‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 168 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ont droit à ce qu'il ne reste pas enfoui dans la poussière des Archives. Les brebis délaissées supplient donc « le Très saint Gouverneur du monde chrétien, leur Père très clément, le très pieux Pasteur de tous les fidèles » de venir à leur secours et de les ramener sans délai au bercail. « Le plus sur serait d'envoyer, avec mission divine, des Pères de la Compagnie de Jésus. De mémoire d'homme ils ont obtenu le meilleur succès auprès des Chinois et des Japonais par leur piété, leur vertu et leur science qui les distingue entre tous. On peut être sûr que, s'ils viennent à Péking avec votre mission apostolique, le peuple tout entier, et même les grands, leur feront accueil et que bientôt tout l'Empire recevra la foi du Christ. En effet, auprès du peuple et des magistrats, à la cour même de l'empereur, le nom de la Compagnie de Jésus est tellement en honneur que l'on estime un Jésuite lettré et savant plus que tous les mandarins et les sages de l'Empire ^ »

La lettre signée de l'évêque de Péking et du prince Bel Min Zian Ho, neveu de l'empereur, est datée du jour de la Pentecôte 1833. Pendant les années suivantes, des pétitions semblables furentadressées de différentes provinces à Grégoire XVI, à la reine de Portugal, aussi bien qu'au Général des Jésuites. Enfin le 13 janvier 1840, sur les instances de Mgr de Bési, vicaire apostolique et administrateur de Nanking, le cardinal Fransoni, Préfet de la Propagande, invitait le Père Roothaan à lui envoyer « quatre missionnaires, au moins, pour l'aider ». Le cardinal ajoutait cette réflexion importante : « Comme nous espérons dans le Seigneur rentrer un jour au Japon, l'accès sera facile du Chantong à cette terre peu éloignée, et l'on pourra y rapporter la bénie lumière de l'Évangile. » De son côté, le vicaire apostolique lui écrivait : « Je n'ai

1 . Le texte latin de cette pièce, trop long pour trouver place ici, se

trouve in extenso dans YHistoire de la Mission du Kiang-Nan, par le P. de la Scpvière. Tome I. Appendice il.

accepté l'épiscopat qu'avec la plus vive répugnance et seulement sur la promesse que Votre Paternité a faite au cardinal Préfet d'envoyer au plus vite trois ou quatre des siens. » (18 Septembre 1841.)

A ce moment les trois élus du Père Roothaan étaient déjà en route. Le Père Claude Gotteland faisait en 1840 son Troisième An à Notre-Dame d'Ay, et il venait de s'offrir pour fonder une Mission au Groenland. Le Père Général lui répondit en le nommant Supérieur des premiers missionnaires de Chine. (7 Juillet 1840.) L'un de ses compagnons était le Père Eugène-François Estève ^ Né au palais des Tuileries, le 22 mars 1806, il était fils du comte Estève, trésorier général de la couronne. L'autre était le Père Benjamin Brueyre qui venait d'achever sa Théologie à Vais. Grâce à l'intervention de l'abbé Dupan-loup, la reine Marie-Amélie voulut bien les aider de son influence et de ses largesses : « C'est Sa Majesté, écrivait le Provincial de Paris, qui a obtenu le passage gratuit de nos missionnaires de Chine sur un vaisseau de l'État, qui les a fait recommander à l'amiral commandant à Brest et au capitaine de vaisseau, et ces Messieurs ont accueilli nos Pères avec toute sorte d'intérêt et d'amitié. La reine a offert d'elle-même de payer tous les frais de transport des missionnaires et de tous leurs bagages de Paris à

1 . Ne doit pas être confondu avec le P. Raymond Estève, l'un des premiers ouvriers de la Mission de Syrie. D'abord attaché au clergé de Paris et vicaire à la Madeleine, l'abbé François Estève entra au noviciat de Mélaa le 12 juin i833. Le P. de Villefort alors maître des novices écrivait après sa mort : « Si j'apprenais que le P. Estève fait des miracles, je n'en serais pas surpris. » Il mourut à Ghang-Hai le 1'='' juillet 1848, prématurément usé par les travaux de l'apostolat. Dans une lettre du 10 septembre i845 au P. de Ravignan, M. de Vatimesnil écrivait : (( J'ai vu, il y a quelques jours, ma respectable voisine, Mme Estève, qui me racontait que son iils, missionnaire à la Chine, se trouvait presque malheureux depuis que la persécution avait cessé dans cet empire et qu'il demandait en grâce à Dieu de permettre qu'il fût envoyé au Japon, où il espérait cueillir la palme du martyre. Cette admirable mère me disait cela avec l'accent d'une résignation pieuse, dans laquelle je trouvais presque autant d'héroïsme que dans le sacrifice magnanime auquel l'amour de Dieu pousse son fils.» (Arch. Prov. Franc, 16i5.)

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