CHAPITRE IV
mon dévouement pour la Société de Jésus et pour les Ordres religieux, qui n'ont pour ennemis, ou qui ne sauraient avoir pour ennemis que les ennemis de l'Eglise, ainsi que je l'ai fait remarquer dans mon deuxième volume, en parlant des obligations des évêques. » (16 Décembre 1844.)
La Théologie morale était écrite en français. Pour ne pas parler de la doctrine, cela aussi était une nouveauté, et même une hardiesse, et l'on conçoit l'appréhension insinuée dans cette lettre. La dignité cardinalice conférée bientôt après à Mgr Gousset prouve suffisamment, semble-t-il, que rien dans son œuvre, ni le fond ni la forme, n'avait encouru de blâme de la part de la souveraine autorité. Une chose du moins hors de doute, c'est qu'elle donna le signal de la déroute définitive du Jansénisme doctrinal dans le clergé français.
Pendant la première période de quinze années après le rétablissement de la Compagnie, les Jésuites français ne purent guère s'adonner aux œuvres de presse. Absorbés par le travail des Missions et des collèges, ils n'eurent ni le loisir, ni la préparation nécessaire pour écrire des livres. Le Père Loriquet fut à peu près seul à produire volumes sur volumes dans les genres les plus divers. Ses confrères se bornaient à organiser çà et là des Bibliothèques de Bons livres. L'œuvre fondée à Metz par le Père Debrosse se propagea dans nombre de villes plus ou moins importantes et devint une véritable institution de salubrité intellectuelle et morale. Nous la trouvons presque partout où s'est établie une maison de la Compagnie. A Bordeaux, à Nantes, à Toulouse, etc., elle a pris la forme d'une association régulièrement et légalement constituée. Dès 1834 celle de Bordeaux rayonne sur onze diocèses
affiliés, où elle compte plus de cent dépôts ^ A Nantes, la fondation de la Société àe Notre-Dame des Bons Livres est, à la vérité, un peu moins ancienne ; mais ses progrès furent rapides. Le rapport publié lors de sa vingtcinquième année d'existence accusait la présence de soixante-dix à quatre-vingt mille volumes répartis en trente-quatre bibliothèques ; le roulement annuel était de deux cent mille volumes, et depuis l'origine le chiffre des prêts dépassait trois millions sept cent mille. Des renseignements analogues sont fournis par les résidences de Marseille, Bourges, Quimper, Laval, etc.
Malheureusement les écrivains manquaient pour alimenter de nouveautés ces bibliothèques de bons livres ; en attendant, on imagina de rajeunir, en les rééditant, des ouvrages anciens. Le Père Loriquet avait donné l'exemple, et dans une lettre au Père Roothaan, il exprimait le désir d'avoir des imitateurs. Ce serait, disait-il, une œuvre excellente que de mettre en état de reparaître au jour une multitude d'auteurs du temps passé qui restent ensevelis dans les grandes bibliothèques, faute d'avoir trouvé des mains amies pour les ramener sur la scène. Nombreux aussi sont les ouvrages tombés dans le domaine public, qui ne sauraient figurer tels quels parmi les Bons Livres, mais qu'il suffirait de retoucher quelque peu pour les rendre inoffensifs, sans leur rien enlever de leur mérite.
C'est ce travail de rajeunissement et de mise au point qui fut entrepris à Lyon, comme en témoigne une circulaire du Provincial, le Père Maillard, en date du 10 janvier 1842. Elle annonce la fondation et donne le plan de VŒuvre de la Correction des Livres, « Revoir les livres les plus répandus et les plus utiles dans les différentes branches des connaissances humaines, et les mettre en harmonie avec la doctrine et la morale catholique, tel en est le but principal. » Mais on ne s'en tiendra pas là.