‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 220 sur 362 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

contradictoires qui avaient accueilli l'œuvre de M. de Falloux. L'expérience a rendu en faveur de la loi de 1850 un double témoignage, d'abord par le bien immense accompli sous le régime qu'elle a fondé, ensuite par l'animosité persévérante dont elle a été l'objet de la part de tous ceux pour qui la guerre à la religion est le premier article du programme politique. L'abolition de la loi Falloux est devenue le delencla Carthago de l'anticléricalisme; on s'est acharné pendant cinquante ans à la démolir pièce par pièce ; l'autocratie impériale a commencé en s'attribuant la nomination des instituteurs ; la troisième République a continué en laïcisant l'enseignement et le personnel. Toute la partie de la loi relative à l'instruction primaire a radicalement disparu depuis nombre d'années. Reste pourtant le principe de la liberté, rendu à demi illusoire par la loi de 1904 qui interdit toute fonction d'enseignement à quiconque appartient à une Congrégation religieuse. Cette interdiction nous fait rétrograder bien au delà de la loi de 1850, bien au delà même du régime de 1828 et de la Déclaration obligatoire ; alors du moins y avait-il des Congrégations autorisées pour l'éducation de la jeunesse. Elle a créé une situation inouïe dans la vie normale de la France et qui n'a d'antécédent qu'aux jours de l'anarchie révolutionnaire. Ces destructions systématiques de l'œuvre de 1850 sont autant d'étapes sur le chemin du retour au monopole, qu'un parti plus puissant de jour en jour aspire ouvertement à restaurer, sachant bien que c'est par excellence un instrument de règne et de domination. Tant il est vrai que, en donnant la liberté d'enseignement, la loi de 1850 atteignait à l'endroit sensible le sectarisme antireligieux.

La meilleure preuve que la liberté en matière d'enseignement répondait aux vœux du pays, ce fut la multitude

d'écoles qu'elle fit surgir sur tous les points du territoire. Dans la première année qui suivit la promulgation de la loi on signale l'apparition de deux cent cinquante-sept établissements d'enseignement secondaire libres^ Tous ne sont pas des créations nouvelles, car un certain nombre de collèges communaux sont simplement transférés de l'Université à l'administration ecclésiastique. Ce n'est pas là d'ailleurs le seul bénéfice de l'enseignement religieux; car à ce gros chifFre, il faut ajouter les cent dix-neuf Petits Séminaires désormais affranchis des mesures légales qui gênaient leur recrutement. C'était assurément une belle entrée en campagne, et ce que l'on pouvait craindre, c'était de ne pas réaliser les promesses d'un tel début. Cette appréhension fut celle des Supérieurs majeurs de la Compagnie de Jésus, tout spécialement en ce qui concerne la moitié méridionale de la France, n Deo slnt laudes! écrivait le Père Général à un correspondant de Lyon; en somme les affaires de la Province vont bien, trop bien même, si l'on considère le torrent de demandes pour des collèges ou des séminaires qui arrivent de toutes parts. » (20 Août 1850.) On s'était bien promis d'aller avec une sage lenteur. Au moment du vote de la loi, le Père Maillard exposait le plan qu'il entendait suivre : « Préparer des sujets; ne rien presser ni précipiter. C'est aussi l'avis de nos Pères de Paris; donner de bonnes paroles et des espérances à NN. SS. les évêques qui nous pressent déjà d'accepter divers établissements ; enfin nous concerter après Pâques, les deux Provinces de Paris et de Lyon, pour agir d'un commun accord, suivant la même ligne, marchant du même pas...» Mais un mois ne s'est pas écoulé, les bons propos ne résistent déjà plus au « torrent». Dans une lettre au Père de Villefort, le Provincial de Lyon fait confidence de ses embarras et de ses

I. Gf, Rapport au Comité de l'enseignement libre sur l'exécution et les effets de la loi organique du 15 mars 1850, par une Commission spéciale. Paris. Lecoffre, i853, p. 67, Ce Rapport est l'œuvre du comte Beugnot.

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