SUPRÊMES ET VAINS EFFORTS
L'abolition de la Compagnie d'Ostende ne fut pas, cependant, un coup assez rude pour abattre définitivement notre indomptable énergie. Il ne serait pas dit, qu'après un premier échec, plus rien ne serait tenté pour relever notre commerce et pour envoyer à nos établissements de Flnde, qui étaient alors en pleine prospérité, les secours qui leur étaient nécessaires.
On voulait lutter encore 1
A peine la suppression de la Compagnie était-elle officiellement édictée que déjà il se créait à Anvers une jointe secrète pour essayer de rétablir les communications entre Ostende et le Bengale.
Ce n'était certes pas chose facile que de tromper la surveillance des navires de guerre embossés par les Provinces-Unies devant la rade d'Ostende, depuis la suppression de la Compagnie. Néanmoins, la nuit, en se glissant hardiment à travers les hautsfonds, plusieurs navires légers parvinrent à prendre le large et à cingler vers les Indes où le gouverneur Hume manquait de tout.
Successivement, quittèrent le port le Cheval-
Marin, le Neptune, le Phénix et le Diic-de- Lorraine. Tous portaient dans leur cale de For, des armes et de la poudre pour permettre à Hume de se procurer Talliance des radjahs indigènes et de défendre ses postes contre une attaque éventuelle des Hindous, qu'armaient contre eux, disait-on, les compag"nies anglaises et hollandaises.
Peu après, l'embargo ayant été levé, deux autres navires de 600 tonneaux, percés pour 30 canons, deux « vétérans » partirent encore pour les Indes : c'étaient la Concorde, montée par 140 hommes, qui avait déjà fait deux voyages en Chine, et V Apollon qui, sous le nom de V Archiduchesse- Elisabeth, avait fait partie du dernier convoi destiné aux Indes orientales.
Faute de capitaux, ces armements secrets, presque tous déficitaires, durent cesser bientôt, et nos possessions de l'Inde, laissées sans secours, ne tardèrent pas à disparaître.
C était la ruine de nos dernières espérances ; le beau rêve s'était évanoui.
Et, résignée, songeant sans amertume à son glorieux passé, Ostende s'endormit pour cent ans, réveillée parfois par le bruit des armes et le fracas des canons.
Mais ce n'étaient que de courts cauchemars dans ce long sommeil