CHAPITRE VII
l'autre; aussi ne voit-on pas que les vocations en aient jamais été compromises. A Montauban, au contraire, aucune séparation. C'est par suite du contact perpétuel que « plusieurs, sur lesquels nous comptions dans les classes inférieures, se sont épris du monde et de ses carrières lucratives ou brillantes et ont abandonné leurs idées d'avenir ecclésiastique, au grand étonnement de leurs familles et des prêtres qui les connaissaient ».
Le Père de Blacas signale une autre cause de la stérilité qu'il déplore : « Depuis notre arrivée ici, on avait fait peu de concessions sur le prix de la pension. C'était, au reste, l'intention de Mgr Févêque. L'abus des concessions avait été fort grand et le déficit à combler par lui, tous les ans, très considérable. Il avait fallu y mettre bon ordre mais c'a été aux dépens des vocations. Le clergé se recrute d'ordinaire dans une classe de la société incapable de supporter de pareils frais. » Les Jésuites n'étaient pas chez eux au Petit Séminaire qui demeurait un établissement diocésain ; ils y recevaient, avec leur entretien personnel, un très modeste traitement ; au point de vue financier, la charge retombait sur l'administration épiscopale, laquelle, on le conçoit, désirait alléger le fardeau. Il ne serait pas juste assurément de rendre les maîtres religieux responsables d'un état de choses fâcheux, mais résultat fatal du système qui leur était imposé. L'expérience, trop souvent répétée, prouve qu'il ne faut pas mêler aux enfants du siècle ceux que Dieu appelle spécialement à son service. Comme tous les autres germes, la vocation ecclésiastique risque d'être étouffée par les plantes moins délicates au milieu desquelles on prétend la cultiver.
A peu de distance de Montauban les Jésuites prenaient encore possession à la même date d'un autre établissement d'éducation diocésain. L'évêque de Périgueux leur confiait le Petit Séminaire de Sarlat, ancienne ville épiscopale
La Compagnie de Jésui. 27
dont le titre était réuni à celui de la capitale du Périgord. Mgr George Massonnais était un ancien élève des Jésuites à Sainte-Anne d'Auray et il gardait pour la famille de saint Ignace l'aiïection la plus profonde. Dès la rentrée, à la messe du Saint-Esprit qu'il voulut célébrer, il manifesta ses sentiments, se déclarant « Jésuite de cœur, à l'exemple de Fénelon, l'enfant du pays dont il est la gloire ». A partir de ce jour l'histoire du Petit Séminaire de Sarlat est plutôt mouvementée. A noter dès le début un accident qui pouvait tourner en catastrophe. Dans la nuit du 4 février 1851, éclata un incendie; l'eau manquait, la situation rendait les secours difficiles; un quart des bâtiments devinrent la proie des flammes. Ce fut l'occasion d'exécuter des réparations urgentes. Mais l'état de délabrement du vieux monastère demandait davantage. En 1859, l'architecte du département affirmait nettement que le logis menaçait ruine ; une réfection totale s'imposait sous peine de s'exposer aux pires extrémités. Malheureusement on se trouvait en face d'une question de propriété complexe ; par dispositions testamentaires le diocèse avait seulement la jouissance de l'immeuble, lequel faisait retour à l'hôpital de la ville dans le cas où il cessait d'être employé comme établissement d'éducation. Dans ces conditions l'évêché, et moins encore la Compagnie de Jésus ne pouvaient faire les frais de la reconstruction. La situation paraissait sans issue.
Mgr Massonnais eut alors l'idée de transférer le Petit Séminaire à Périgueux ; l'importance de la ville lui assurait un développement qu'on ne pouvait espérer à Sarlat. Les Jésuites n'hésiteraient pas, pensait-il, à bâtir un collège où ils seraient chez eux. En réalité, ils hésitèrent d'abord et demandèrent qu'une société de pères de famille se chargeât de la dépense, le collège restant d'ailleurs leur propriété. La proposition ne semble pas avoir eu de suite. On en était là au mois d'avril, quand le Père Studer, Provincial de Toulouse, écrivait au Père Général : « Périgueux conviendrait bien mieux que Sarlat pour un