‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 154 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Jésuites vont à un échec certain, parce qu'ils sont antipathiques aux populations et spécialement aux Maronites ; M. Guizot voudrait que le Saint-Siège leur interdise de s'étendre en Syrie, ou mieux encore les envoie ailleurs. L'ambassadeur devra travailler en ce sens. Deux mois plus tard, réponse de l'ambassadeur : A Rome on pense tout différemment. Les populations sont très sympathiques aux Jésuites et les demandent avec instances. L'établissement de Ghazir ne nuira pas à celui des Lazaristes; car il n'a pas le même objet. Au surplus les Jésuites, appelés par le Délégué apostolique et poussés par la Propagande, s'apprêtent à fonder de nouveaux établissements à Antioche et à Lattaquié^. (7 Mars 1844.) A cette nouvelle le ministre efl'aré riposte : « Qui les a autorisés à aller ainsi de l'avant? » Voici que la Mission vient de passer de leur Général à un Provincial français. Quant à lui, il ne veut reconnaître de Jésuites ni en Syrie ni en France. (22 Mars 1844.) — A ce moment, en effet, l'agitation parlementaire contre l'Ordre de Loyola commençait à jeter le ministère dans de graves embarras. L'ambassadeur de Constantinople était avisé de tenir rigueur aux Jésuites ; le consul de Beyrouth, M. Poujade, qui leur témoignait delà bienveillance et avait écrit en leur laveur, était averti qu'il faisait fausse route. Ainsi s'expliquent les difficultés auxquelles s'était heurtée la construction du collège des Jésuites en cette ville. La véritable cause en était dans la sourde opposition des autorités françaises. A plusieurs reprises les représentants de l'Angleterre et de l'Autriche s'étaient faits forts d'obtenir le firman nécessaire; mais il fallait accepter leur protection au détriment des droits

1. « È indicibile il desiderio che tutti qui inanifeslono di vedere uno stabilimento gesuita, si per quello che riguarda la Religione corne pure per l'educazione dalla gioventù. Anche tutte le famiglie schismatiche manifesloao un ardente desiderio di jjoter qui vedere una ben regolata scuola.lTurchi anche bramano lo stesso^Oh 1 quanto bene far si putrebbe in questi posti I » {Lettre de Mgr Villardel, Délégué apostolique en Syrie, au P. Flanchet. Lattaquié, 10 juillet 18i3.)

séculaires de la France ; le Père Planchet avait refusé, et le Père Roothaan l'en avait félicité.

Néanmoins, par ordre de M, Guizot, le marquis de Latour-Maubourg adressait à la Propagande un Mémoire sur « l'envahissement de la Syrie par les Jésuites ». (2 Mai 1844.) Ce document fut communiqué au Père Général; on conserve aux Archives la réponse rédigée par le Père de Villefort, avec les notes du Père Planchet, sur les inexactitudes et les exagérations du Mémoire. Il n'était pas trop difficile de démontrer que les prétendus envahisseurs n'avaient fait qu'obéir au vœu des populations et aux ordres de la Congrégation romaine de qui dépendaient les Missions d'outre-mer. C'est d'ailleurs ce que le marquis de Latour-Maubourg insinuait dans sa correspondance avec le ministre. La Propagande ne marchandait pas sa sympathie aux Jésuites, et au surplus, ajoutait-il, elle protestait contre la prétention du Gouvernement français à délimiter la sphère d'action des missionnaires. Ces détails sont nécessaires pour comprendre l'accès de mauvaise humeur qui dicta à M. Guizot sa note du 3 juillet à l'ambassadeur de Constantinople : Puisque Rome soutient les Jésuites et qu'ils agissent sans notre agrément, on ne s'occupera plus de leurs affaires, et on les laissera s'arranger eux-mêmes avec l'administration turque. Toutefois, quelques semaines après, M. Guizot veut mettre les Jésuites de Syrie en demeure d'adhérer aux règles du protectorat édictées par l'ordonnance de 1781 ^ 11 en écrit

1. L'Ordonnance royale invoquée par le ministre de Louis-Philippe renferme un ensemble de dispositions très rigoureuses qui mettent les missionnaires du Levant à la merci du Gouvernement de la métropole et de ses mandataires : Défense à tous sujets de Sa Majesté de se rendre dans les Echelles du Levant sans un passeport signé du ministre de la Marine, ou certificat de la Chambre de Commerce de Marseille. (Art. i.) — Défense sous peine d'interdiction à tous capitaines de les recevoir à leur bord. (Art. a.) — Ordre aux» Consuls de faire embarquer tous ceux qui se trouveraient dans le territoire de leur ressort « sans être munis d'une permission expresse de S. M. ». (Art. 7.) — Tout prêtre ou religieux

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