‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 2)Chapitre 240 sur 358 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« La presse de l'opposition était infatigable dans sa polémique vis-à-vis de la Compagnie de Jésus, et en 1826, au moment où nous sommes arrivés, la France, petit à petit, se prenait contre elle d'une fureur implacable et aveugle ' . »

Ainsi s'exprime un écrivain peu suspect de partialité pour les Jésuites, en abordant le récit de la campagne menée contre eux par son héros, le comte de Montlosier. C'est, dit-il, « un objet curieux d'étude, cet Auvergnat vigoureux, bizarre, qui montra jusqu'à la dernière heure la qualité que la France apprécie d'abord, parce qu'elle la possède souverainement, nous voulons dire, la passion ». « Curieux type, en effet, dit à son tour M. Thureau-Dangin, ce vieillard septuagénaire, ce gentilhomme catholique et royaliste, qu'on vit tout à coup se placer à l'avant-garde des adversaires de M. de Villèle et de Mgr Frayssinous, se faire le dénonciateur le plus âpre et le plus implacable des Jésuites et an parti-prêtre. Nature originale et bizarre entre toutes, ayant dans les manières et dans l'esprit la sauvagerie forte, rude, abrupte du coin de l'Auvergne où il était né et où il aimait à s'enfermer, iiatâilleur l'épée ou la plume à la main, ergoteur, briseraison, soutenant les thèses qu'il s'était formées dans la solitude avec l'énergie obstinée du montagnard qui défend son sol ; non sans générosité, mais trop souvent possédé par l'orgueil ou la haine ; ayant à certains moments, on dirait par poussées, des idées belles, surtout fortes, des vues perspicaces ; mais écrivain presque toujours confus, embrouillé, disparate, tumultueux par excès de passion, tenant à la fois du fou et de l'homme supérieur, et après une longue vie très laborieuse et très agitée n'aboutis-

I. Agénor Bardoux, Le Comte de Montlosier et le Gallicanisme. Paris, Caïman- LévY; 1881. P. 288.

sant qu'à des œuvres manquées et ne laissant qu'une mémoire trouble*. »

Pour compléter le portrait, il faudrait ajouter : aristocrate entiché de sa noblesse, ne voyant de salut pour la France que dans le retour pur et simple à l'ancien régime, très méprisant pour les gens qui n'ont pas de naissance, s'indignant que « des marchands de toile deviennent membres de la Chambre des Pairs », prenant en grippe le clergé parce qu'il s'émancipe trop du château, en un mot, Saint-Simon moins le talent, gallican, janséniste, pieux et humble à sa manière qui est celle des orgueilleux et des révoltés, se posant obstinément en défenseur de l'Église, en dépit de l'Eglise qui le condamne, refusant jusqu'en face de la mort une rétractation qu'elle lui demande, se déclarant néanmoins catholique convaincu et repentant de ses fautes, et terminant ainsi dans l'inconséquence finale une vie faite de contradictions et d'incohérence.

François Dominique de Raynaud, comte de Montlosier, était né à Clermont en 1755. Député de la noblesse de Riom aux Etats-Généraux, il y défendit avec intransigeance les privilèges de son Ordre et ceux du clergé. On cite de lui une phrase devenue célèbre : « Vous ôtez aux évêques leur croix d'or; ils prendront une croix de bois ; c'est une croix de bois qui a sauvé le monde ^. »

Montlosier émigra en 1791, se rendit à Coblentz et fit avec les princes la campagne de 1792. Mécontent de la conduite des émigrés, il quitta l'armée et passa en Angleterre où il publia un journal royaliste Le Courrier de Londres. Rentré en France en 1800, il ne fut pas insensible aux prévenances de Fouché, accepta une pension et rédigea

Page 1