‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 156 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

les conflits incessants entre Druses et chrétiens entretenaient autour d'eux une atmosphère de guerre; en cette année calamiteuse de 1845, tout le Liban y était en proie ; cent trente-cinq villages furent incendiés, la moitié des couvents saccagés et détruits; les prêtres indigènes chargés de coups et d'outrages; le pouvoir ottoman, incapable d'empêcher ces excès, avertit le consul de France qu'il eiit à pourvoir au salut de ses nationaux ; sur quoi les missionnaires reçurent ordre de quitler la montagne. Des violences semblables ou pires devaient se renouveler maintes fois dans la suite; plusieurs Jésuites tombèrent victimes de la fureur des Druses. Malgré les périls et les incertitudes, avec une protection de la mère patrie généralement sans bienveillance et parfois tracassière, les Jésuites modernes, aussi bien que leurs devanciers avec l'appui des rois, ont fait en Syrie « de grandes choses pour la gloire de Dieu », et on peut ajouter, pour l'honneur de la France.

Pendant les premières années, il y eut forcément des hésitations et des tâtonnements ; on ne connaissait de façon précise ni le mode d'action que Ton devait adopter, ni le territoire sur lequel on aurait à travailler. A deux reprises différentes le Père Riccadona poussa ses explorations jusqu'à Bagdad, visitant les chrétientés, étudiant les besoins et les désirs des populations; les Pères avaient à se défendre tout à la fois contre le zèle et l'amitié du Délégué apostolique, Mgr Villardel, qui voulait leur confier toute la Chaldée et la Perse; la force des choses les obligea à se maintenir dans des bornes plus modestes. Sur la fin de la période qui nous occupe, la Mission commençait à faire figure. En 1847, le Père Maillard, récemment libéré de sa charge de Provincial, fut nommé Visiteur en Syrie. Avec son entrain et sa chaleur de cœur il apporta aux missionnaires un regain de confiance dont ils avaient besoin au milieu des contradictions et des épreuves de tout genre dont ils étaient assaillis. Les règlements qu'il leur laissa assurèrent à leurs efforts

plus d'ordre et d'efficacité. Les résultats du voyage du Père Maillard eussent été plus considérables si les événements de 1848 n'eussent fait ajourner l'exécution des plans qu'il avait conçus pour le développement des œuvres de la Mission. A la date de 1850, moins de vingt ans après l'arrivée des deux premiers Pères, elle comptait dix-neuf religieux dont quinze prêtres, répartis entre trois résidences, un séminaire-collège et une station en Mésopotamie.

La décade suivante fut traversée par des convulsions politiques dont l'action religieuse ressentit le contre-coup. Elle se termina par une de ces explosions de fanatisme sanguinaire trop fréquentes dans l'histoire de l'Islam. Les massacres de Syrie en 1860 ont laissé un souvenir lugubre dans la mémoire de la génération qui s'en va. On a vu plus tard de plus effroyables boucheries ; mais alors l'Europe ne pouvait assister indifférente à regorgement systématique d'un peuple. La fureur des meurtriers n'épargna pas les missionnaires ; c'est pourquoi ces faits douloureux appartiennent à notre Histoire. Ils étaient une conséquence imprévue de notre intervention dans les affaires de l'Orient après la guerre de Crimée. Le hatti-hiunayoïui de 1856 imposé à la Porte par le traité de Paris avait fait à l'orgueil musulman une blessure profonde. II se révoltait à l'idée que les chrétiens sujets ottomans fussent déclarés égaux en droit aux sectateurs du Prophète; la loi religieuse ne permettait pas semblable assimilation. Aussi dès lors l'extermination des giaou7's fut-elle résolue. Les attentats isolés se multiplièrent, encouragés par l'impunité. La protection officielle des Gouvernements ne fut même pas toujours une garantie pour la personne des étrangers. En 1859, le Père Billotet, essayant de défendre ses ouailles contre les avanies des soldats turcs, fut violemment maltraité et n'échappa qu'avec peine à la mort.

Enfin l'année suivante les complots ourdis dans l'ombre éclatèrent au grand jour. Les Druses, ennemis héréditaires des chrétiens du Liban, partirent en guerre, avec la

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