiennent éloignés de la maison.

Pour les premiers, en complétant l'action de l'assistance publique, comme pour les autres, en faisant œuvre nouvelle, l'initiative privée, guidée j>ar des idées de solidarité, peut avoir un grand rôle à remplir : suppléer, pour ces abandonnés, à la vie de famille qui leur fait défaut.

De là, l'idée de fonder des foyers familiaux, où ces enfants seraient reçus volontairement sans qu'un véritable contrat se passe autre que celui qui se signe avec le cœur, le dévouement, le sentiment du devoir social, sans qu'aucune crainte puisse naître de voir exploiter l'enfance ; on ouvre à ces

malheureux un asile où ils trouvent la protection matérielle et morale, l'affection d'une petite famille à défaut de celle de la famille naturelle; en l'absence plus ou moins prolongée des parents, ces enfants auront le logis et la nourriture assurés, comme la possibilité de continuer sans interruption la fréquentation de leur école ordinaire.

Ces petites familles, pour dix enfants au maximum, ne présenteront pas tous les inconvénients des agglomérations dans de vastes bâtiments : la femme qui en prendra soin pourra connaître tous ses petits et s'intéresser à chacun, étudier leurs goûts et leurs aptitudes pour les guider dans la préparation à la vie et dans ]e choix d'une profession, d'un métier, d'une carrière.

Il ne s'établira pas de petits clans isolés, comme dans les internats à population nombreuse : les enfants seront vraiment les frères les uns des autres dans cette famille • adoptive, et la directrice pourra être une mère pour tous.

On peut citer,, comme exemple de ces intéressantes institutions, la petite famille organisée à Belleville par M""^ Anderson de Meijerhelm, qui réunit un petit nombre d'enfants dont les parents, pour une cause ou pour une autre, ne peuvent prendre soin; les enfants sont conduits aux classes de l'école communale du quartier, puis placés en apprentissage selon les facultés que révèlent. leurs petits travaux; grâce à la cantine scolaire, aux vieux vêtements transformés, la dépose n'excède

pas 20 francs par mois pour chaque enfant.

Les parents qui, sans être indigents, seront amenés par des raisons de travail, de maladie ou de convenance à confier leurs enfants à une petite^ fa- ' mille pour un temps plus ou moins long, pourront verser une légère rétribution qui allégera d'autant les frais et qui donnera à l'institution un caràcîtère d'utilité générale et non de simple charité. Ce ne sera pas de l'assistance publique ou privée : rien ne distinguera les payants des gratuits : les uns et les autres recevront la même préparation complète à la vie active et sociale, leur développement intellectuel, physique et moral se poursuivra comme celui des autres enfants qu'ils rencontrent à l'école publique, maintenus ainsi en contact continuel avec leurs semblables et dans le milieu où ils sont nés.

Plus faciles à créer dans les grandes villes avec les ressources de personnes et d'argent qu'elles présentent, ces petites familles ne sont pas moins utiles dans les campagnes, où l'on devra s'ingénier à trouver les bonnes volontés et les moyens pratiques pour les établir et les faire vivre.

. L'œuvre peut tenter quelque âme généreuse qui en fera les frais : ailleurs ceux-ci seront réduits à leur minimum, si déjà la cantine assure un repas et les fournitures scolaires, si des associations (T éducation populaire, amicales, patronages organisent les fêtes, jeux et réunions pour les enfants de l'école et auxquels participeront, au même titre que

leurs camarades, les pupilles de la petite famille : sera-t-il impossible de trouver une institutrice retraitée, désireuse de continuer l'action morale et sociale que, durant son activité, elle a exercée à Fécole, et qui prêtera son concours gratuitement ou moyennant une très faible rétribution, ou les enfants ne pourront-ils être répartis entre des familles qui ont déjà les leurs et pour qui un de plus ne sera pas une charge?

Les amicales d'anciens et anciennes élèves de l'école prêteront un appui efficace à ces institutions. Si une société spéciale est constituée dans le but de poursuivre cette œuvre, les dames patronnesses qui la composent visiteront fréquemment les enfants dans la petite famille ou dans les familles auxquelles ils sont confiés, elles se mêleront à la vie et aux amusements de cette jeunesse, causeront familièrement avec elle, ayant le sentiment d'un devoir social qu'elles accomplissent et non d'une aumône qu'elles daignent faire.

§ 6. — Colonies de vacances.

