‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 26 sur 362 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« la manière dont les choses se sont passées », et quant aux Jésuites, il doit les rassurer et les engager « à s'en lenir à ce que le Père Général leur écrira de faire « ; aucune autre obligation ne s'impose à eux.

Il n'est pas douteux que Mgr Fornari ait donné communication à l'archevêque des instructions contenues dans la dépêche. Mgr AfFre se résigna donc à tolérer les Jésuites répartis par petits groupes. Toutefois, il ne cessa point de leur faire sentir le poids de l'autorité épiscopale avec une rigueur dont leur épreuve fut singulièrement aggravée. Les religieux dispersés ne jouissaient pas alors librement de certaines facultés qui leur ont été reconnues par la suite en raison du malheur des temps ; l'usage en était soumis à l'agrément de l'ordinaire. Or, voici ce que le Supérieur des Jésuites écrivait deux mois après la dispersion : « Ce qui m'afflige beaucoup en ce moment, c'est l'opposition formelle qu'a mise M, l'archevêque à ce que nous puissions avoir un oratoire et le Saint Sacrement dans une petite maison que nous venons de louer pour six mois dans la paroisse Saint-Philippe du Roule. J'ai eu beau lui dire que c'était pour nous seuls, qu'aucun étranger n'y serait admis, que c'était nous imposer la plus dure privation, dans un moment où nous avions tant à souffrir, que c'était nous faire une position pire que si nous étions dans un pays infidèle où du moins nous serions libres de faire chez nous ce qui nous plairait; j'ai eu beau alléguer que cette faveur était accordée même à des séculiers, on m'a répondu froidement que nous pouvions aller adorer le Saint Sacrement à l'église comme les autres prêtres... C'est toujours la réalisation de son idée favorite : faire de nous des prêtres de paroisse. » (5 Octobre.)

Quelques semaines après, une lettre du Provincial énumère les exigences et les interdictions qui se multiplient ; c'est tout un système de contrôle minutieux et défiant. Une mesure significative entre toutes, la feuille de pouvoirs est remise au curé qui les communique aux Jésuites comme à ses vicaires. L'autorité épiscopale substituée en

fait à celle des Supérieurs, la vie religieuse est atteinte à sa source. Si l'on accepte à Paris, c'est un précédentqui sera invoqué ailleurs. Le Père Rubillon estime que l'on ne doit pas courir ce risque, et donc, mieux vaudrait s'éloigner. (4 Novembre.)

On n'en vint pas à cette extrémité. Sans doute, en même temps que le Pouvoir civil paraissait oublier les Jésuites, on voulait bien à l'archevêché se relâcher de l'intransigeance qu'on leur avait montrée d'abord. Peut-être bien aussi Mgr Affre ne fut-il pas insensible à certaines manifestations de l'opinion catholique. Il ne faut pas oublier que la Compagnie de Jésus comptait alors vingt-sept établissements répartis en vingt-cinq diocèses ; des vingtcinq prélats qui les gouvernaient, seul l'archevêque de Paris avait adopté à son égard une attitude que l'on pouvait prendre pour de l'hostilité. Il en résultait des bruits fâcheux où, comme il arrive en pareil cas, les faits étaient faussés ou exagérés, les intentions dénaturées, et le respect de l'autorité ecclésiastique outrageusement méconnu. Montalembert pensa devoir en avertir l'archevêque. Tout en déclarant que, pour son compte, il ne croyait pas à ces bruits, il s'étonnait que Sa Grandeur n'eût pas fait un geste de sympathie, pas fait entendre un mot de consolation ou d'encouragement pour les Jésuites, alors que du haut de la tribune les voix officielles déversaient sur eux les calomnies et les menaces. « On saisit sans peine, ajoutait-il, le contraste de cette conduite avec celle de tous les autres évêques qui ontdes Jésuites dans leurs diocèses et qui ont eu le temps de manifester leurs dispositions. On apprend que l'arclievéque de Rouen, l'évoque de Metz, l'évêque de Nantes ont tous les trois déclaré que leurs palais épiscopaux deviendraient le domicile des Jésuites, à partir du moment où ces victimes de la liberté ecclésiastique seraient expulsées de leurs demeures actuelles. Et cependant aucun de ces évêques n'a sanctionné au même point que vous, Monseigneur, par sa présence et son autorité la prédication des Jésuites ; aucun d'eux n'a

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