‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 237 sur 362 · I. L'Espérance du ai mars i85o · texte numérisé non relu

I. L'Espérance du ai mars i85o

par la faveur populaire, il était dès lors le véritable maître de la France. Il importait donc de savoir quelles étaient ses dispositions à l'égard de l'enseignement libre. A la vérité, dès avant le vote de la loi, il s'était prononcé pour la liberté; d'autre part ses griefs contre l'Université ne pouvaient faire de doute pour personne ; c'est dans les rangs des professeurs des Facultés que les protestations contre le coup d'Etat avaient été le plus retentissantes. Mais la politique persuaderait peut-être au futur César de reprendre à son service ce monopole universitaire, legs du premier empire, dont ni la Restauration ni la Monarchie de Juillet n'avaient consenti à se priver; et alors sans doute il saurait sacrifier ses ressentiments à l'intérêt de sa fortune. Dans son entourage immédiat se trouvaient des ministres et des conseillers qui avaient voté contre la loi. On conçoit les appréhensions des catholiques pour la liberté si chèrement conquise. Qu'allait-il en advenir sous le régime dont on pressentait le prochain avènement?

Avec son caractère entreprenant et hardi, le Père de Damas résolut d'en avoir le cœur net. Muni de l'autorisation du Père Maillard, Provincial de Lyon, il alla demander une audience au prince-président. Elle lui fut accordée sans difficulté. Rien ne pouvait être plus agréable, «n ce moment, à celui qui s'acheminait vers le trône impérial que de rencontrer des adhérents parmi les partisans des monarchies qu'il prétendait remplacer. De fait, plus d'un s'était empressé déjà de saluer le soleil levant. Le prince accueillit avec la plus parfaite bonne grâce le prêtre en qui il voyait le représentant d'une des familles les plus marquantes du parti légitimiste. Le Père de Damas lui exposa en toute franchise les anxiétés où se trouvaient ceux qui, comme lui, avaient la charge des établissements d'éducation nouvellement créés. Les Jésuites particulièrement, au nom desquels il parlait, ne pouvaient se dissimuler les préventions dont ils étaient l'objet. L'administration avait mille moyens de les molester, et l'Université, qui gardait la haute main sur

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