I. Replie des Deux Mondes, i5 août i884, p
a. Pierre de la Gorce, Histoire de la Seconde République. — Lecanuet, Montalembert. — Guillemant, Pierre-Louis Parisis, etc.
devaient être seuls à bénéficier. Les défenseurs du monopole universitaire comptaient détourner ainsi sur une cause qui gagnait la faveur publique tout l'odieux accumulé sur un nom dont on avait fait un épouvantail. La manœuvre aboutit au coup parti de Rome en 1845, à la sollicitation de M. Guizot. Les Jésuites disparaissaient de la scène, puisque, d'après la Note officielle du 5 juillet, ils avaient cessé d'exister en France. Mais les catholiques ne renonçaient point à poursuivre leur but. A la tribune de la Chambre des Pairs, Montalembert répondait au chef du Gouvernement par cette fière déclaration : « La question n'est en aucune façon résolue par ce qui vient de se passera Rome et par votre succès... On me permettra de dire que leur défense (des Jésuites) était un embarras pour la cause de la liberté religieuse... Cet embarras, vous nous en avez délivrés. Je ne vous en remercie pas; je ne vous en félicite pas ; à Dieu ne plaise ! Mais vous me permettrez au moins de le constater et de ne pas laisser croire au monde que nous venons d'être abattus et vaincus par votre victoire... Rien n'est fini, rien n'est changé ; il n'y a absolument qu'un prétexte de moins. La question de la liberté d'enseignement, la question de la liberté religieuse de l'Église reste entière. On a essayé de les confondre toutes deux avec celle des Jésuites ; elles couraient grand risque d'être absorbées toutes deux dans la question des Jésuites, et peut-être d'y périr. Eh bien! on ne le pourra plus. Vous les avez dégagées.. . Sachez-le bien ; rien n'est fini. . . Une main sur l'Évangile et l'autre sur la Charte, nous réclamerons tout ce que nous avons réclamé, et nous ne diminuerons ni nos justes prétentions ni le courage que nous y avons apporté^. »
De fait, le premier moment de stupeur passé, chacun reprit son poste de combat et les opérations recommencèrent. A Paris, le Comité pour la défense de la liberté religieuse^ les comités régionaux dans les provinces coordonnaient les efforts, tenaient l'opinion en éveil et recru-
I . Le Moniteur. Séance de la Chambre des Pairs du i5 juillet i845.