L'hygiène de l'enfant, sa santé doivent entrer pour une large part dans les préoccupations de ceux qui ont souci de l'éducation de la jeunesse.

La fréquentation scolaire est intéressée à ce que la maladie ne vienne pas réduire le nombre des jours de présence à l'école. D'autre part, on sait combien un pauvre être chétif, anémié est mal dis-

posé à profiter de l'instruction qui lui est donnée, combien son cerveau suit difficilement les leçons qu'il reçoit, combien il est nécessaire, — sous peine d'achever de compromettre sa santé et son existence,

— de lui éviter le travail intellectuel qui lui est si pénible.

La loi de 1886, et le règlement d'administration publique du 18 janvier 1887 rendu pour son exécution, ont prévu que des jnédecins communaux ou départementaux, agréés par le préfet, devront inspecter les écoles au point de vue de la santé des enfants, de la salubrité des locaux et de l'observation des règles de l'hygiène scolaire.

L'école et l'éducation populaire doivent être un auxiliaire puissant dans la lutte contre la tuberculose.

Nous n'avons pas à insister sur cette matière qui rentre dans le domaine de la commune et P hygiène, nous bornant à réclamer que les prescriptions de la loi de 1886 soient plus exactement observées qu'elles ne le sont actuellement.

Mais il est une action — en même temps éducative de l'intelligence et préventive de la maladie

— que, dans l'intérêt tout à la fois du corps et de l'esprit, peut exercer l'initiative privée et qu'elle réalise par l'institution des Colonies scolaires de vacmtces, pour garçons ou pour filles.

On sait avec quel soin, les familles tant soit peu aisées tiennent, après l'année de classe, à emmener leurs enfants loin de la ville, au bon air de

la campagne, des montagnes ou de la mer.

Ce ;i'est point une distraction de luxe, c*est une nécessité de repos intellectuel pour le cerveau, de bien-être matériel pour les poumons.

Et pourtant, combien parmi, les petits primaires pourront en profiter comme leurs camarades plus fortunés? L'ouvrier ou l'ouvrière ne connaissent point de vacances, chaque jour doit être pour eux un jour de travail, s'ils veulent gagner le pain des leurs : ils ne sauraient songer à s'absenter et à Conduire leurs enfants à la cure d'air.

Pour combien aussi la dépense serait trop lourde à leur maigre budget, qui suffit à peine li. l'existence de la famille?

La colonie scolaire de vacances pourvoira à l'impossibilité on ils se trouvent.

Elle s'ouvrira aux enfants exposés, pendant les. vacances, à rester sur le pavé des rues, quand leurs parents sont retenus à l'usine, à l'atelier ou au magasin et que l'école fermée ne peut plus lesi abriter ; elle recevra les enfants débiles, anémiés, lymphatiques, ayant vécu toute l'année entassés avec père, mère, frères et sœurs dans des logis étroits, souvent dans des mansardes où l'air et la lumière ne pénètrent que rarement.

Aux uns et aux autres, elle fera goûter un peu de liberté, beaucoup de gaieté dans leur réunion entre camarades, elle les fortifiera de la chaleur du soleil, de l'air des champs, de la colline et des bois, ou encore de la brise de la mer, elle leur fera voir

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des régions qu'ils ne connaissent pas; et dans ce milieu nouveau où ils se trouveront transportés, ils observeront chaque chose qu'ils verront et qui était restée inconnue jusqu'alors pour eux ; ils compléteront sans fatigue et avec plaisir leur instruction; sous une discipline libérale, n'ayant plus à compter sur leurs parents, ils apprendront à s'occuper des petits détails de leur vie courante, et ils auront chaque jour à se rendre, entre compagnons de la colonie, mille petits services qui les habitueront à la saine pratique de la solidarité.

Ainsi, la colonie de vacances leur sera aussi utile au point de vue moral et intellectuel qu'au point de vue physique : leur esprit, comme leur santé, s'en trouvera bien; elle sera un auxiliaire précieux de l'éducation, comme un adversaire redoutable de la tuberculose.

Pour produire tout son effet, la colonie devra être peu nombreuse, 20 à 30 enfants au maximum, qui se sentiront bien en famille, arriveront aisément à se connaître les uns et les autres et à être chacun bien connus du directeur ou de la directrice.

Le choix des enfants à envoyer dans telle ou telle colonie devra être fait d'après leurs prédispositions physiques : les nerveux à la plaine, les débiles à la montagne ou à la mer.

Le séjour sera, d'après les expériences faites, de vingt et un jours, un mois au maximum : la durée paraît suffisante pour la santé et d'autre part il ne faut pas séparer trop longtemps les enfants de

leurs familles. On a souvent observé qu'à partir de trois semaines le séjour ne leur offrant plus l'attrait de la nouveauté, les petits colons aspirent au moment de revoir leurs parents, deviennent irritables, que la discipline s'eiî- ressent et qu'on ne peut plus les tenir : une absence plus prolongea ferait perdre le bien acquis.

Cette durée de trois semaines permet de faire séjourner successivement dans une même coloqie, pendant les vacances, trois escouades de jeunes gens.

Les types de sociétés, s' occupant de colonies scolaires^ varient non seulement quant au choix du lieu où elles sont installées, mais dans leur organisation même et dans les moyens par lesquels elles poursuivent un but identique.

Les unes fondent une colonie pour y recevoir des enfants d'une même école ou d'une même ville

— d'autres ouvrent une colonie à la disposition d'enfants qui leur sont envoyés de diverses régions

— d'autres encore s'occupent de réunir des fonds à l'eiïet de créer des bourses pour faire admettre des enfants dans une colonie, ou facilitent des échanges temporaires entre familles, habitant les unes à la mer, les autres à la campagne, et dont les enfants ont besoin de changer d'air.

Dans la plupart des grandes villes, notamment à Paris et à Lyon, ce sont les Caisses des Ecoles, avec l'appui des municipalités et les souscriptions

volontaires qu'elles reçoivent à cette destination, qui créent des colonies scolaires pour les enfants des écoles de leur arrondissement ou de leur ville ; quelques-unes même assez riches sont propriétaires des bâtiments et du jardin où est installée la colonie, soit qu'elles aient acquis, soit que, comme la Caisse des Ecoles du VII^ arrondissement de Paris, elles aient fait construire un immeuble propre à cet effet. D'autres se contentent -de prendre location pour plusieurs années, ou même pour les deux seuls mois de vacances, ce qui leur permet de varier chaque année la région dans laquelle elles envoient leurs enfants. D'autres enfin s'entendent avec un internat de province qui met ses locaux à leur disposition pendant les mois de congés.

Ailleurs, ou même doublant l'action des Caisses des Ecoles dans les grandes villes, ce sont des sociétés d'initiative ^rivét.QoiamtY Œuvre des enfants à la Montagne du pasteur Comte à Saint-Etienne, la Fédération des Patronages bordelais, la Société des colonies scolaires de vacances de la rue de Lotivoisy à Paris, etc., qui font ces organisations comme propriétaires ou locataires.

Le plus souvent, l'admission à la colonie est entièrement gratuite ; en particulier, les Caisses des Ecoles prennent, presque partout, la dépense complète à leur charge.

Mais la règle n'est pas générale : il est mêmp désirable qu'elle devienne l'exception.

Nos œuvres scolaires ne doivent pas uniquement

s'inspirer de philanthropie, elles sont et doivent rester des œuvres d'éducation sociale ; il faut, en une mesure quelconque, associer à l'effort les bénéficiaires de leurs bienfaits et donner à ceux-ci le sentiment qu'ils ne reçoivent pas la charité, mais seulement une aide basée sur l'esprit de solidarité.

C'est en se plaçant à ce point de vue qu'un certain nombre de sociétés de colonies de vacances demandent une légère contribution aux familles, par exemple une somme correspondant à l'économie qu'elles réalisent sur la nourriture et l'entretien de l'enfant pendant les vingt-et-un jours durant lesquels l'œuvre se charge de lui, sauf à accorder une réduction même de cette somme minime si plusieurs enfants d'une même famille sont confiés à la colonie, ou si la dépense d'équipement de l'enfant est déjà lourde au petit budget de l'ouvrier.

La société prend à son compte la fondation, l'organisation, l'installation matérielle de la colonie^ les frais de voyage du petit colon, ceux de surveillance, la rétribution des maîtres ou maîtresses ainsi que le coût supplémentaire résultant d'une nourriture plus abondante souvent que celle dont l'enfant profiterait chez lui.

Le prix complet de la pension n'est demandé qu'aux parents suffisamment aisés pour pouvoir l'acquitter, mais qui seraient empêchés de s'absenter ou ne seraient pas en mesure d'ajouter à cette première dépense celle de leur déplacement personnel ; des bourses gratuites sont, à titre exception-

nel, réservées aux enfants de familles notoirement indigentes.

D'autres œuvres pratiquent, au lieu de la réunion collective des enfants dans une même colonie, le placement individuel de leurs jeunes pupilles dans des fermes ou dans des familles au bord de la mer : ce placement familial offre l'avantage d'être moins coûteux, mais on peut se demander s'il présente les mêmes sécurités de surveillance et d'alimentatic»- des enfants, dans la difficulté où l'on se trouve souvent d'être exactement renseigné sur les nombreuses personnes à qui on fait confiance. Le groupement entre petits camarades ne fait-il pas aussi supporter plus facilement aux enfants, l'éloignement, même momentané, de la famille? Il est à craindre que l'isolement ne leur soit pénible, de quelques soins affectueux qu'on les entoure dans le milieu où ils sont accueillis.

Quoi qu'il en soit, chacun agit suivant ses moyens et ses ressources, et tous ces procédés constituent une œuvre utile à encourager.

Comme dans toutes les sociétés, les ressources, pour les institutions de colonies de vacances, consistent d'abord dans les cotisations de leurs membres, dans les dons de bienfaiteurs, dans les subventions qu'elles peuvent obtenir.

Mais il en est qui leur sont particulières, au moins quant à la forme qu'elles peuvent revêtir et qui est de nature à provoquer de généreux concours.

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C'est la bourse de colonie dont le prix est fixé d'après le calcul de la dépense d'un enfant à la colonie : voyage, entretien, nourriture^ surveillance compris.

Une personne, qui veut du bien à un enfant déterminé, peut, en versant le montant d'une bourse, le faire admettre dans une colonie de vacances.

Telle autre, sans désigner un enfant, fonde une bourse ou une demi-bourse au profit d'un élève d'une école qu'elle spécifie ou bien en laissant toute liberté au choix des administrateurs : on prend soin de lui faire connaître Je nom du bénéficiaire qui devient son pupille temporaire, on la tient informée des détails et du résultat pour. l'enfant de son séjour à la colonie. Celui-ci ne manquera pas, dans un sentiment de gratitude, d'écrire à son protecteur et de lui traduire ses impressions.

Le bienfaiteur se rend ainsi mieux compte des . avantages de l'œuvre, s'intéresse à son action et se trouve incité à renouveler la bourse les années suivantes, à fonder même d'autres bourses si- sa fortune le lui permet, à faire de la propagande autour de lui. Il suivra ses pupilles dans la vie, pourra leur prêter encore son appui et aura la jouissance que procure à tout être humain la constatation du bien qu'il a pu faire à l'un de ses semblables.

M. Edouard Petit, toujours si ardent et si ingénieux pour tout ce qui touche à la jeunesse scolaire et post-scolaire, a proposé la combinaison du Franc de VEnfance.

COLONIES DE VACANCES' bi

Collégiens, lycéens, élèves des grandes écoles, tous ceux que, pendant Tété, leurs familles emmènent en voyage, ne pouri^ieht-ils songer à leurs frères de l'école communale retenus à la ville pendant les vacances et, dans un beau et louable sentiment ^de solidarité, verser / franc à une œuvre de colonies scolaires de leur région?

Les amicales des lycées et collèges ne pourraientelles aussi avoir — par des fondations de bourses — leurs pupilles, les secondaires tendant fraternellement la main aux primaires?

Particulièrement nécessaire pour les enfants des villes populeuses et industrielles, dont les quartiers ouvriers renferment tant de rues étroites et de logis sans air ni lumière, le séjour en colonie peut aussi quelquefois être utile pour des élèves de commune rurale : tel, qui habite au bord de la mer, pourrait se trouver bien d'une villégiature de trois semaines à la plaine, dans les bois, ou à la montagne; tel autre, dont l'école est située dans les terres, aurait grand intérêt pour sa santé à passer vingt et un jours à la mer.

Ce ne seront que des cas isolés et chaque école, chaque canton ne peut songer à avoir sa colonie scolaire. Un échange entre les familles, la création d'une bourse par la municipalitéy la Caisse de VEcole, le patronage^ Vamicale, ou encore par quelque ami de l'école permettront alors de pourvoir au déplacement jugé nécessaire pour -la santé de Tenfant

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